Elle est un parc abandonné [extrait] (Nancy R. Lange)

Elle est un parc abandonné

Elle est un parc abandonné [extrait]
quelques allées d’années plus loin
elle est un parc
désert
une colonie de vacances
à la reprise des classes

hors-saison hors-contexte
crois-tu vraiment qu’il te suffit
de la dire pour la légitimer?

par le père par le fils
depuis ses balançoires hantées
elle parle
saine d’esprit

poussent les bras du vent
vole l’invisible au jardin
le carré de sable
appelle l’enseveli
et tournoient rires et courses

cas licenciés
cris sans port d’attache
dérivés extrêmes
de sacré dépouillés

flous et réfractaires
fractale engeance éconduite
entre l’hostie et la nation
le corps du cri
morcelé

de silences consensuels
pardon facile
tolérance perpétuelle
jusqu’à la vase coulants (…)

— Nancy R. Lange, Elle est un parc abandonné, Écrits des Forges 2014 © tous droits réservés pour tous pays.

 

Soirée SoloVox Miron le 25 juin

Soirée Miron

Les amateurs de poésie − et en particulier de celle du grand Gaston Miron − ont rendez-vous le 25 juin à compter de 19 h au Pas Sages, au 951, rue Rachel Est, à Montréal, alors qu’une soirée SoloVox se tiendra exceptionnellement à cet endroit. Pour l’occasion, l’organisateur Éric Roger réunira, autour des mots de notre poète national, les Jean Royer, Marie-Charlotte Aubin, Audrey-Anne Marchand, Marjolaine Deschênes, Hughe Blier, Nathalie Turgeon et Robert Hamel. Cortezia version formation simple (Jessica Charland et Louis Royer) assurera la portion musicale et Marc Poellhuber signera les paysages sonores. Le tout sera bien sûr suivi d’un micro libre.

Éric Roger organise les soirées SoloVox depuis maintenant 13 ans.

Éric Roger organise les soirées SoloVox depuis maintenant 13 ans. (Photo : Robert Hamel)

Les soirées SoloVox, qui en sont à leur treizième année d’existence et qui ont repris le flambeau de La place aux poètes de la regrettée Janou Saint-Denis, misent sur la commandite des Éditions David, des Éditions du Noroît, de Éditions de l’Hexagone, des Éditions Prise de parole, des Écrits des Forges, du Tremplin d’actualisation de poésie (TAP) et des Éditions Triptyque.

Le prix d’entrée est de 8 $ et comprend une revue ou un recueil de poésie au choix parmi les titres de la librairie volante. Pour 2 $ de plus, les amateurs de poésie pourront se procurer un flipbook d’Éric Roger.

Certains des hyperliens ci-dessus mènent à des pages Facebook. Vous devez être connecté à Facebook pour y accéder sans problème.

La poésie de Nancy R. Lange et Aspasia Worlitzky au consulat général du Chili ce soir

Femmelle faucon

C’est ce soir qu’aura lieu Filiations (Filiaciónes) au consulat général du Chili à Montréal (1010, rue Sherbrooke Ouest, 15e étage, à Montréal), un récital de poésie bilingue, en espagnol et en français, donné par les poètes Nancy R. Lange et Aspasia Worlitzky. Le spectacle commencera à 19 heures.

Les poètes Nancy R. Lange et Aspasia Worlitzky liront des textes ce soir au Consulat général du Chili.

Les poètes Nancy R. Lange et Aspasia Worlitzky liront des textes ce soir au consulat général du Chili, au 15e étage du 1010, rue Sherbrooke Ouest, à Montréal.

Les textes de madame Lange sont tirés du recueil Femelle Faucon/Halcón Hembra, paru au Mexique en 2012 dans une coédition bilingue de Mantis Editores, Colegio del Pueblo et Écrits des Forges. Ceux de madame Worlitzky proviennent de son livre ¿Adónde vas madre?, publié à Montréal en 2006, en espagnol, aux Éditions Alondras.

Les poètes sont toutes deux filles de pères émigrés d’Autriche au Chili et au Canada, à la suite de la guerre. Les textes du récital abordent les thèmes de la guerre, du deuil, de l’exil, de la résilience, de la filiation et du legs.

Le spectacle Filiations (Filiaciónes) est organisé avec la collaboration du consulat général du Chili à Montréal et l’entrée est libre. On vous y attend en grand nombre.

Soirée Femmes de parole du 13 juin

Femmes de paroles

La poète réputée Nancy R. Lange animera la soirée Femmes de parole qui aura lieu le 13 juin 2013 à compter de 19 h à la librairie Monet des Galeries Normandie (2752, rue de Salaberry), à Montréal. Cet événement mettra en vedette Julie Stanton et Aspasia Worlitzky. De nombreux thèmes seront abordés à cette occasion, dont l’amour, la guerre, l’exil, la résilience et le sens de la lumière. Votre humble serviteur sera sur place, puisqu’il a été invité à lire au micro libre.

La contribution suggérée pour assister à la soirée est de 5 $. Vous pouvez réserver vos places dès maintenant en composant le 514-337-4083 ou encore en écrivant à l’adresse courriel evenements@librairiemonet.com. Nous vous attendons en grand nombre.

À propos de Julie Stanton
Julie Stanton
est née en 1938 à Québec. Elle y habite toujours et en est profondément amoureuse. Elle pratique le journalisme indépendant et la rédaction pour gagner sa vie et écrit de la poésie pour ne pas la perdre. Également romancière, elle a représenté le Québec à Paris en 1997 et 1999 lors de la Rencontre internationale de poésie féminine contemporaine de langue française, qui s’est tenue au Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris, sous l’égide de l’association Les Messagères du poème.

Publié en 2004, Requiem pour rêves assassinés : Hommage à Pablo Neruda, l’amènera l’année suivante à effectuer une tournée littéraire à Santiago du Chili, où le livre sera lancé à la Chascona, l’une des maisons-musées de Neruda. En novembre 2005, Requiem… est finaliste au Prix de poésie Alain-Grandbois. En 2011, Carnets de l’Isle-aux-Grues se mérite le Prix du Patrimoine des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches. Cette même année, Parfaitement le chaos suivi de Élie ma joie est reçu comme « un recueil de grandes proses intenses et révoltées contre la douleur (…) ciselé aux flammes et aux souffrances ».

Membre de l’Union des écrivains et des écrivaines du Québec, Julie Stanton a publié en revues ici et outre-frontières. Auteure d’une douzaine de livres depuis sa venue à l’écriture, laquelle remonte à 1980, l’écrivaine poursuit aujourd’hui une œuvre marquée par l’attrait de l’ailleurs. Un ailleurs qui la conduira jusqu’au pays des morts avec la publication à venir de Mémorial pour Geneviève. Et autres tombeaux.

À propos d’Aspasia Worlitzky
Aspasia Worlitzky
est auteure du livre de poèmes ¿Adónde vas madre?, publié aux Éditions Alondras, à Montréal. Professeur de langues et d’expression dramatique, elle détient une maîtrise en éducation. Elle a participé à la 14e Rencontre internationale de femmes Poètes à Oaxaca, au Mexique; au festival Palabra en el Mundo, à Montréal; au spectacle bénéfice Du nord au sud, encore à Montréal; à la deuxième Rencontre d’écrivains hispano-canadienne, toujours à Montréal, et au 26e Festival international de la poésie de Trois Rivières.

Asapia Worlitsky danse le flamenco et a fait partie du groupe de théâtre La Barraca (Montréal). Elle a réalisé la lecture dramatique de la pièce Albertine en cinq temps de Michel Tremblay et a été comédienne à la télé et au cinéma. Elle a notamment joué dans La conciergerie (prix du Festival des films du monde) et Hasard et coïncidences, un film signé Claude Lelouch.

Ses écrits ont été livrés dans la revue Brèves littéraires, à Laval, ainsi que dans les anthologies Voces sin fronteras aux Éditions Alondras, à Montréal; Conjuro de luces, au Centre d’études de la culture mixteca, au Mexique; Presencia femenina en la literatura nacional, aux éditions Semejanza, au Chili; et Esplendor nocturno, au Centre d’études poétiques de Madrid, en Espagne.

Nancy R. Lange anime la soirée Femmes de paroles.

Nancy R. Lange anime la soirée Femmes de paroles.

À propos de Nancy R. Lange
Nancy R. Lange
 a publié quatre recueils de poésie aux Écrits des Forges : Annabahébec, Femelle Faucon, Reviens chanter rossignol et Au seuil du bleu. Elle a publié des poèmes dans des collectifs (Château Bizarre) et en revue (Brèves littéraires 79 et 80, Exit, Arcade, Estuaire et Moebius). Elle a collaboré à Macadam tribu et à des spectacles multimédia, dont Au seuil du bleu. Elle a participé à des activités de la Société littéraire de Laval en 2010, dont Journées de la culture et Sainte-Rose en Bleu.

Plus récemment, Nancy R. Lange a fait une tournée dans l’Ouest canadien et s’est produite dans le cadre du Festival du Spoken Word de Calgary 2013.

L’art de l’ange Nancy

Nancy R. Lange

Nancy R. Lange a récemment participé à l’édition 2013 du Festival de spoken word de Calgary.

Cosmic Libertine with Sexy French : Nancy R. Lange à Calgary
La vidéo qui suit a été tournée dans le cadre de l’édition 2013 du Festival de spoken word de Calgary. Après une brève introduction dans la langue de Shakespeare, la poétesse Nancy R. Lange interprète un texte bilingue français-anglais de son cru.

L’artiste a dédié cette lecture à la mémoire de Rehtaeh Parsons, une adolescente de la Nouvelle-Écosse qui a été victime d’un viol collectif suivi d’un dérapage sur les médias sociaux et d’une descente aux enfers qui s’est terminée par le suicide de la jeune femme. À ce jour, ce crime demeure impuni et les autorités refusent d’agir, alléguant l’absence de preuves.

Nancy R. Lange est actuellement en tournée dans l’Ouest canadien. Elle se produira à Regina le 22 avril ainsi qu’à Saint-Boniface les 23, 24 et 25 avril. L’auteure a signé cinq ouvrages : son plus récent recueil de poésie, Halcón Hembra/Femelle Faucon (Écrits des Forges, 2012), publié en version bilingue français-espagnol, est offert à la fois sur les marchés québécois et mexicain.

Les noires poésies d’Yvon Jean

Au pic pis à pelle
Ben pardu dans grand ville
Y s’charche pis y s’trouve pu

Y’a comme un vide, qui s’chime pas
Y sait pu où y’est rendu, c’t’allant

Y praye su un bord, chie su l’autre
Dérapaillé-vivant, enfirouapé dans son pas-pays

Pis c’te nuite, y’a é sentiments par en d’dans
Le coeur su’a Main, l’estomac su’l camp

Y’envale ben d’travers son p’tit Québec
Lui si y flashe à gauche, y tourne toujours à droite

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Y s’souviens de c’qui devra pas
Y pense à tout c’qui éta pas
Y ressout en ressuant
La goutte au nez
La broue dans l’toupet
Rien que su’un runner
T’a besoin d’marcher drette

Front-moé d’la broue, j’te clair au check

Prêtre-nu-pied, de corps lâche, d’étole
De soeur grise à trois étages
D’étable-penché

Va falloir payer l’bourgeois
On va mettre un homme là-dessus

R’gard lé ben aller toé
Y décolle, chire dessours
Rien que su’une gosse, ben stompé
La palette au plancher

Su un moyen temps
Pogne une panse de boeuf
Y vas-tu r’virer l’croche?
Su’é chapeaux d’roues
Ça vire en gériboire
Y vois même sa licence

Ça compresse dans basse
Son crank y cogne
Y’a l’steak saignant
Pour lui y’a pu d’espoir

Quand t’est né pour un p’tit pain
Tu fais pas des sandwiches à tout l’monde

Mais y’a une colonne
C’pas une feluette
C’pas un mollusque
C’t’un homme faite

Baratte à beurre, de St-scie-croche
De jus d’bras, de grand escogriffe
De maudit frâchier, de fils d’habitant

Qu’un p’tit colon d’Guérin, d’ben au nord
Du fin fond d’un rang

Élevé à grand coups d’mornifles
D’coups pieds au cul
Né dans une grange
Journaux din craques
Manger des pétakes
Dans les couverts de chauyières

Y’a sumé tant, y’a treillé tôt, y’a trimé dur
Y’a faite un homme avant sa mère
L’bonhomme après lui, y décampe à 13 ans

Y’a bûché, y’a dravé
Dam and drill
Elliot Lake, Blind River
Au godendart, à l’égoïne, au boxa
C’ta avant la chain-saw

Y’en-as-tu équarri du bois
Pour c’té têtes-carrés d’bourgeois

Y’a faite c’qui a pu, ben manque
Y’a faite c’qui aurait pas dû

Y’arrive en ville
Faubourg à m’lassement

Marche su est tables
Au Main café
Orgueilleux, fier-pet
Tout l’monde envoyant chier
De son regard défiant

V’nez-vous en mes drôles
Maudit frâchier d’Robert Jean

Allez dont toutes sù l’bonhomme
y’ont frappé l’eux homme

Y s’coltaille, y bauche
Y s’tiraille, y galvaude

Y boira sa peine, son dédespoir
Noiera ses rêves, y’a pu d’espoir

Dans sa vie, y fa gris, l’temps s’crosse
Y’é pu ben jeune, tant pluvieux

Tricoté-serré, y perle pas fancy
Y bois pas sa bière le p’tit doigt en l’air
Pas cultivé comme un légume
Pas trop culturé
C’t’un homme du peuple, y’average drette

Fac ça fa pas Proust quand y pète

Betôt, l’soleil reluira qui s’disa
Bout d’viarge, de Ste-canice de corps-lâche-nu-pied

Mais là y’en a sa claque
Y’é tanné
Y s’possède pu d’être dépossédé

Ti-t’homme qui tousse, à soir, y’a l’moton
La coupe est pleine, y’étouffe
Y s’est ben faite avoir
Y’ont trop mis d’eau dans son vin
Y s’est ben faite fourrer
Y s’est ben faite dépayser

À coups d’pic pis à pelle
Y’a gravouillé, y’a vargé

Y’a tout faite pour oublier

Mais dret-là ça passe pu
Ça accroche su est deux bords
C’ta trop étrette
Ses rêves sont-t’a trop gros
Faut ben crère

Y creya d’un pays
Rêvait d’une femme, d’une vie
On y’aura ben toute pris, même c’qui avait pas
Même c’pays-là

Ti-t’homme à soir, y tousse fort
Y crache, y vomit
Toutes ceusse qui l’ont r’viré d’bord

Encore une gorgée mon homme
R’envale ta peine
Noé-moé tout ça

Ça passe croche
Ça passe tough
R’envale encore et toujours
R’envale ton pays, tes amours

Pour un jour
Aller su toutes vos tombes sa peine pisser
Pour être sûr que vous êtes ben toutes morts

Ti-t’homme qui tousse à un fils
Un espèce d’aussi grand énergumème d’escogriffre

au pic pis à pelle

Poète de la rue, des sans-paroles, des exclus
Qui s’déclament

Pis c’fils là, ben c’est moé
Pis c’est moé qui vous parle à vous autres icitte à soir
Qui vous crie tout c’te désespoir
De ces hommes sacrifiés

De ces talents mis d’côté
De tout ces indécouverts de la vie-poètes

Moé aussi j’tousse, j’prends mon trou
J’m’assis d’ssus, pis j’m’étouffe

Que trop souvent Nelliganisé
J’aimerais ça faire un Richard Desjardins d’moé
Mais ça passe pas lousse

Mais j’ai des rêves en calvaire
C’t’une manière de vice

Moé aussi, j’envale la vie ben d’travers
Ma poésie, je vous bûche, je vous call, je vous crie
Au pic pis à pelle, vous avez pas fini

Mon père c’t’a un colon mais pas un colonisé
Y’a marché drette, la broue dans l’toupet

Y’a bu sa vie, ses défaites
Y’étouffait, y’a tout faite

En son nom, en ses rêves
Vous m’tairez-pas mes ciboires

À grands coups d’poèmes pis d’désespoirs
À grands coups d’pic pis à pelle

J’va vous en pelleter en sacrament des nuages
J’va vous en faire des sparages

Tant qu’il y aura la liberté
La vie

Le droit de rêver
La poésie

Les petites mains
Les petites mains sont fortes, puissantes
Elles travaillent durement la pierre
Ratissent les champs dès l’aube levante
Cueillent le coton sans chigner guère

Le poète Yvon Jean lors d'une prestation publique.

Le poète Yvon Jean lors d’une prestation publique.

Sans elles vous seriez fort moins bien
Elles assurent votre industrialisé confort
Votre café ne goûterait plus rien
S’il n’avait pas ce goût de conquistador

Elles s’activent sur la planète, un peu partout
Façonnent à votre gré tout vos sombres jouets
Elles vous appartiennent, un poing c’est tout
En plus porteront l’odieux de votre rejet

Vous les méprisez ces petites mains
Qui bâtissent vos riens, vos vies
Pire même, vous niez leurs destins
Étouffez leurs moindres pleurs, cries

Mais c’est bien vous qui les exploitez
Par votre proverbial je-m’en-foutisme
C’est bien aussi vous qui à petit feu les tuez
Bien déculpabilisés, derrière votre réconfortant altruisme

Elles suent, dans vos champs, vos mines
Se tuent à n’en plus vouloir vivre
Ont trop souvent fort mauvaises mines
Font tout, tout pour, qu’au fond, survivre

enfants travail

Les petites mains n’écriront jamais
Ni ne connaîtront la tendresse d’un toucher
Masturberont les touristes sexuels à souhait
Pervers éjaculat d’un monde insensé

Les petites mains vieillissent vite ainsi
Ont leur coupera alors le pouce
Pour mieux entrer dans les souliers Nike
Assurant le confort des pieds que vous êtes tous

Elles n’auront point de temps à essuyer larmes
Trop prisent quelles sont, sous votre emprise
À porter vos rêves, brandir vos armes
Défendre votre monde qui tant les méprise

Pour bijoux n’auront qu’ecchymoses et cicatrices
Ne joueront jamais avec les jouets quelles fabriquent
Trop occupées à n’être que poupées d’injustice
Vous vous en laverez les mains, question de fric

Les petites mains manieront encore demain machines
Sans cesse fabriqueront toutes vos choses inutiles
D’un bout à l’autre de vos continents-usines
S’affaireront à construire votre monde tant futile

Sans relâche elles encore s’acharneront
Pour vous, vos rêves, leurs cauchemars
Mais les tables bientôt tourneront
Elles tenaient, ce soir, en vous en faire part

Toute l’énergie négative ainsi générée
Espérons, vous reviendras au visage
De ces petites mains soumises, esclavagées
Enfin, sentirez-vous toutes leurs rages

Les petites mains en ont pleins les bras
Elles en ont assez de votre répugnante face
Vous étranglerait, mais ne peuvent pas
Trop occupées a manufacturer vos interfaces

N’ont même plus la force de lutter
Mais serrent les poings, encore tard la nuit
Rêvant d’un jour être libérées
Désassujettis, de vous affranchis

Les petites mains inaperçues passent, dans l’oubli
18 000 enfants meurent de faim chaque jour
Un à chaque cinq secondes mes amis
Il faut arrêter ce génocide de l’amour

Allez courage poètes opprimés
De tout temps déjeté, exclus
Il ni y a que vous qui puissiez ce monde changer
Aidez vos sœurs et frères ainsi perclus

Vous qui avez pouvoir de plumes
Mains tendez leurs, force mots
Faites de leurs jours, fuir écumes
Parlez nous d’eux, décriez les haut

Clamez leurs noms, éternités
En vous avez, encre infini
Laissez couler, feuilles, papiers
Libérez enfin de ce pas…leurs mains…leurs vies…

…Libérez leurs rêves…
Leurs… poésies

Yvon Jean

Yvon Jean en pleine action.

Démesure
Au loin surgissent, sombres nuages, menaçantes peurs
À fond chargées, corps fondant, tempête s’abattra
La multitude se sauve, tonnerre gronde, s’unit, pleure
Ultime puissance toutes et tous emportera

Ne restera plus un cri, par coeur morts seront
Débattez-vous donc, soyez plus ainsi
Moi je suis seul contre tous, qu’une exhortation
Poésie de frayeur, suis ma route, trace ma vie

Brûle-moi de ta flamme, éclaire ma déraison
Je veux me retrouver en toi poète maudit
Contre marées et vents d’autrement, je t’en supplie

Foudroie-moi, électrocute ma plume, illumine-moi
Au creux de tes bras je n’aurai plus jamais peur
Démesure-toi à moi, je t’attends sans broncher…

Poétise-moi.

Chers éditeurs chers

Vous me dites que point ne sont prêts mes textes
Je vous réponds qu’arbitrairement ainsi rejeté me faites
Finalement, quel compliment de qualifier mes poèmes de textes
Car si ma Poésie ressemble à la vôtre, quelle défaite

Jamais ne me plierai plus encore, m’aplaventrirai
À attendre que vous décidiez, ce fort aléatoirement
De peut-être, au goût du jour, de miraculeusement me publier
Alors que les plus grands, n’ont jamais été reconnus de leur vivant

Vous ne me Nelliganiserez pas, chers Éditeurs chers
Vos méthodes d’évaluer l’intangible, l’insondable
Revisées devraient être, mais n’en avez que faire

Bien oielllèrisés dans tout ce que vous croyez être
Cataloguant tout, vous cherchez le vendable, le faisable
Alors que la Poésie n’en a que faire de votre loi du paraître

Sachez que je ne ramperai plus devant vous
Que le temps son œuvre fera, obligatoirement
Et qu’un jour la vie se chargera de vous, de tout

Qu’alors Parole me sera donnée, enfin, triomphalement
Que ma Poésie résonnera, à tous azimuts, hors de tout doute
Mais qu’aussi alors serai mort assassiné, depuis fort longtemps…
…Par votre doute

À propos d’Yvon Jean

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Poète de la rue, des sans paroles… des exclus : voilà comment il se décrit depuis la première fois où il est monté sur scène.

Yvon Jean revient de très loin; marginalisé, il a connu la rue, mais il n’a jamais oublié son rêve : devenir un jour poète.

Et pour la première fois depuis 2006, il a récité sa poésie lors d’une soirée SoloVox, animée par son grand ami et poète Éric Roger, sans qui d’ailleurs tout ce qui suit n’aurait pas été possible, dit-il.

Plus de 200 apparitions sur scène plus tard – Slam-session au local de l’Archie, soirées SoloVox à L’Escalier et ailleurs, Quai des brumes, In Vivo, Derniers Humains, micro libre de l’ATSA, Macadam tribus, Cabaret Résolu, Slam Jam Collectif, Nuit de la poésie Anarchiste, Festival Voix d’Amériques, Slam Chaud, Martimots Dits, Nuit des sans-abri – et après 30 années d’écriture à son actif, Yvon Jean a vu son premier recueil-CD, Noires Poésies, paraître chez Teichtner en 2008. Il travaille présentement avec acharnement à sortir son ultime recueil en 2013.

Sa poésie est tantôt classique, tantôt urbaine ou carrément joual, versifiée, de facture assez sombre, mais toujours porteuse de lumière, dénonciatrice, donnant la parole aux exclus de ce monde. Son éditeur le qualifie d’heureux mélange contemporain entre Gauvreau et Jean Narrache, inventant des mots, réinventant le joual.

Il a également coanimé plus de 150 émissions de radio (Les contes à rendre sur les ondes de CHOQ-FM, à Montréal) et coanime actuellement une émission du même nom à la station Radio Centre-Ville (102,3 FM) de Montréal, où il présente une chronique sur la poésie intitulée Poétiquement autre.

Il a aussi fait sa marque dans le slam, remportant la victoire lors de quelques soirées. Pour le public, c’est toujours un électrochoc : il entre comme en transe, se sentant enfin vivre, exister. Voyez vous-même sa performance à la Première Chaîne de la Société Radio-Canada dans le cadre de Slam Macadam.

Yvon Jean a également vu un de ses poèmes publié dans le livre de Mario Proulx (journaliste, réalisateur et animateur de radio), Vivre jusqu’au bout, tiré de la série radiophonique qui a été diffusée à la Première Chaîne de la SRC. Son poème Vivre jusqu’au bout, mourir autrement a été publié aux côtés des textes de Jim Corcoran, Clémence Desrochers, Daniel Lavoie, Pierre Légaré, Chloé Ste-Marie et Roger Tabra. Vous pouvez accéder à la bande audio de ce poème.

Yvon Jean est également présent sur YouTube.

Par la force de sa plume et son style percutant, Yvon Jean se distingue et laisse sa marque de façon indélébile et fort singulière au sein de la poésie québécoise actuelle.

Publié en novembre 2008 chez Teichtner, Noires Poésies est en Collection Nationale à la Grande Bibliothèque et à la Bibliothèque Marie-Uguay. Le recueil est épuisé après avoir vendu plus de 300 exemplaires. L’éditeur, Claude Hamelin, l’a pris sous son aile, adorant sa singulière poésie. Il compte publier un prochain recueil cette année et vise cette fois les grandes maisons d’éditions. En 30 ans, il a écrit plus de 1 000 poèmes, dont près de 400 en vue de publication. Enfin, mentionnons que depuis mars 2013, Yvon Jean coanime la série SoloVox webtélé en compagnie d’Éric Roger.

En qualité d’invité, Yvon Jean participera à la soirée SoloVox du 27 mars 2013, laquelle sera consacrée au regretté Gérald Godin.

Éric Roger présente les soirées SoloVox le dernier mercredi de chaque mois au bar L’Escalier Montréal, 552, rue Sainte-Catherine Est, avec le concours de ses commanditaires : les Éditions David, les Éditions Triptyque, les Écrits des Forges, les Éditions du Noroît, les Éditions Prise de parole et les Éditions de l’Hexagone.

SoloVox rend hommage à Josée Yvon

La soirée SoloVox du 28 novembre 2012 rend hommage à la regrettée Josée Yvon.

Fidèle au concept mis en œuvre cette saison, SoloVox rend une fois de plus hommage à un poète québécois disparu lors de l’édition du 28 novembre 2012.  En effet, après Claude Gauvreau et Denis Vanier, c’est l’égérie de ce dernier, Josée Yvon, qui se retrouvera sous les feux de la rampe, tandis que les invités de l’animateur et poète Éric Roger seront Nancy Labonté, Jean-Marc Lefebvre, Tessa Manuello, Anny Schneider et Marybel Messier. La portion musicale sera confiée à Ty Billingsley, et les paysagistes sonores attitrés seront Marc Poellhuber et Dominique Huot. Le tout se terminera pas la traditionnelle séance de micro ouvert, laquelle permet au public de découvrir de nouvelles voix d’ici.

Le poète et animateur Éric Roger, l’âme de SoloVox depuis maintenant 12 ans.

Vitrine de la poésie montréalaise et québécoise sur la rue Sainte-Catherine, SoloVox compte sur la commandite des Éditions David, des Éditions du Noroît, des Éditions de l’Hexagone, des Éditions Prise de parole, des Écrits des Forges et des Éditions Triptyque. L’entrée est de 7 $ et inclut un recueil ou une revue de poésie au choix.

Les amateurs de poésie de Montréal ont donc rendez-vous une fois de plus à compter de 19 h, le 28 novembre 2012, au bar L’Escalier Montréal, au 552, rue Sainte-Catherine Est, à deux pas de la station de métro Berri-UQAM, pour une autre belle soirée de poésie. Nocturnades espère vous y voir en grand nombre.