Lavoie à suivre (première de deux parties) : Si seulement de Josianne Lavoie

Si seulement

Si seulement
À coup de cris
En points et en gueule
À coup de si
En cœurs et en bouche
En arrière-goût
De si qui vont pas loin
Pas plus que l’ombre de mes pas
Pas de quoi traverser un océan
Ou même un pont
Pas de quoi en boire
Dirait la mère
Envoye, viens qu’on se baigne
Dans nos possibles!

Dans un beau grand monde de si
À tout bout de chant
Des si
Qui me cisaillent
Me sifflent
Me circonstancent
Me ciboirent
Me p’tit ciargent
Me simonaquent
Et silencieusement…
Me sillonnent

Me si on…
Surtout eux, oui
Les « si on »
Les « pas si on »
De criss
De ssi à l’envers
Les « si nous », tsé?
Si ON essayait moins
Si NOUS étions plus
Si ON s’aimait
Si NOUS savions comment
Si peut-être on s’pouvait?

Ce sont des si
Plus dur à avaler ça
Qui siphonnent
Les arrières pensés
Des grands sillages de dents
Qui s’mordent la langue
Quand prononcés
Juste pour se convaincre
Comme le « ça va bien »
Que tu crois jamais
Le « ça va pas »
Que t’étouffes
En p’tit fake
Qui s’éternise
Et devient toi
Le fake
Qui finit pas

Des si
Pour se mentir
Et refuser
Pour croire en qu’que chose
Et s’acharner
Pour taire le constat
De petite misère pesante
Qui s’opère et nous dissèque
Pour être beaux
Dans nos silences
Au bal masqué
Des synonymes
De contents et contentés
Où on laissera
Au vestiaire
Nos sentiments

Des si
Pour être forts
Et rester droit
Pour avancer
Sans avoir à penser
Au présent du futur
Imparfait
Keep your eyes on the sky!
Cause the price’s the limit!

Des si
Pour juste rêver
Ne pas avoir
À justifier l’échec
« À l’impossible, nul n’est tenu »
Que l’on dit
Faut croire que tout ce temps
On blâmait
La mauvaise syllabe
Pour expliquer
Qu’on s’tait planté

Des si
Pour pas trop vouloir partir
Juste un p’tit peu
Pour se demander
Qui s’ennuierait
De mon absence?
Possiblement les mêmes
Qui s’fouttaient de ma présence!
Qui oublierait de m’pleurer
En s’obstinant
À savoir qui paye les fleurs?
Possiblement les mêmes
Qui ne m’voyaient pas les manger

Toutes ces fleurs
Ces narcissistes
Qui m’infligent
Cette pression
Qui me dessine
Des rides à mon front
À force de plisser
Les yeux vers l’horizon

Vers une société impatiente
Incapable d’apprécier
Le moment présent
Qui s’immole
Dans le paraitre et le semblant
Qui s’entête à spéculer
Sur la vie et les choses
En oubliant que demain
Nous ramènera quand même
Nos psychoses

Une société impassible
Dans son espoir
Qui a dont peur
De se tromper
De passer à côté
Qui aurait
Dont du
Voulu savoir
Ce qu’on serait
Dont devenu si

Et seulement si

© Josianne Lavoie. Tous droits réservés pour tous pays.

Par ici pour accéder à La VOIX et les MOTS, le blogue de Josianne Lavoie.

Josianne Lavoie

Josianne Lavoie en prestation à SoloVox. © Tous droits réservés – Nathalie Turgeon (2013)

À propos de Josianne Lavoie
Né au Saguenay, Josianne Lavoie habite désormais à Gatineau où elle s’impose sur la scène slam locale. Elle a tenté récemment l’aventure de la poésie dans la métropole et s’est fait remarquer lors des soirées SoloVox. Sur scène, cette jeune femme livre une poésie intense, intimiste et inspirée avec conviction, ferveur et émotion. Josianne partage également une page Facebook avec Catherine H. Lavoie.

Josianne Lavoie. Une voix et des mots. Une voix à découvrir.

L’auteur de ce blogue tient à remercier l’auteure et photographe Nathalie Turgeon pour sa contribution à ce billet.

Les deux hyperliens qui précèdent ouvrent des pages Facebook. Ils fonctionnent mieux si vous êtes déjà connecté à Facebook.

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée (Pablo Neruda)

Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée

Vingt poèmes d’amour*
Tu joues tous les jours avec la lumière de l’univers.
Subtile visiteuse, tu viens sur la fleur et dans l’eau.
Tu es plus que cette blanche et petite tête que je presse
comme une grappe entre mes mains chaque jour.

Tu ne ressembles à personne depuis que je t’aime.
Laisse-moi t’étendre parmi les guirlandes jaunes.
Qui inscrit ton nom avec des lettres de fumée
parmi les étoiles du sud?
Ah laisse-moi me souvenir comment tu étais alors,
quand tu n’existais pas encore.

Soudain le vent hurle et cogne ma fenêtre close.
Le ciel est un filet chargé de sombres poissons.
Ici viennent frapper tous les vents, tous.
La pluie se dévêt.

Les oiseaux passent en fuite.
Le vent. Le vent.
Je ne peux lutter contre la force des hommes.
La tempête entourbillonne d’obscures feuilles
et libère toutes les barques qu’hier soir on amarra au ciel.

Toi tu es ici. Ah toi tu ne fuis pas.
Toi tu me répondras jusqu’au dernier cri.
Blottis-toi à mon côté comme si tu avais peur.
Pourtant une ombre étrange a  parfois traversé tes yeux.

Maintenant, maintenant aussi, petite, tu m’apportes du chèvrefeuille,
et jusqu’à tes seins en sont parfumés.
Pendant que le vent triste galope en tuant des papillons
moi je t’aime, et ma joie mord ta bouche de prune.

Ce qu’il t’en aura coûté de t’habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
Tant de fois nous avons vu s’embraser l’étoile du Berger
en nous baisant les yeux
et sur nos têtes se détordre les crépuscules en éventail tournants.
Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Depuis longtemps j’ai aimé ton corps de nacre ensoleillée.
Je te crois même reine de l’univers.
Je t’apporterai des fleurs joyeuses des montagnes, des copihues,
des noisettes foncées, et des paniers sylvestres de baisers.

Je veux faire avec toi
ce que le printemps fait avec les cerisiers.

Pablo Neruda

* Extrait de Vingt  poèmes d’amour et une chanson désespérée, XIV (Poésie/Gallimard).

Pablo NerudaPablo Neruda, nom de plume de Ricardo Eliecer Neftalí Reyes Basoalto, est un poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien né le 12 juillet 1904 à Parral (province de Linares, au Chili) et mort le 23 septembre 1973 à Santiago du Chili. Il a écrit plus de 20 ouvrages au cours de sa vie et a obtenu le prix Nobel de littérature en 1971.

(Notice biographique rédigée d’après un article de Wikipédia.)

Tous et chacun

Âme

Tous et chacun
Tous et chacun, chacun et tous, interchangeables
Deux mots,
Signes
De l’ineffable identité
Où prend lumière tout le poème

Nature, tu m’as chanté
Le duo à voix équivoques,
Immatériel balancement
Par delà l’opacité du nombre,
Flux et reflux de la même onde, ô l’onde unité,
Vagues renaissantes infiniment
Et pour rôle de dérouler
La lumière jusque sur le rivage

Celui-ci, celui-là, faites-vous plus qu’une seule chair
Pour l’amour de mon âme qui vous maria.

Tous et chacun réversibles,
Et je n’ai pu souvent pour cet échange
Que vous accoupler.

– Hector de Saint-Denys Garneau

© Édition originale : Regards et jeux dans l’espace, Montréal [s.é.], 1937. Tous droits réservés pour tous pays.

Pour tout savoir − ou presque − sur Hector de Saint-Denys Garneau, consultez le www.saintdenysgarneau.com.

Pour vous procurer Regards et jeux dans l’espace et autres poèmes.

L’art de l’ange Nancy

Nancy R. Lange

Nancy R. Lange a récemment participé à l’édition 2013 du Festival de spoken word de Calgary.

Cosmic Libertine with Sexy French : Nancy R. Lange à Calgary
La vidéo qui suit a été tournée dans le cadre de l’édition 2013 du Festival de spoken word de Calgary. Après une brève introduction dans la langue de Shakespeare, la poétesse Nancy R. Lange interprète un texte bilingue français-anglais de son cru.

L’artiste a dédié cette lecture à la mémoire de Rehtaeh Parsons, une adolescente de la Nouvelle-Écosse qui a été victime d’un viol collectif suivi d’un dérapage sur les médias sociaux et d’une descente aux enfers qui s’est terminée par le suicide de la jeune femme. À ce jour, ce crime demeure impuni et les autorités refusent d’agir, alléguant l’absence de preuves.

Nancy R. Lange est actuellement en tournée dans l’Ouest canadien. Elle se produira à Regina le 22 avril ainsi qu’à Saint-Boniface les 23, 24 et 25 avril. L’auteure a signé cinq ouvrages : son plus récent recueil de poésie, Halcón Hembra/Femelle Faucon (Écrits des Forges, 2012), publié en version bilingue français-espagnol, est offert à la fois sur les marchés québécois et mexicain.

Nick Cave Nose Who U R

Nick Cave (Push The Sky Away)

We No Who U R
Tree don’t care what a little bird sings
We go down with the dew in the morning light
The tree don’t know what the little bird brings
We go down with the dew in the morning
And we breathe, in it
There is no need to forgive
Breathe, in it, there is no need to forgive
(again)
The trees will stand like ṗleading hands
We go down with the dew in the morning light
The trees all stand like ṗleading hands
We go down with the dew in the morning light
And we breathe it in
There is no need to forgive
Breathe it in, there is no need to forgive
(again)

The trees will burn with blackened hands
We return with the light of the evening
The trees will burn blackened hands
Nowhere to rest, with nowhere to land

And we know who you are
And we know where you live
And we know there’s no need to forgive

And we know who you are
And we know where you live
And we know there’s no need to forgive

And we know who you are
And we know where you live
And we know there’s no need to forgive

And we know who you are
And we know where you live
And we know there’s no need to forgive again

Paroles : Nick Cave

Vous pouvez vous procurer Push The Sky Away sur :
archambault.ca
amazon.ca
hmv.ca

Silence

Hector de Saint-Denys Garneau

Silence
Toutes paroles me deviennent intérieures
Et ma bouche se ferme comme un coffre qui contient des trésors
Et ne prononce plus ces paroles dans le temps,
des paroles en passage,
Mais se ferme et garde comme un trésor, ses paroles
Hors l’atteinte du temps salissant, du temps passager.
Ses paroles qui ne sont pas du temps
Mais qui représentent le temps dans l’éternel,
Des manières de représentants
Ailleurs de ce qui passe ici,
Des manières de symboles
Des manières d’évidences de l’éternité qui passe ici,
Des choses uniques, incommensurables,
Qui passent ici parmi nous mortels,
Pour jamais plus jamais,
Et ma bouche est fermée comme un coffre
Sur les choses que mon âme garde intimes,
Qu’elle garde
Incommunicables
Et possède ailleurs.

Hector de Saint-Denys Garneau

© Édition originale : Regards et jeux dans l’espace, Montréal [s.é.], 1937.

Pour tout savoir − ou presque − sur Hector de Saint-Denys Garneau, consultez le www.saintdenysgarneau.com.

Pour vous procurer Regards et jeux dans l’espace et autres poèmes.

Le génie derrière Jenny

Papillons

Jenny
Tes p’tits mots doux oubliés au fond d’ mes boîtes à lunch
Pour me donner l’espoir, c’est mieux qu’ la Bible
Tes soupers après mes journées dures et ennuyantes
Pour que j’ m’endorme toujours en homme libre
Ton coeur toujours là à m’attendre
Indulgent comme une mère de tueur
Oh Jenny, ma lueur

J’ pas trop fort en affaire comme ceux qui volent avec leurs plumes
Je n’ai que ma sueur pour toute fortune
J’ te donnerais tout ce que j’ai mais faudrait encore une fois
M’en aller l’emprunter

J’ n’ai tu broyé du noir à toute vouloir lâcher
Comme si j’étais d’un concours de courage
Nos seules vacances, c’était quand on allait s’ coucher
Mais laisse-moi t’ dire, ta peau, c’est mieux qu’une plage
Et chaque nuit, j’ veux tenter ma chance
Parmi un grand mariage d’oiseaux
Oh Jenny, mon ange

Quand j’ vois quèqu’ chose de beau à chaque fois je pense à toé
À mes yeux t’es la soeur d’ la beauté
J’ te donnerais tout c’ que j’ai mais ça tiendrait d’un p’tit casseau
Toute c’ que j’ai, c’est moé

J’essaye de faire en sorte que quand tu penses à moé
Tu m’ dises que t’aurais pas pu trouver mieux
C’te christie d’ vie je l’ai d’ travers, c’est ben ça l’ mystère
Comment t’as faite pour me rendre heureux ?
À soir, mon beau camion vient de livrer
Un merci grand comme la mer
Oh Jenny, comme la mer

C’est comme disent les crackés : j’ vas r’venir un jour sur terre
Je s’rai un chèque en blanc à ton nom
J’ te donnerai tout ce que j’ai mais c’ pas sérieux parce qu’au fond
Toute c’ que j’ai, c’est toé.

Richard Desjardins et Francis Grandmont, 2003.

©  Richard Desjardins et Francis Grandmont. Tous droits réservés pour tous pays.