Sans titre (Jean Yves Métellus)

Le désir est servile
S’il n’élève le corps
Au rang de cathédrale
Où vitrille l’amour

Et le rêve tourment
S’il n’est point volutes
Échappées d’incendie
Dans les ruines éternelles

Il faut sinon
Toute la métamorphose du jour
Sur nos langues mortes
Pour conter une histoire

Je changerai pour toi
L’arc-en-ciel du destin
Pour alléger ton cœur
Puisque tu es traquée
Jusque dans tes secrets

La beauté sera jubilation
Fermentation du silence
Mais quand j’aurai soif de frisson
C’est dans le noir que tu me trouveras

— Jean Yves Métellus, sans titre, juillet 2015

Lune funambule a pu reproduire ce texte grâce à l’aimable collaboration de son auteur.

Sans titre (Tanya Lapierre)

Il fait froid
je suis reconnaissante
on a volé mon château
qui s’égrène dans l’entonnoir de ma voix
offrant dans un pur geste de générosité
son royaume de constellations et ses aurores boréales
ses rhizomes qui poussent dans les yeux des morts
dans la terre renversée jusqu’à l’essoufflement
on ne sait plus comment la féconder
on la fourre sans arrêt pour en retirer encore
quelques minutes de survie
on arrache tout
jusqu’à son épiderme
on creuse les tranchées
pour y plonger l’épuisement de nos corps

— Tanya Lapierre, © tous droits réservés, janvier 2015.

Sans titre (Sylvain Girard)

Sans titre
Je serai franc mon frère, ma sœur
Et te dirai simplement une chose horriblement belle;
Tu souffriras parfois et quand tu croiras ne plus pouvoir endurer
Tu découvriras, dans le nid de ta liberté, toute cette puissance endormie.

— Sylvain Girard, tous droits réservés, © décembre 2014.

 

Sans titre (Pascale Bérubé)

SANS TITRE
JE T’AI VU
AU MILIEU DE LA PLACE
PARTY DE JEUNES
ÉPHÈBES
DOPÉS
LES COATS EN CUIR
LES RUNNING SHOES
SCRAPPES
LANGUES AU PLAFOND
TÉTINES
COLLÉES AUX GLACES
TU ÉTAIS
COMME UNE BÊTE
TES BRAS MORCELÉS
D’IMAGES DE SAINTS
ET DE DIABLES
J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME PASSES DESSUS
AVEC TON HOSTIE DE CHAR
ROUGE ET RUTILANT
QUI T’ATTENDAIT EN BAS

J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME BLASTES
COMME DANS UNE GAME
OÙ C’EST À VIF

APRÈS TROIS TEMPS
LES GENOUX
ÉGRAINÉS

DEVANT TOUT LE MONDE
J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME TRANSPERCES

QUE TU POSES UNE COURONNE
D’ÉTOILES
SUR MA TÊTE
EN ULTIME GESTE ROMANTIQUE
QUI A DU MAL
À SE TENIR DEBOUT
PARCE QUE L’AMOUR
C’EST TOUGH
ET QUE NOS CORPS
VONT S’ÉCRASER
APRÈS LA LUNE

J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME DISES
« VIENS T’EN JACKIE
ON VA FAIRE SAUTER
L’UNIVERS »
ET C’ÉTAIT JUVÉNILE
ET C’ÉTAIT NUL AU FOND

TU ES PARTI
AVEC LA PREMIÈRE
QUI T’ES TOMBÉE
SUR LES CUISSES

Y’A-TU UN DUDE
QUELQUE PART
QUI AURAIT DU FEU?
– POUR DE VRAI LÀ –
PAS COMME DANS
UN POÈME
OÙ ON BRÛLE
LE VRAI DISCOURS

IL ME FERAIT BRÛLER
AVANT QUE LES
GARÇONS SAIGNENT BLANC
DANS LE PRINTEMPS

IL ME FERAIT BRÛLER
DANS TOUS LES TROUS
DE LA VILLE

ET IL ME GARDERAIT
À LA FIN
COMME UNE COUPURE
DERRIÈRE LA PORTE

— Pascale Bérubé, tous droits réservés, novembre 2014.