Tous et chacun

Âme

Tous et chacun
Tous et chacun, chacun et tous, interchangeables
Deux mots,
Signes
De l’ineffable identité
Où prend lumière tout le poème

Nature, tu m’as chanté
Le duo à voix équivoques,
Immatériel balancement
Par delà l’opacité du nombre,
Flux et reflux de la même onde, ô l’onde unité,
Vagues renaissantes infiniment
Et pour rôle de dérouler
La lumière jusque sur le rivage

Celui-ci, celui-là, faites-vous plus qu’une seule chair
Pour l’amour de mon âme qui vous maria.

Tous et chacun réversibles,
Et je n’ai pu souvent pour cet échange
Que vous accoupler.

– Hector de Saint-Denys Garneau

© Édition originale : Regards et jeux dans l’espace, Montréal [s.é.], 1937. Tous droits réservés pour tous pays.

Pour tout savoir − ou presque − sur Hector de Saint-Denys Garneau, consultez le www.saintdenysgarneau.com.

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Accompagnement

Accompagnement

Accompagnement
Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que je ne puis pas prendre

Je marche à côté de moi en joie
J’entends mon pas en joie qui marche à côté de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là
Et dire voilà c’est moi

Je me contente pour le moment de cette compagnie
Mais je machine en secret des échanges
Par toutes sortes d’opérations, des alchimies,
Par des transfusions de sang
Des déménagements d’atomes
Par des jeux d’équilibre

Afin qu’un jour, transposé,
Je sois porté par la danse de ces pas de joie
Avec le bruit décroissant de mon pas à côté de moi
Avec la perte de mon pas perdu
S’étiolant à ma gauche
Sous les pieds d’un étranger
Qui prend une rue transversale.

Hector de Saint-Denys Garneau

© Édition originale : Regards et jeux dans l’espace, Montréal [s.é.], 1937. Tous droits réservés pour tous pays.

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La poésie d’Éric Roger ou quand les mots imitent le fleuve

Tes bras n'imitent plus le fleuve

Les heures chimiques
Les outardes nous quittent
Nous laissent seuls dans le piège
Des heures chimiques
Délaissent ce temps qui nous invente
Partir pour mieux revenir effacer nos mensonges
Le silence derrière cette porte
Allume des cierges déjà éteints
Fantôme de l’obscurité
Qui fait l’amour aux phares de la nuit
Je renonce à l’appel des saints
Nuit gothique sans mot
Qui dévoile l’esprit des tourmentes

La sœur de la terre fait rêver
Prends dans tes mains
Ce qui oblige à être
Belle rondeur
Que le toucher retient
La sœur de la terre fait rêver
Tu jubiles
Les bras nus de liberté

Réveil brutal d’une larme
Étrange sensibilité s’empare de moi
Je dois en vouloir au soleil
Je reste las à t’attendre
Tes bras n’imitent plus le fleuve

Tes bras n'imitent plus le fleuve, le plus récent recueil d'Éric Roger.

Tes bras n’imitent plus le fleuve, le plus récent recueil d’Éric Roger.

L’escalier des yeux
Toute cette neige
Me rappelle toutes ces larmes
Trop longtemps retenues
Tu sais celles qui montent à la gorge
Refusant de se rendre à l’escalier des yeux

L’amour cache un couteau
Entends-tu
L’oiseau chaman
Déposer ses ailes
Sur tes épaules
Telle une aura qui murmure
Son silence à l’espace du temps
L’amour cache un couteau
La nuit sera sans retour

Éric Roger, l'auteur de « Tes bras n'imitent plus le fleuve ».

Éric Roger, l’auteur de « Tes bras n’imitent plus le fleuve », est en nomination pour le prix Alphonse-Piché dans le cadre du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

On devient le mime de l’autre
La nuit ne s’éteindra pas
La ville s’occupe de toi
Je songe à brûler mon coeur
Mais un vent étrange s’amuse
À souffler sur les allumettes
La parole reste muette
On se fout bien de ce qu’elle a à dire
On devient le mime de l’autre
Un clown dans une chaloupe sans rames
Je vous observe de loin
Mais si proche
De vos méfiances

© Éric Roger, 2013. Tous droits réservés pour tous pays.

Vous pouvez vous procurer une version PDF de Tes bras n’imitent plus le fleuve en communiquant directement avec l’auteur à productionssolovox@hotmail.com. Vous pouvez également visiter la page Facebook d’Éric Roger, celle de SoloVox et celle de SoloVox Web télé sur Douteux.tv, la télé des délaissés.

Cliquez ici pour consulter le site Web du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

Le silence des maisons vides

Le silence des maisons vides

Le silence des maisons vides
Le silence des maisons vides
Est plus noir que celui qui dort dans les tombeaux,
Le lourd silence sans repos
Où passent les heures livides.

On dirait que, comme le vent
Qui siffle à travers les décombres
Des vieux moulins tout remplis d’ombre
Passe, toujours se poursuivant,

L’heure, passant par ce silence
Comme si le pendule lent
Qu’une antique horloge balance
La comptait à pas lourds et lents,

Passe sans rien changer aux choses
Dans un présent cristallisé
Où l’avenir et le passé
Seraient comme deux portes closes

Et dans ce silence béant
On dirait, tant le temps est lisse
Que c’est l’éternité qui glisse
À travers l’ombre du néant.

– Hector de Saint-Denys Garneau

© Édition originale : Regards et jeux dans l’espace, Montréal [s.é.], 1937.

Pour tout savoir − ou presque − sur Hector de Saint-Denys Garneau, consultez le www.saintdenysgarneau.com.

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