Perfectif (Clodius Le Rimailleux)

Clodius Le Rimailleux

Perfectif
nous te voulons pendant que nous sommes
nous te voulons pendant que nous sommes
toi mon rituel
mon état primal
mon comble
que nous faut-il apprendre pour brosser les cheveux de ta comète
je lis le tarot comme une lettre à la poste
et toi tu nous chantes des histoires à dormir à la belle étoile
façonne-nous le ventre de nourritures spirituelles
et de gâteaux au beurre
verrons-nous ta peau luire les canicules nocturnes
verrons-nous tes pieds marteler tes joies comme tes espoirs
verrons-nous l’aurore materner notre peine quand il faudra foutre le camp dans les fabriques à placebos
j’aurai connu l’instant de tes soins
j’aurai connu ta voix
l’orphelinat c’est la discipline le labeur et la vaillance
la tyranie c’est quand ce n’est pas toi qui heurte ma stratosphère
lumière
nuit
lumière
nuit
les vecteurs les dérivés
lumière
nuit
lumière
nuit
mon regard bâille à la voûte veloutée des choses dans l’ordre cosmique de la perfection
puisque nous n’y parvenons guère loin de ton affiliation
nous faudra-t-il mourir pour aboutir à toi

— Clodius Le Rimailleux, septembre 2015, © tous droits réservés pour tous pays.

Bonheur ultime tabou (José Acquelin)

Profession de voix

Le réalisme est une prévoyance du corps, la lucidité est une vue de l’esprit. Le poème, quant à lui, sert de passerelle entre les perceptions possibles. Le poème crée des liens et donne au corps de l’âme un œil autant hypersensoriel qu’ultrasensible. Le poème ne se défend de rien, même pas de l’imprévisible. Le poème devient même parfois — au-delà du langage usuel, usé et abusif — une sorte de caméra qui capte des images de l’invisible. Le poète, pour sa part, n’en est que le monteur aléatoire ou le collagiste virtuel.

Il n’en demeure pas moins que le poète ne peut jamais oublier ceci : la liberté la plus socialement acceptée, la plus courante — dans tous les sens du terme — donc la plus vécue, consiste à endosser les décisions des autres en les faisant passer pour siennes. Mais le seul vrai nom de cette pseudo-liberté est la servilité.

Finalement comme initialement, en tant que poète, je suis absolument persuadé qu’il existe une liberté plus rare, une liberté insistante et résistante, qui est celle unique de notre propre solitude. Et un de ses multiples noms répond au vocable suivant : le poème.

José Acquelin, extrait du discours de réception du Prix du Gouverneur général 2014, en poésie, pour le recueil Anarchie de la lumière, publié aux Éditions du passage.

© José Acquelin et les Productions Virage inc., 2007.

 

L’homme qui écrit plus vite que son ombre

Lundi 17 novembre 2014, Tribune Fokûs. Vers la fin d’une soirée haute en couleur, Yvon d’Anjou prend le micro. En une dizaine de minutes, il lit Josée Yvon, Sylvia Plath et Denis Vanier avant de foudroyer l’auditoire avec la musicalité singulière de son verbe pyromane dans un agrégat de mots pulsations percutant écrit pendant la soirée, au fil des prestations des poétesses et poètes invités. L’auditoire est conquis et sidéré (pour ne pas dire flabbergasté). Mais jugez-en plutôt par vous-même…