Massacre (Louis Geoffroy)

MassacreMassacre
fauchées
fauchées
elles se sont couchées sans pudeur
molles
flasques
et les mots durs giclent de partout
batouque de mon corps
tam tam TAM tam tam TOM tam tam TAM tam tam TOUM
et les longs hurlements intestinaux du trane les tuent tous autant qu’ils sont proses vociférantes de l’amour au passage des ailes de la vie cadavres que le sorcier a ranimés pour les besoins du c’oq-mo’t verbes du couchant du levant lancés avec le soleil ou avec la lune car pâlit et s’épanche dans son sang l’oiseau turquoise qui me fait crier qui me fait hurler à l’immense fleur jaune comme un loup assoifé
il ne reste que des ruines
et vraiment batouque de mon corps
mon corps n’est et ne sera que ce qui compte
ou bien ton corps
si aimes
mieux
ou moi

– Louis Geoffroy, Totem poing fermé

Le Grand Soleil Ocre (Patrick Chemin)

Grand soleil ocre

Le Grand Soleil Ocre
Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j’irai tout seul
anonyme
de la terre dans mes poches et mes poches trouées
J’aurai pour naître encore l’oiseau grivois de mes cendres
toutes ces nuits d’argile où je saurai attendre
la lente procession des pluies
la semence et graine de paradis poivrés
et mon cerveau demain sera le blé ardent le blé indien
la plaine entière où mûrit la lumière
sous l’œil de juillet
et sa torpeur de pierre

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j’aurai la parole sans voix pour distraire les mots
j’aurai mille ans pour rire enfin de ce grand corps tout froid
désacraliser l’immobile
perdre la mémoire de chaque douleur

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j’irai m’asseoir entre mes deux dates limitrophes
sur le trait d’union
à califourchon sur ma tombe frugale où viendront les oiseaux
Et je croirai nouveaux ces poèmes prêtés jadis au silence
qu’il me rendra peut-être comme ultime sentence
pour mes nuits illégales mes jours sans foi

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j’annulerai toutes les lunes par la présente
et tu les recevras poste restante
Je t’apprendrai aussi la solitude
et tu la sais déjà

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
je déchirerai le ciel en deux
dénonçant l’escroquerie d’un cri d’oiseau perçant
je tordrai le cou des nuages pour qu’il pleuve de l’eau de vie
des larmes en couleur sur le fard de l’horizon
je jouerai seul à la marelle bondissant de chaque côté des frontières
maquillées à la craie blanche grandeur nature
Et puis je retournerai dans le ventre initial de chaque femme
fœtus inverse et multiple parmi les soleils de sang déchirés
saisons des pluies et moussons de corail

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
je veux réinventer ton ventre littérature pour mes nuits analphabètes
Et puis j’aurai l’enfance blonde et douloureuse comme un poème pour ma mère
le suicide des mots pour des secrets inutiles
la survivance rebelle de tout mon orgueil
écorché vif contre le mur vitré du temps et sa porte dérobée

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j’irai m’endormir seul dans une chambre toute proche de celle de l’éternité
pour nous rencontrer plus tard dans la nuit
négocier au prix fort chacune de mes secondes gaspillée à vouloir comprendre
pourquoi je vivais

Et te rejoindre tout à l’heure
juste après le spectacle

© Patrick Chemin (1978)

Le Grand Soleil Ocre © Patrick Chemin – 1978
Texte et voix : Patrick Chemin – Musique et programmation : Philippe Cholat – Guitare : Frédéric Mauduit – Trompette : Daniel Villard – Extrait du CD Les Tardives 2002 – Images et réalisation © Cok Friess – Tous droits réservés.

Cette vidéo a été réalisée pour fêter les 35 ans de l’écriture de ce poème.

À propos de Patrick Chemin
Patrick Chemin publie des textes sur Internet depuis plusieurs années. Pour tout savoir – ou presque – sur cet artiste, consultez sa page Facebook (au préalable, vous devez être connecté à Facebook pour accéder à la page). Patrick Chemin diffuse également son œuvre au moyen d’un site Internet (www.patrick-chemin.odexpo.com).

Ce billet a été publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.