G-string ou burka (Yvon Jean)

Crédit photo : Ramon Martinez

G-string ou burka

G-string ou burka
Les deux extrêmes d’un monde de fou
Même folie, même constat
Et vous, où vous situez vous

Au nom de la liberté d’expression
On nous fait avaler des couleuvres
Nous fait croire que le voile est une option
Choix, liberté, mais que la folie de l’homme l’oeuvre

Pas mieux non plus, l’hypersexualisation
De ces femmes, en hors-d’oeuvre, asservient
Comme une marchandise, bien de consommation
Un ou l’autre, pas mieux, même déni

Déni de la femme, de sa réelle personne
Marchandisation ou assexualisation
Qu’un bout de tissu, on vous claironne
G-string ou burka, même extrême, même vision

Celle de faire femme chose, bien, objet
De lui enlever son jugement, sa raison
De ne la juger que par ses possibles attraits
De faire d’elles que poupées ou qu’objet de passion

Petit bout de tissu ou grand bout de drap
Même folie, que de vouloir contrôler celle
De faire de la religion une loi
Pour assevir, dominer, pute ou pucelle

G-string ou burka, sombre portrait
Dans les fesses ou sous les draps
On ficelle la femme, qu’objet
On façonne celle-ci, on dénude celle-là

Mais le monde est ainsi mâle fait
Pulsion, domination, agression
Autrement être cela plutôt devrait
Paix, respect, amour, pas juste passion

On monnaye tout, le corps n’est qu’un bien
Il faut plaire, à tout prix, ou ne pas
Plaire à un dieu, god-michet, god-rien
Même folie, même constat, g-string ou burka

— Yvon Jean, novembre 2014, tous droits réservés.

 

L’escouade de l’immortalité (partie 2 : confirmé) (Robert Hamel)

L’escouade de l’immortalité

Partie 2 : confirmé

c’est un poète
un poète confirmé
un poète réputé
c’est un poète respecté de ses pairs
un poète qui se perd
c’est un poète adulé
un poète acidulé

il écrit les amours carnivores
et les amants cannibales
les désespoirs lucides et translucides
les silences lacérés
les passions avortées
les vérités voraces et vénimeuses
les souvenirs ventriloques
le vent des mémoires violées
les cauchemars éveillés
les visages balafrés du couteau de la vie
les espoirs en stand-by
les vies mortes
et les morts vivantes

il enfante les mots des rocks stars
des chantres de l’amour formaté fm
et de l’anticonformisme bécébégé
sa plume est une bombe à neurones
ses mots des ogives
son verbe un lance-flamme
son art du napalm

le poète confirmé carbure à l’absolu
il connaît les mots globules et les mots globines
chaque fois qu’il écrit
il écrit le respect qu’il commande
chaque fois qu’il parle
la foule entend l’admiration qu’elle lui voue
chaque fois qu’il se tait
l’écho propage sa prose
ses strophes vous apostrophent
vous appellent
vous interpellent
et vous anéantissent
de leur puissance contenue et maîtrisée

c’est un poète confirmé
un poète maudit
un poète taudis
un poète qui a tout dit
un poète toxique
un terroriste du verbe
un Che Guevara des mots

on ne sait s’il entretient l’image du poète alcoolo
ou si l’image lui appartient
on l’imagine poète monstre
poète tsunami
poète insomniaque vivant sa rage d’écrire
dans l’œil de la nuit indigo
un stylo d’une main
une bouteille de rouge de l’autre
sur la table un cendrier rempli
des botchs de son angoisse

on l’imagine homme à femme et bête de sexe
son phallus insatiable crachant se semence de vie
au rythme infernal de sa poésie
à la fois sacrée et maudite
on l’imagine dans une chambre crade et minuscule
décorée des murs jaunis de la pauvreté
où il écrit en trombe
pour ne pas que le temps le trompe
où il écrit à tue-tête
pour ne pas que le temps le tue
il est membre de l’escouade de l’immoralité
et il rêve à l’escouade de l’immortalité

on l’image aux bras de femmes pulpeuses
à la bouche de gouffre
aux seins de vertige
et à la vulve d’abysse
on l’imagine et on a tout faux
on l’imagine et on a tout vrai
le poète confirmé est tatoué de ses émotions
il hurle sa douleur à la lune funambule et nue
il engourdit le mal-être qui accompagne son statut
à grands cris d’amour dans la nuit vierge et glaciale
telles sont les exigences du mythe

c’est un poète confirmé
un homme de lettres
un homme à prendre au contre-pied de la lettre
il a tous les torts et il a raison
il habite la campagne et la ville l’habite
il habite la campagne
et le désir habite sa bite
son membre est membre de l’escouade de l’immoralité
et rêve à l’escouade de l’immortalité

c’est un poète à la tête pleine et au ventre creux
il sait que nul n’est poète en son pays
il sait que si on l’affame
c’est pour mieux lui enlever les mots de la bouche
la poésie est une maîtresse exigeante
la poésie est immatérielle
la poésie est hypocalorique
elle gave l’esprit
le cœur et l’âme
mais ne nourrit pas la chair
le poète confirmé est à la diète
mais il a l’âme gourmande
il dévore la vie avant qu’elle ne le dévore

— Robert Hamel, L’escouade de l’immortalité, partie 2 : confirmé, Les souvenirs ventriloques, Les Éditions de l’étoile de mer, © juin 2013.