Les rêves et les rives de Jean Yves Métellus

D'une rive à elles, de Jean Yves Métellus (Éditions Première Chance, 2012).

D’une rive à elles, de Jean Yves Métellus (Éditions Première Chance, 2012).

Elle avait du blues à l’âme
Des papillons pleins les cheveux
Elle portait son bleu dans les yeux.
Là, où fleurissait les lilas
Il y avait ses hanches fines,
Nos mains serrées sur des vers-tiges
En nous, l’écho des métaphores

Tu crées un univers
Haché de lumière
Et tes couleurs à peine audibles
Repeignent le vol des libellules
Enfant au cœur de porcelaine
Sans fissure sur l’en dedans, tu voudrais
Épurer la nature des choses

Crédit photo : Uwe Ommer (Black Ladies, Éditions Taschen, 1997)

Crédit photo : Uwe Ommer (Black Ladies, Éditions Taschen, 1997)

Bonheur que tu promets
Etat d’assouvissement
Rouvrir les ports de l’indicible
Troncher la tête à l’imposture
Hellénisme effrité
Entamons le vertige des gratte-ciel.

Je te vois secrète
Aussi muette qu’une voyelle
Ces lieux inconnus où tu te tapis;
Yeux couvés dans l’attente du jour
Ne favorisent point l’exil des étamines
Tu nourris l’illusion du bonheur
Haut de gamme et de poésies
En pesanteur, ta solitude

Je te  vois secrète / Aussi muette qu'une voyelle / Ces lieux inconnus où tu te tapis [...]

Je te vois secrète / Aussi muette qu’une voyelle / Ces lieux inconnus où tu te tapis […] (Crédit photo : Maxim Vakhovskiy, Black Venus, vol. 1)

C’est ta beauté qui m’aide
À transmuer le réel
Rumeur d’un pays
Où meurent des citadelles
L’or de tes yeux me hissent
Entre monts et merveilles

© Les Éditions Première Chance et Jean Yves Métellus, 2012. Tous droits réservés pour tous pays.

Le poète Jean Yves Métellus

Né en Haïti, où il a étudié, enseigné et pratiqué la littérature, Jean Yves Métellus a habité à Boston avant de s’établir à Montréal.

Né en Haïti, où il a étudié, enseigné et pratiqué la littérature, Jean Yves Métellus a habité à Boston avant de s’établir à Montréal. En 2012, il a publié D’une rive à elles aux Éditions Première Chance, d’où sont tirés les acrostiches qui précèdent. À la fois poète et peintre, cet artiste aussi doué que polyvalent organise des soirées poésie-musique et participe à diverses activités culturelles à Montréal. Vous pouvez vous procurer son recueil en communiquant directement avec lui par l’entremise de sa page Facebook.

Au Canada, vous pouvez vous procurer le livre de photographies Black Ladies de l’artiste allemand Uwe Ommer chez Amazon.ca.

Les noires poésies d’Yvon Jean

Au pic pis à pelle
Ben pardu dans grand ville
Y s’charche pis y s’trouve pu

Y’a comme un vide, qui s’chime pas
Y sait pu où y’est rendu, c’t’allant

Y praye su un bord, chie su l’autre
Dérapaillé-vivant, enfirouapé dans son pas-pays

Pis c’te nuite, y’a é sentiments par en d’dans
Le coeur su’a Main, l’estomac su’l camp

Y’envale ben d’travers son p’tit Québec
Lui si y flashe à gauche, y tourne toujours à droite

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Y s’souviens de c’qui devra pas
Y pense à tout c’qui éta pas
Y ressout en ressuant
La goutte au nez
La broue dans l’toupet
Rien que su’un runner
T’a besoin d’marcher drette

Front-moé d’la broue, j’te clair au check

Prêtre-nu-pied, de corps lâche, d’étole
De soeur grise à trois étages
D’étable-penché

Va falloir payer l’bourgeois
On va mettre un homme là-dessus

R’gard lé ben aller toé
Y décolle, chire dessours
Rien que su’une gosse, ben stompé
La palette au plancher

Su un moyen temps
Pogne une panse de boeuf
Y vas-tu r’virer l’croche?
Su’é chapeaux d’roues
Ça vire en gériboire
Y vois même sa licence

Ça compresse dans basse
Son crank y cogne
Y’a l’steak saignant
Pour lui y’a pu d’espoir

Quand t’est né pour un p’tit pain
Tu fais pas des sandwiches à tout l’monde

Mais y’a une colonne
C’pas une feluette
C’pas un mollusque
C’t’un homme faite

Baratte à beurre, de St-scie-croche
De jus d’bras, de grand escogriffe
De maudit frâchier, de fils d’habitant

Qu’un p’tit colon d’Guérin, d’ben au nord
Du fin fond d’un rang

Élevé à grand coups d’mornifles
D’coups pieds au cul
Né dans une grange
Journaux din craques
Manger des pétakes
Dans les couverts de chauyières

Y’a sumé tant, y’a treillé tôt, y’a trimé dur
Y’a faite un homme avant sa mère
L’bonhomme après lui, y décampe à 13 ans

Y’a bûché, y’a dravé
Dam and drill
Elliot Lake, Blind River
Au godendart, à l’égoïne, au boxa
C’ta avant la chain-saw

Y’en-as-tu équarri du bois
Pour c’té têtes-carrés d’bourgeois

Y’a faite c’qui a pu, ben manque
Y’a faite c’qui aurait pas dû

Y’arrive en ville
Faubourg à m’lassement

Marche su est tables
Au Main café
Orgueilleux, fier-pet
Tout l’monde envoyant chier
De son regard défiant

V’nez-vous en mes drôles
Maudit frâchier d’Robert Jean

Allez dont toutes sù l’bonhomme
y’ont frappé l’eux homme

Y s’coltaille, y bauche
Y s’tiraille, y galvaude

Y boira sa peine, son dédespoir
Noiera ses rêves, y’a pu d’espoir

Dans sa vie, y fa gris, l’temps s’crosse
Y’é pu ben jeune, tant pluvieux

Tricoté-serré, y perle pas fancy
Y bois pas sa bière le p’tit doigt en l’air
Pas cultivé comme un légume
Pas trop culturé
C’t’un homme du peuple, y’average drette

Fac ça fa pas Proust quand y pète

Betôt, l’soleil reluira qui s’disa
Bout d’viarge, de Ste-canice de corps-lâche-nu-pied

Mais là y’en a sa claque
Y’é tanné
Y s’possède pu d’être dépossédé

Ti-t’homme qui tousse, à soir, y’a l’moton
La coupe est pleine, y’étouffe
Y s’est ben faite avoir
Y’ont trop mis d’eau dans son vin
Y s’est ben faite fourrer
Y s’est ben faite dépayser

À coups d’pic pis à pelle
Y’a gravouillé, y’a vargé

Y’a tout faite pour oublier

Mais dret-là ça passe pu
Ça accroche su est deux bords
C’ta trop étrette
Ses rêves sont-t’a trop gros
Faut ben crère

Y creya d’un pays
Rêvait d’une femme, d’une vie
On y’aura ben toute pris, même c’qui avait pas
Même c’pays-là

Ti-t’homme à soir, y tousse fort
Y crache, y vomit
Toutes ceusse qui l’ont r’viré d’bord

Encore une gorgée mon homme
R’envale ta peine
Noé-moé tout ça

Ça passe croche
Ça passe tough
R’envale encore et toujours
R’envale ton pays, tes amours

Pour un jour
Aller su toutes vos tombes sa peine pisser
Pour être sûr que vous êtes ben toutes morts

Ti-t’homme qui tousse à un fils
Un espèce d’aussi grand énergumème d’escogriffre

au pic pis à pelle

Poète de la rue, des sans-paroles, des exclus
Qui s’déclament

Pis c’fils là, ben c’est moé
Pis c’est moé qui vous parle à vous autres icitte à soir
Qui vous crie tout c’te désespoir
De ces hommes sacrifiés

De ces talents mis d’côté
De tout ces indécouverts de la vie-poètes

Moé aussi j’tousse, j’prends mon trou
J’m’assis d’ssus, pis j’m’étouffe

Que trop souvent Nelliganisé
J’aimerais ça faire un Richard Desjardins d’moé
Mais ça passe pas lousse

Mais j’ai des rêves en calvaire
C’t’une manière de vice

Moé aussi, j’envale la vie ben d’travers
Ma poésie, je vous bûche, je vous call, je vous crie
Au pic pis à pelle, vous avez pas fini

Mon père c’t’a un colon mais pas un colonisé
Y’a marché drette, la broue dans l’toupet

Y’a bu sa vie, ses défaites
Y’étouffait, y’a tout faite

En son nom, en ses rêves
Vous m’tairez-pas mes ciboires

À grands coups d’poèmes pis d’désespoirs
À grands coups d’pic pis à pelle

J’va vous en pelleter en sacrament des nuages
J’va vous en faire des sparages

Tant qu’il y aura la liberté
La vie

Le droit de rêver
La poésie

Les petites mains
Les petites mains sont fortes, puissantes
Elles travaillent durement la pierre
Ratissent les champs dès l’aube levante
Cueillent le coton sans chigner guère

Le poète Yvon Jean lors d'une prestation publique.

Le poète Yvon Jean lors d’une prestation publique.

Sans elles vous seriez fort moins bien
Elles assurent votre industrialisé confort
Votre café ne goûterait plus rien
S’il n’avait pas ce goût de conquistador

Elles s’activent sur la planète, un peu partout
Façonnent à votre gré tout vos sombres jouets
Elles vous appartiennent, un poing c’est tout
En plus porteront l’odieux de votre rejet

Vous les méprisez ces petites mains
Qui bâtissent vos riens, vos vies
Pire même, vous niez leurs destins
Étouffez leurs moindres pleurs, cries

Mais c’est bien vous qui les exploitez
Par votre proverbial je-m’en-foutisme
C’est bien aussi vous qui à petit feu les tuez
Bien déculpabilisés, derrière votre réconfortant altruisme

Elles suent, dans vos champs, vos mines
Se tuent à n’en plus vouloir vivre
Ont trop souvent fort mauvaises mines
Font tout, tout pour, qu’au fond, survivre

enfants travail

Les petites mains n’écriront jamais
Ni ne connaîtront la tendresse d’un toucher
Masturberont les touristes sexuels à souhait
Pervers éjaculat d’un monde insensé

Les petites mains vieillissent vite ainsi
Ont leur coupera alors le pouce
Pour mieux entrer dans les souliers Nike
Assurant le confort des pieds que vous êtes tous

Elles n’auront point de temps à essuyer larmes
Trop prisent quelles sont, sous votre emprise
À porter vos rêves, brandir vos armes
Défendre votre monde qui tant les méprise

Pour bijoux n’auront qu’ecchymoses et cicatrices
Ne joueront jamais avec les jouets quelles fabriquent
Trop occupées à n’être que poupées d’injustice
Vous vous en laverez les mains, question de fric

Les petites mains manieront encore demain machines
Sans cesse fabriqueront toutes vos choses inutiles
D’un bout à l’autre de vos continents-usines
S’affaireront à construire votre monde tant futile

Sans relâche elles encore s’acharneront
Pour vous, vos rêves, leurs cauchemars
Mais les tables bientôt tourneront
Elles tenaient, ce soir, en vous en faire part

Toute l’énergie négative ainsi générée
Espérons, vous reviendras au visage
De ces petites mains soumises, esclavagées
Enfin, sentirez-vous toutes leurs rages

Les petites mains en ont pleins les bras
Elles en ont assez de votre répugnante face
Vous étranglerait, mais ne peuvent pas
Trop occupées a manufacturer vos interfaces

N’ont même plus la force de lutter
Mais serrent les poings, encore tard la nuit
Rêvant d’un jour être libérées
Désassujettis, de vous affranchis

Les petites mains inaperçues passent, dans l’oubli
18 000 enfants meurent de faim chaque jour
Un à chaque cinq secondes mes amis
Il faut arrêter ce génocide de l’amour

Allez courage poètes opprimés
De tout temps déjeté, exclus
Il ni y a que vous qui puissiez ce monde changer
Aidez vos sœurs et frères ainsi perclus

Vous qui avez pouvoir de plumes
Mains tendez leurs, force mots
Faites de leurs jours, fuir écumes
Parlez nous d’eux, décriez les haut

Clamez leurs noms, éternités
En vous avez, encre infini
Laissez couler, feuilles, papiers
Libérez enfin de ce pas…leurs mains…leurs vies…

…Libérez leurs rêves…
Leurs… poésies

Yvon Jean

Yvon Jean en pleine action.

Démesure
Au loin surgissent, sombres nuages, menaçantes peurs
À fond chargées, corps fondant, tempête s’abattra
La multitude se sauve, tonnerre gronde, s’unit, pleure
Ultime puissance toutes et tous emportera

Ne restera plus un cri, par coeur morts seront
Débattez-vous donc, soyez plus ainsi
Moi je suis seul contre tous, qu’une exhortation
Poésie de frayeur, suis ma route, trace ma vie

Brûle-moi de ta flamme, éclaire ma déraison
Je veux me retrouver en toi poète maudit
Contre marées et vents d’autrement, je t’en supplie

Foudroie-moi, électrocute ma plume, illumine-moi
Au creux de tes bras je n’aurai plus jamais peur
Démesure-toi à moi, je t’attends sans broncher…

Poétise-moi.

Chers éditeurs chers

Vous me dites que point ne sont prêts mes textes
Je vous réponds qu’arbitrairement ainsi rejeté me faites
Finalement, quel compliment de qualifier mes poèmes de textes
Car si ma Poésie ressemble à la vôtre, quelle défaite

Jamais ne me plierai plus encore, m’aplaventrirai
À attendre que vous décidiez, ce fort aléatoirement
De peut-être, au goût du jour, de miraculeusement me publier
Alors que les plus grands, n’ont jamais été reconnus de leur vivant

Vous ne me Nelliganiserez pas, chers Éditeurs chers
Vos méthodes d’évaluer l’intangible, l’insondable
Revisées devraient être, mais n’en avez que faire

Bien oielllèrisés dans tout ce que vous croyez être
Cataloguant tout, vous cherchez le vendable, le faisable
Alors que la Poésie n’en a que faire de votre loi du paraître

Sachez que je ne ramperai plus devant vous
Que le temps son œuvre fera, obligatoirement
Et qu’un jour la vie se chargera de vous, de tout

Qu’alors Parole me sera donnée, enfin, triomphalement
Que ma Poésie résonnera, à tous azimuts, hors de tout doute
Mais qu’aussi alors serai mort assassiné, depuis fort longtemps…
…Par votre doute

À propos d’Yvon Jean

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Poète de la rue, des sans paroles… des exclus : voilà comment il se décrit depuis la première fois où il est monté sur scène.

Yvon Jean revient de très loin; marginalisé, il a connu la rue, mais il n’a jamais oublié son rêve : devenir un jour poète.

Et pour la première fois depuis 2006, il a récité sa poésie lors d’une soirée SoloVox, animée par son grand ami et poète Éric Roger, sans qui d’ailleurs tout ce qui suit n’aurait pas été possible, dit-il.

Plus de 200 apparitions sur scène plus tard – Slam-session au local de l’Archie, soirées SoloVox à L’Escalier et ailleurs, Quai des brumes, In Vivo, Derniers Humains, micro libre de l’ATSA, Macadam tribus, Cabaret Résolu, Slam Jam Collectif, Nuit de la poésie Anarchiste, Festival Voix d’Amériques, Slam Chaud, Martimots Dits, Nuit des sans-abri – et après 30 années d’écriture à son actif, Yvon Jean a vu son premier recueil-CD, Noires Poésies, paraître chez Teichtner en 2008. Il travaille présentement avec acharnement à sortir son ultime recueil en 2013.

Sa poésie est tantôt classique, tantôt urbaine ou carrément joual, versifiée, de facture assez sombre, mais toujours porteuse de lumière, dénonciatrice, donnant la parole aux exclus de ce monde. Son éditeur le qualifie d’heureux mélange contemporain entre Gauvreau et Jean Narrache, inventant des mots, réinventant le joual.

Il a également coanimé plus de 150 émissions de radio (Les contes à rendre sur les ondes de CHOQ-FM, à Montréal) et coanime actuellement une émission du même nom à la station Radio Centre-Ville (102,3 FM) de Montréal, où il présente une chronique sur la poésie intitulée Poétiquement autre.

Il a aussi fait sa marque dans le slam, remportant la victoire lors de quelques soirées. Pour le public, c’est toujours un électrochoc : il entre comme en transe, se sentant enfin vivre, exister. Voyez vous-même sa performance à la Première Chaîne de la Société Radio-Canada dans le cadre de Slam Macadam.

Yvon Jean a également vu un de ses poèmes publié dans le livre de Mario Proulx (journaliste, réalisateur et animateur de radio), Vivre jusqu’au bout, tiré de la série radiophonique qui a été diffusée à la Première Chaîne de la SRC. Son poème Vivre jusqu’au bout, mourir autrement a été publié aux côtés des textes de Jim Corcoran, Clémence Desrochers, Daniel Lavoie, Pierre Légaré, Chloé Ste-Marie et Roger Tabra. Vous pouvez accéder à la bande audio de ce poème.

Yvon Jean est également présent sur YouTube.

Par la force de sa plume et son style percutant, Yvon Jean se distingue et laisse sa marque de façon indélébile et fort singulière au sein de la poésie québécoise actuelle.

Publié en novembre 2008 chez Teichtner, Noires Poésies est en Collection Nationale à la Grande Bibliothèque et à la Bibliothèque Marie-Uguay. Le recueil est épuisé après avoir vendu plus de 300 exemplaires. L’éditeur, Claude Hamelin, l’a pris sous son aile, adorant sa singulière poésie. Il compte publier un prochain recueil cette année et vise cette fois les grandes maisons d’éditions. En 30 ans, il a écrit plus de 1 000 poèmes, dont près de 400 en vue de publication. Enfin, mentionnons que depuis mars 2013, Yvon Jean coanime la série SoloVox webtélé en compagnie d’Éric Roger.

En qualité d’invité, Yvon Jean participera à la soirée SoloVox du 27 mars 2013, laquelle sera consacrée au regretté Gérald Godin.

Éric Roger présente les soirées SoloVox le dernier mercredi de chaque mois au bar L’Escalier Montréal, 552, rue Sainte-Catherine Est, avec le concours de ses commanditaires : les Éditions David, les Éditions Triptyque, les Écrits des Forges, les Éditions du Noroît, les Éditions Prise de parole et les Éditions de l’Hexagone.

SoloVox est maintenant offert… en webtélé!

Dynamique, Éric Roger, le grand manitou de SoloVox depuis maintenant plus de 12 ans, innove une fois de plus et écrit une page d’histoire en créant une émission webtélé entièrement consacrée à la poésie d’ici. En compagnie de son comparse de toujours, Yvon Jean, le duo a présenté la première émission de cette nouvelle série le samedi 16 mars 2013, et votre humble serviteur s’est promis de se joindre à l’aventure. Vous pouvez entre autres y entendre une entrevue avec Sibylle, une nouvelle voix qui s’est révélée grâce aux soirées qu’organise Éric Roger. La poétesse Pascale Cormier sera l’invitée de la semaine lors de l’édition du 23 mars 2013.

Sans plus tarder, je vous laisse syntoniser SoloVox webtélé, une émission diffusée sur douteux.tv, le samedi, de 13 h à 14 h.

À la semaine prochaine, même heure, même poste!

Adieu Nocturnades… bienvenue Lune funambule!

Cette image, et d’autres encore, m’ont inspiré le titre Lune funambule
(crédit : Bladi.net – Album de Elyssa).

D’entrée de jeu, permettez-moi de faire un aveu : je n’ai jamais aimé le titre de mon blogue Nocturnades.

En fait, ce titre découle d’un mauvais calcul. Au début, lorsque l’idée du blogue s’est imposée à moi, je devais l’intituler espoésie, mot tronqué formé d’espace et de poésie. Mais j’ai bien vite trouvé ce titre peu évident et trop ésotérique à mon goût.

J’ai alors voulu rendre hommage au regretté Gilbert Langevin. J’ai donc choisi le mot Nocturnales, lequel figure dans le titre de l’un de ses textes, mais, au moment d’acquérir le nom de domaine, ce dernier n’était plus disponible. J’ai alors opté pour la variante Nocturnades, bien que je n’en ai jamais été satisfait.

Ensuite, j’ai eu envie de m’offrir un nom de domaine qui ne comportait pas la mention WordPress. Très tôt, le mot funambule s’est imposé dans mon esprit. J’aimais cette image du poète funambule, en équilibre sur le fil de fer qui mène d’une expression originale et singulière à la communication universelle. Toutefois, le domaine funambule.com n’était pas disponible. Il me fallait donc ajouter un complément au mot funambule. Bien sûr, j’ai tout de suite pensé à Poésie funambule, mais le titre m’a semblé trop explicite pour être… poétique.

Puis, j’ai cogité là-dessus jusqu’à ce que, la semaine dernière, en cherchant des images de la lune avec Google, je tombe sur des œuvres de photographes qui, par un astucieux jeu de perspective, montraient une lune funambule. La lune funambule : quelle belle image empreinte de poésie! Pourquoi n’y avais-je pas songé plus tôt?

C’est ainsi que Nocturnades tire sa révérence et cède sa place à Lune funambule. Le dernier artiste à avoir été publié dans Nocturnades est donc Yvon D’Anjou.Toutefois, tous les contenus publiés dans Nocturnades au fil du temps demeureront accessibles dans Lune funambule.

Ah oui, j’allais oublier… La vocation de Lune funambule sera quelque peu différente. Il n’y aura pas d’entrevues comme c’était le cas dans Nocturnades, du moins pour le moment. La préparation des entrevues étant chronophage, elle ne me laissait plus de temps pour lire et écrire de la poésie. J’ai donc décidé de faire la promotion des poètes d’ici en publiant leurs œuvres ainsi que les renseignements nécessaires pour se procurer leurs recueils. J’ai aussi choisi de mettre l’accent sur les poètes émergents qui publient au sein de maisons d’éditions indépendantes ou à compte d’auteur. Cela exigera moins de temps et me permettra de publier avec une plus grande assiduité. D’ailleurs, si cela vous intéresse, vous pouvez me faire parvenir vos textes à nocturnades@gmail.com (comme quoi il en subsiste quelque chose). Veuillez toutefois noter que je ne m’engage pas à publier tout le matériel que je recevrai.

Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont fréquenté Nocturnades pendant sa courte vie et vous donne rendez-vous sur la Lune funambule!

La « poésophie » d’Yvon d’Anjou

Le rideau du silence
J’ouvre les rideaux avant l’aurore
Je ferme la nuit avant l’horreur
J’extrais du silence un discours inusité
J’extirpe de la racine l’inutilité
J’abreuve les terres qui souffrent d’infertilité
Je suis le vers nuisible de la calamité ◊

L'Ivre Muse est le premier recueil du poète montréalais Yvon D'Anjou.

L’Ivre Muse est le premier recueil du poète montréalais Yvon D’Anjou.

Blesse-moi tranquille
Je suis la science de la torture
Le sacrilège et la blessure
Blesse-moi tranquille
S’il te plaie
Je ne te hanterai plus de ma pluie vengeresse
Je cède le nuage à tes yeux vides
Tu es une poignée de vers putrides
Un poème déchiré
Une prose aride
L’amour et la mort
La musique d’une même main
Le refrain du même engrenage
Tu es le sable le boulon de la rage
Et le grincement du ravage ◊

Les buveurs de l’ombre
J’ai pris l’ombre de la mort dans mon cœur
Et je lui ai éteins les yeux
Ce grossier personnage
N’abordera plus mon rivage d’or et de sable
Je sais que mon palmier se nourrit de fable
Je tente de ravir à la racine quelques étincelles
D’atmosphère
Je cherche à arracher à l’écorce un brin de lumière
La poussière Orphique
La lumière Orgiaque
Et l’univers Utopique
Des buveurs de l’île Dionysiaque ◊

Le second degré de l’effroi
Tu étais là à ausculter le temps
Le ciel jouissif était bleu acier de froid
Tu calculais encore l’espace qui nous relie
Tu comptabilisais ce flot d’énergie qui nous unis
Moi je me disais simplement que tant qu’on est ici
On n’a qu’à décloisonner la fabrique du temps
Et fibré de l’espace non virtuel
Si l’on se ficelle à même notre exotique rapport de chair
Peut-être que le rideau extatique
Lèvera de son propre vent naturel
Tu chuchotais dans ton anglo-saxonne d’habitude :
« I’m melting away from the world »
J’ai rouspété bien sûr que si
Car avec beaucoup d’amour conditionnel
On évolue dans le monde virtuel
Les rapports éventuels
Sont biaisés par une approche trop numérico-surnaturelle
C’est le SECOND DEGRÉ DE L’EFFROI! ◊

Extraction
Un homme porte en lui
Deux siècles
Un cœur millénaire
Et des fruits venus de l’atmosphère
Scindé en deux
Crucifié en plein thorax
Une plaie dans la pleine au milieu
Fraction de moyeu
L’antan, l’autrefois
Le maintenant
L’instant-jamais ◊

L’aube
Il y eut un encensoir
Il y eut un refrain
Ce fut le premier jour
De tous les chemins
L’enfance de l’aube
Dans la matrice du destin ◊

© Les Éditions Première Chance et Yvon d’Anjou, 2013. Tous droits réservés pour tous pays.

Le poète montréalais Yvon d'Anjou.

Le poète montréalais Yvon d’Anjou.

Yvon d’Anjou est né à Montréal dans le quartier Saint-Henri. Amant de la poésie depuis l’âge de 14 ans, il a étudié la philosophie et la littérature pour chercher à donner sens et beauté au monde. Son premier amour a toujours été la poésie, mais sa maîtresse est la philosophie. L’Ivre Muse est son premier recueil. Le lien précédent vous permettra de vous procurer ce livre.