Elle est un parc abandonné [extrait] (Nancy R. Lange)

Elle est un parc abandonné

Elle est un parc abandonné [extrait]
quelques allées d’années plus loin
elle est un parc
désert
une colonie de vacances
à la reprise des classes

hors-saison hors-contexte
crois-tu vraiment qu’il te suffit
de la dire pour la légitimer?

par le père par le fils
depuis ses balançoires hantées
elle parle
saine d’esprit

poussent les bras du vent
vole l’invisible au jardin
le carré de sable
appelle l’enseveli
et tournoient rires et courses

cas licenciés
cris sans port d’attache
dérivés extrêmes
de sacré dépouillés

flous et réfractaires
fractale engeance éconduite
entre l’hostie et la nation
le corps du cri
morcelé

de silences consensuels
pardon facile
tolérance perpétuelle
jusqu’à la vase coulants (…)

— Nancy R. Lange, Elle est un parc abandonné, Écrits des Forges 2014 © tous droits réservés pour tous pays.

 

Souffle dragonne (Ourse Lune)

Souffle dragonne
Souffle dragonne, souffle
Enfin tu te réveilles
Souffle sur mes montagnes déplacées de sable en sable
Marque la voie qu’elles ont creusée
Souffle et apaise les cicatrices de mes tempêtes
Apprivoisées à coups d’épée
Assèche mes torrents ensorcelés
Illumine les sentiers de mon long périple
Comme phares à la mer
Pour celles qui chercheront à se rendre ici
Adoucis le goût de la victoire chèrement payée
Que dans ma souvenance, il demeure à jamais sans amertume
Et langoureusement, soulage ma chair de son désert
Qu’elle soit oasis

Pas à pas
Je marche encore
Toujours j’avancerai
Derrière, le démon se meurt

Ouvre tes ailes dragonne
Sers ta reine
Je veux être le vent qui chatouille l’eau et la lumière
Je veux être l’astre du jour éclaté en une marée d’étincelles

Élève-moi au cœur de ma chair
Que je redevienne univers
Que ma conscience brille de tous ses possibles
Pose tes ailes sur mon regard et prends ton envol
Allez va, tout droit devant

— Ourse Lune, © août 2014