Le beau risque

Exposed, 1979

Ragaillardi après une thérapie aux méthodes discutables, Mike Oldfield effectue, avec le concours de près de 40 musiciens, une ambitieuse tournée européenne qui coûtera excessivement cher. Question de rentabiliser l’opération, le musicien, qui a l’habitude de miser sur la technologie des studios, relèvera, tel un funambule s’exécutant sans filet, l’énorme défi d’un album en concert : Exposed. Il en ressort un Tubular Bells écourté et plus rock ainsi qu’un Guilty grisant d’énergie en clôture de programme. Quant à Incantations, qui ouvre le bal avec splendeur, les chœurs hypnotiques et le poème lyrique qu’interprète Maddy Prior lui confèrent une dimension mystique qui fait de la pièce une prière païenne. Condensée, la pièce émeut davantage. Authentique et transcendant.

© Robert Hamel, janvier 2012. Tous droits réservés.

La conquête de l’espace

Wish You Were Here (1975)

Roger Waters et sa bande éprouvent un grand vertige après l’énorme succès de The Dark Side of The Moon. Et pourtant, d’une certaine manière, Wish You Were Here fera encore mieux, le disque étant désormais considéré comme l’œuvre de référence de Pink Floyd et un archétype du space rock. L’œuvre se démarque entre autres par la guitare cristalline de David Gilmour, le synthétiseur céleste de Rick Wright et le saxophone vaporeux du collaborateur Dick Parry. Autre homme de confiance du quatuor britannique, Roy Harper interprète avec hargne et ironie Have a Cigar. Enfin, la pièce titre sert de contrepoint acoustique aux sonorités technologisées qui l’entourent. C’est de cette façon que Pink Floyd rend hommage à Syd Barrett et fait le procès de l’industrie du disque. Majestueux et émouvant.

© Robert Hamel, décembre 2011. Tous droits réservés.

Quand rien ne cloche

Tubular Bells (1973)

Chef-d’œuvre. Classique. Intemporel. Incontournable. Les épithètes ne manquent pas pour décrire Tubular Bells. Avec ses motifs minimalistes, ses effluves folkloriques et ses riffs de guitare enlevants, ce disque a marqué une génération d’auditeurs et consacré un Mike Oldfield âgé d’à peine 20 ans. Nous assistons, en fin de première partie, à un défilé d’instruments, le musicien célébrant son rempart contre la folie et sa planche de salut : la musique, sa musique. Une musique singulière, un début fracassant et un fardeau énorme sur les épaules du musicien, car il s’accompagne d’un douloureux présent pour le jeune homme à la timidité maladive : la célébrité. Sans parler d’une condamnation à l’excellence qui lui vaudra d’être dénigré chaque fois que nous devrons nous contenter de moins, et ce, même si sa musique est bien souvent exceptionnelle. Sans doute le prix à payer pour avoir livré une œuvre d’une telle envergure à un si jeune âge. Essentiel.

© Robert Hamel, décembre 2011. Tous droits réservés.