âmochée (Robert Hamel)

Crédit photo : Howard Schatz

À la douce mémoire de R. N.

âmochée
parfois
j’ai peur d’oublier
le feu des yeux
sous le ciel de la chambre étoilée
la fièvre qui embrase
les lèvres qui embrassent
le vertige et l’envie
entre l’oreille et le cou de la vie
le goût du sexe
et la buée des nuits nues et sans bouées
le point de rosée du plaisir
et le lever du désir
le parfum de tes dunes
et la saveur des pleines lunes
le lit en liesse
signée du sceau de la passion

parfois
j’ai peur
de ne jamais oublier
le musée des erreurs
et des horreurs
le goût rance de l’errance
et les déchets de la déchéance
mon coeur prostitué
qui se cherche un pimp
pis qui a besoin d’un fix
mais surtout
mon âme
scarifiée
sacrifiée sur l’autel des trahisons

mon âme
désâmorcée
âmoindrie
âmôchée
mon âme violée
vendue à l’encan
pour un printemps enflammé
et trois fois rien

— Robert Hamel, Les souvenirs ventriloques, © Les Éditions de l’étoile de mer, juin 2013.

Fidélité (Léopold Sédar Senghor)

Fidélité

Fidélité
Non, je n’ai point fêlé mon vase d’or.
Tes yeux font délirer toujours comme un vin de palme nouveau.
La terre n’a rien bu de mon amour.
Sur les roniers, sentinelles à l’aube,
Ramiers et tourterelles
Roucoulent l’appel aux libations quotidiennes.
Les jours ont avalé les nuits,
Les saisons sèches ont bu Niger et Gambie,
Des hordes de baisers farouches
Assiègent depuis longtemps ma puissante Tombouctou.
Mais ton parfum, qui reste frais, brise
Pour moi seul son flacon au lever.
Et dans l’ivresse, je sacrifie
Après l’ablution à la fontaine claire.

— Léopold Sédar Senghor