L’Absent (Fernand Ouellette)

L’Absent
Sensible ou non aux âges,
Je reste un fils
Lorsque parfois je retrouve
Ma propre enfance. Conquérante.

Et je reprends ma vie
Avec sa lourdeur,
Avec la fatigue de celui qui subit
Le temps, en témoin désarmé
De ce qui s’exténue en lui.
Errant toujours en quête
D’une présence,
Même au fond de la rose des vents.

Suis-je un père
Perdu par et pour le fils ?

Et pourtant, je tiens l’absent avec tout mon être
Jusque dans la mémoire des bras,
Jusque dans son propre affolement,
Sa détresse
Lorsqu’il prenait conscience
De marcher à côté de son rêve.

Je vais sous l’azur,
À pleins regards, à pleins souvenirs,
Tout orienté vers une forme, une icône,
Tout oreille pour une voix qui pourrait surgir
Un jour à la croisée des silences.

— Fernand Ouellette, Éditions du Passage, 2010.

Ivre de vie (Robert Hamel)

Ivre de vie

je suis soleil des jours de promesses d’Éros irisé
lune veillant sur les ailes du rêve rutilant
sablier de sang sexe sable émouvant de désir
bandé comme un arc-en-ciel feu aux foudres

je suis devenir giclé d’espérances écarlates
vêtu d’espoirs têtus murmurant à tue-tête
arbre enraciné dans le sol des possibles pluriels
fibreux fragments de fractales fracassantes

je suis fleuve fier coulant de source lumière laminée
terre fertile d’émotions ensemencée de gloire étincelle
fébrile moisson porteuse de mille mai en fleur
chant d’émoi vibrant de sagesse stèle silencieuse

je suis marcheur des chemins du renouveau rugissant
porteur d’éternel et célébration de l’éphémère merveille
résistant devant l’armée des ténors des ténèbres
je me moque de la mort sure et vis ivre de vie

— Robert Hamel, Les souvenirs ventriloques, © Les éditions de l’étoile de mer, 2013.

 

Dis tout sans rien dire (Daniel Bélanger)

Dis tout sans rien dire

Dis tout sans rien dire
Si jamais on te demande
Où je suis passé
C’est facile, invente
Dis tout sans rien dire
Ou mens sans mentir

Ne dis pas surtout
Combien j’ai peur
De ces voix dans ma tête
Qui me racontent
Des histoires bizarres
Et très étranges
Je finis par les croire
Et elles me hantent
Du matin au soir
Dis tout sans rien dire
Ou mens sans mentir

Je fais un rêve
Chaque nuit le même
Et dans ce rêve
Tout est plus réel et plus terrestre
Où je me vois tout en contrôle
Aimer la vie, m’aimer aussi

Si jamais
Tu fais un vœux
Sous une étoile filante
Ferme les paupières
Pense à moi ton frère
Vois comme je suis pauvre
Face à toi, l’âme saine et sauve
Si je suis fou comme je le pense
Reste là à mes côtés
En silence, sans rien dire

– Daniel Bélanger