SoloVox célèbre son douzième anniversaire

Pour son douzième anniversaire, SoloVox rend hommage à Denis Vanier.

Le 26 septembre 2012, à compter de 19 h au Bar L’Escalier Montréal, SoloVox célébrera son douzième anniversaire d’existence. À cette occasion, elle rendra hommage à Denis Vanier, un complice de la première heure. Au programme : Franz Benjamin, Anne-Marie Gélinas, Denis Payette, la slameuse Vézir et des invités surprise. La portion musicale sera confiée à Meb, et Marc Poellhuber se chargera des paysages sonores. Et, bien sûr, il y aura la traditionnelle séance de micro ouvert.

Douze ans de soirée de poésie sans subventions, avec pour seuls alliés une poignée d’irréductibles commanditaires, un cercle d’amateurs fidèles et une persévérance sans faille, voilà un accomplissement qui mérite d’être souligné dignement. Pour marquer le coup, Nocturnades vous présente une entrevue avec le poète montréalais Éric Roger, grand manitou de SoloVox depuis le début et auteur de plusieurs recueils de poésie.

Nocturnades: Depuis quand écris-tu et qui t’a inspiré à le faire?
Éric Roger: J’écris depuis ma tendre enfance. J’ai écrit un conte lorsque j’étais tout jeune – j’avais environ 9 ans – et il a été publié dans le journal du quartier, La Voix populaire, dans le Sud-Ouest. Après, j’ai commencé à écrire des textes en anglais pour mes premiers groupes de death metal et de hardcore. J’écrivais surtout dans mes cours de mathématiques. La poésie est arrivée plus tard, mais je la connaissais déjà un peu avec Ferré et Reggiani, et ce, grâce à mon père, le pastelliste Réal Roger, qui est décédé en 2006. Mais je ne connaissais pas encore la force de cet art. Je l’ai vraiment découverte avec Nelligan et Baudelaire. Quelques années plus tard, j’ai lu Denis Vanier et Roland Giguère.

Éric Roger, poète et grand manitou des soirées SoloVox.

N.: Quelles sont tes principales influences?
É.R.: En poésie, je dirais Denis Vanier et Roland Giguère, sans oublier Gilbert Langevin et Léo Ferré. Mais je suis aussi souvent influencé par les paroles des groupes de musique punk et trash metal. Les paroles des groupes de metal m’inspirent beaucoup dans mon travail d’écriture.

N.: Qu’est-ce que la poésie pour toi?
É.R.: L’écriture m’a sauvé. Elle est mon exutoire. Elle m’a permis d’extérioriser mes émotions, et j’ai découvert autre chose que la drogue et l’alcool. À mes yeux, la poésie reflète l’humanité. Sans elle, on ne verrait que de la laideur un peu partout. La poésie est l’essence même de l’être humain.

N.: Quel est ton but quand tu écris?
É.R.: Je vise à atteindre le plus grand nombre de personnes possible en leur parlant de façon accessible, sans être hermétique, pour leur montrer qu’il existe différents styles de poésie.

N.: Comment procèdes-tu lorsque tu écris?
É.R.: Je commence toujours par un titre, une phrase que j’entends dans une chanson ou dans une conversation. J’écris d’abord dans des calepins, puis je restructure le tout à l’ordinateur.

N.: Comment est né SoloVox?
É.R.: Les soirées SoloVox sont nées en 2000, après le décès de Janou Saint-Denis, avec qui j’ai travaillé de 1995 à 2000. À la fin de sa vie, je l’ai remplacée à quelques reprises à l’animation, car elle était très malade et elle continuait quand même. Mais, à un moment donné, elle ne pouvait plus se déplacer. On m’a alors demandé de la remplacer pour l’animation de ses soirées Place aux poètes. Je me souviens d’ailleurs d’une soirée en particulier que j’avais trouvé stressante avec Patrice Desbiens. Nous étions à cette époque au salon Émile-Nélligan de l’UNEQ . Peu de temps après, Janou est décédée, mais on n’a pas voulu que je poursuive cette tradition. C’était normal : la Place aux poètes, c’était Janou et j’ai respecté cela. Après, tout le monde me demandait pourquoi je ne faisais pas de soirées de poésie. J’y ai réfléchi et j’ai créé SoloVox en 2000 au Café Ludik. Depuis, on existe toujours et c’est grâce à Janou Saint-Denis, qui m’a permis d’apprendre.

N.: Qu’est-ce que t’a apporté SoloVox?
É.R.: Cela m’a permis de découvrir de nouveaux talents et de faire connaître des recueils qui seraient restés dans l’ombre sans la contribution de SoloVox. Pour plusieurs personnes dans le milieu, SoloVox est un tremplin pour la relève. Il ne faut pas oublier que je fais cela sans appui des paliers gouvernementaux, tandis que Janou comptait sur le soutien de certaines administrations publiques. Moi, j’ai fait cela seul avec l’aide de mon amie Sandra Walsh à l’époque. Je profite de l’occasion pour la remercier.

N.: Qu’est-ce que ça prend pour organiser une soirée SoloVox?
É.R.: Tout d’abord, pour organiser des soirées de poésie, il faut savoir ce qui se publie, sinon cela devient le fait d’une clique. Il faut lire ce qui se fait chez nos éditeurs québécois et parler des recueils de poésie, sinon qui en parlera? Et ce qui fait que je suis toujours là, ce sont les séances de micro ouvert. Cela me permet de découvrir de nouvelles voix, et quand je vois qu’il y a du potentiel chez certains poètes, j’en profite pour leur donner plus de temps par la suite. Je fais tout cela avec des moyens restreints.

Le Théâtre de l’Âme, paru en 2012 aux Éditions Dédicaces.

À ce jour, Éric Roger a publié six recueils de poésie. Son plus récent, Le Théâtre de l’Âme, est paru en 2012 aux Éditions Dédicaces. Vous pouvez vous le procurer en ligne (http://www.lulu.com). Vous pouvez également obtenir des exemplaires électroniques ou des versions PDF des recueils d’Éric en communiquant avec lui par l’entremise de sa page Facebook ou encore en lui écrivant à productionssolovox@hotmail.com. Outre les soirées SoloVox, Éric prépare d’autres recueils. Les soirées SoloVox misent sur la commandite des Éditions David, des Éditions du Noroît, des Éditions de l’Hexagone, des Éditions Prise de parole, des Écrits des Forges et des Éditions Triptyque.

Vous aimeriez publier une nouvelle à caractère littéraire ou poétique dans Nocturnades? Transmettez-nous votre communiqué par courriel à nocturnades@gmail.com.

Lettre à la dame de coeur

Chloé Sainte-Marie

Très chère Chloé,
Magnifique Chloé,
Splendide Chloé,

Tu me pardonneras la hardiesse de ce billet doux et ce tutoiement effronté qui ne me ressemble guère, mais, depuis quelque temps, je suis obnubilé par ta voix et les mots qui l’habitent. Je suis en proie à ton envoûtement et je n’ai nulle envie d’y échapper. J’ai donc l’impression de te connaître intimement.

Je ne te cacherai rien : la  rumeur de ton succès a mis un temps très long à m’atteindre. Lorsque je me suis enfin procuré Je marche à toi, c’était pour l’offrir à ma conjointe. À l’époque, je me faisais une religion de n’écouter que des musiques instrumentales. Et un bon jour, en tendant l’oreille vers ta voix, le goût des mots m’est revenu, tout comme une marche dans les rues de l’enfance fait resurgir les souvenirs heureux des jours d’insouciance.

Je disais donc m’être procuré Je marche à toi pour ma conjointe. Il n’y a pas eu de coup de foudre. Après plusieurs écoutes répétées, le disque compact a longtemps dormi sur l’étagère. Puis, il y a moins d’un an, je l’ai inséré de nouveau dans le lecteur. Il y avait si longtemps que je l’avais écouté que j’avais l’impression de le « réentendre pour la première fois ».

Ici, il me faut te faire une autre confession : au départ, ce n’est ni ta voix ni la langue des poètes qui a retenu mon attention, mais la qualité de l’enregistrement. Le « piège » de la poésie s’est ensuite doucement refermé sur moi. Les mots devenaient plus que des mots : ils étaient musique, cinéma, fresques, parfums, paysages, doux vertiges, vagues dans le ventre, larmes au coin de l’œil, doux feu au fond du cœur. Les mots des poètes transpercent notre âme et bercent notre tendresse. Ils révèlent la profondeur de l’humanité en nous. Ils nous accompagnent de l’aurore à l’aube et visitent même notre sommeil.

Maintenant que les Gaston Miron, Patrice Desbiens et autres Bruno Roy — pour n’en nommer que trois — ont cessé d’être de simples noms dans un livret, maintenant qu’ils sont les compagnons de mon quotidien, je me prends d’une vive affection pour ta voix de feutre et tes syllabes ciselées comme des joyaux. Si les yeux sont le miroir de l’âme, ta voix en est le mode d’expression privilégié. J’entends battre ton cœur au creux de ton chant. J’y décèle ta noblesse d’esprit et je comprends que tu aies accompagné le grand Gilles avec tant de grâce et de dignité pendant tout le long combat qu’il a livré à la maladie. Je comprends aussi ta détermination à plaider la cause des aidants naturels.

Je fréquente ton œuvre depuis peu et il me reste beaucoup à découvrir, mais tu m’as déjà donné une très grande leçon : le bonheur est une chanson poétique de Chloé Sainte-Marie, et ta voix est la harpe des poètes. Depuis que tu es entrée dans ma vie, très chère Chloé, je « n’entends » pas la fin du monde, je « t’entends ».

D’un admirateur avec un très grand A.

Cliquez ci-dessous pour visionner le clip officiel de la chanson Toi la mordore de Chloé Sainte-Marie (album Parle-moi [2005], paroles de Roland Giguère et musique de Gilles Bélanger).