B418 (Robert Hamel)

B418
ta dernière chambre
notre dernière nuit
toi dans un lit d’hôpital
moi assis carré sur une chaise droite
toi à l’agonie
moi à l’affût
enfilant les cafés pour ne pas dormir
guettant la grande faucheuse
sur le seuil de la porte

B418
Pavillon des soins palliatifs
de l’Hôpital général juif
matricule funèbre
espace du dernier souffle
je te répétais :
« je serai toujours là pour toi ma rose »
mais toujours c’était maintenant

B418
j’ai appris des mots terribles
des mots qui tuent
et qu’on ne peut empêcher de tuer

B418
je te murmurais à l’oreille :
go towards the light my love
go towards the light
leave your body behind
it’s too painful now
you don’t need it anymore
stop fighting now

you suffered way too much
you suffered way too long
go towards the light my love

B418
cancer ‘s a bitch
a goddamned fuckin’ bitch

B418
les mots muets
et l’amour qui se noie
toi à l’agonie
moi à l’affût
Hiroshima dans tes yeux
le Vietnam sous ta peau
et le grand mal qui tue
morphine à volonté
pour ma fiancée

B418
moi aussi
ce jour-là
j’aurais bien eu besoin
d’une petite shot
de morphine

– Robert Hamel, © 2013.

Départ (Léopold Sédar Senghor)

Départ - Léopold Senghor

Départ
Je suis parti
Par les chemins bordés de rosée
Où piaillait le soleil.

Je suis parti
Loin des jours croupissants
Et des carcans,
Vomissant des laideurs
À pleine gueule.

Je suis parti
Pour d’étranges voyages,
Léger et nu,
Sans bâton ni besace,
Sans but.

Je suis parti
Pour toujours
Sans pensée de retour.
Vendez tous mes troupeaux,
Mais pas les bergers avec.

Je suis parti
Vers des pays bleus,
Vers des pays larges,
Vers des pays de passions tourmentées de tornades,
Vers des pays gras et juteux.

Je suis parti pour toujours,
Sans pensée de retour.
Vendez tous mes bijoux.

– Léopold Sédar Senghor