Aurore boréale

Mirage (1977)

Klaus Schulze enregistre Mirage tandis que son frère se meurt. Ces circonstances lui inspirent un «paysage d’hiver électronique» où règnent stagnation et mort. Délaissant les percussions, multipliant les strates sonores et les motifs entrelacés, le musicien renoue avec les atmosphères angoissantes de ses débuts. Velvet Voyage, odyssée sonore dont l’ouverture jouxte les rives du Rubycon de Tangerine Dream, bifurque au bout d’un moment au gré des ondes bleutées d’une musique dense et opaque comme les glaces. Évoquant au départ un Tubular Bells froid comme l’espace, les strates sonores de Crystal Lake auront tôt fait de résonner de leur tintement cristallin jusqu’aux confins de l’Univers. Sans le moindre doute, Mirage figure au nombre des productions les plus intemporelles du synthétiste germanique. L’Antarctique intérieur.

© Robert Hamel, décembre 2011. Tous droits réservés.

La conquête de l’espace

Wish You Were Here (1975)

Roger Waters et sa bande éprouvent un grand vertige après l’énorme succès de The Dark Side of The Moon. Et pourtant, d’une certaine manière, Wish You Were Here fera encore mieux, le disque étant désormais considéré comme l’œuvre de référence de Pink Floyd et un archétype du space rock. L’œuvre se démarque entre autres par la guitare cristalline de David Gilmour, le synthétiseur céleste de Rick Wright et le saxophone vaporeux du collaborateur Dick Parry. Autre homme de confiance du quatuor britannique, Roy Harper interprète avec hargne et ironie Have a Cigar. Enfin, la pièce titre sert de contrepoint acoustique aux sonorités technologisées qui l’entourent. C’est de cette façon que Pink Floyd rend hommage à Syd Barrett et fait le procès de l’industrie du disque. Majestueux et émouvant.

© Robert Hamel, décembre 2011. Tous droits réservés.

Quand rien ne cloche

Tubular Bells (1973)

Chef-d’œuvre. Classique. Intemporel. Incontournable. Les épithètes ne manquent pas pour décrire Tubular Bells. Avec ses motifs minimalistes, ses effluves folkloriques et ses riffs de guitare enlevants, ce disque a marqué une génération d’auditeurs et consacré un Mike Oldfield âgé d’à peine 20 ans. Nous assistons, en fin de première partie, à un défilé d’instruments, le musicien célébrant son rempart contre la folie et sa planche de salut : la musique, sa musique. Une musique singulière, un début fracassant et un fardeau énorme sur les épaules du musicien, car il s’accompagne d’un douloureux présent pour le jeune homme à la timidité maladive : la célébrité. Sans parler d’une condamnation à l’excellence qui lui vaudra d’être dénigré chaque fois que nous devrons nous contenter de moins, et ce, même si sa musique est bien souvent exceptionnelle. Sans doute le prix à payer pour avoir livré une œuvre d’une telle envergure à un si jeune âge. Essentiel.

© Robert Hamel, décembre 2011. Tous droits réservés.