Écrire (Ourse Lune)

Écrire

 

Écrire
Pour se toucher soi-même
Se prouver que l’on existe encore
Derrière toutes les plaies et les cicatrices
Que les autres ne peuvent savoir
Écrire
Pour entrouvrir la fenêtre du monde
Vers soi
Prendre le risque
De se dévoiler un mot à la fois
Pour être entendue
Pour être reconnue
Pour être reçue
Par l’autre qui sait
Tenir notre cœur dans sa main

— Ourse Lune, novembre 2014.

L’escouade de l’immortalité (partie 2 : confirmé) (Robert Hamel)

L’escouade de l’immortalité

Partie 2 : confirmé

c’est un poète
un poète confirmé
un poète réputé
c’est un poète respecté de ses pairs
un poète qui se perd
c’est un poète adulé
un poète acidulé

il écrit les amours carnivores
et les amants cannibales
les désespoirs lucides et translucides
les silences lacérés
les passions avortées
les vérités voraces et vénimeuses
les souvenirs ventriloques
le vent des mémoires violées
les cauchemars éveillés
les visages balafrés du couteau de la vie
les espoirs en stand-by
les vies mortes
et les morts vivantes

il enfante les mots des rocks stars
des chantres de l’amour formaté fm
et de l’anticonformisme bécébégé
sa plume est une bombe à neurones
ses mots des ogives
son verbe un lance-flamme
son art du napalm

le poète confirmé carbure à l’absolu
il connaît les mots globules et les mots globines
chaque fois qu’il écrit
il écrit le respect qu’il commande
chaque fois qu’il parle
la foule entend l’admiration qu’elle lui voue
chaque fois qu’il se tait
l’écho propage sa prose
ses strophes vous apostrophent
vous appellent
vous interpellent
et vous anéantissent
de leur puissance contenue et maîtrisée

c’est un poète confirmé
un poète maudit
un poète taudis
un poète qui a tout dit
un poète toxique
un terroriste du verbe
un Che Guevara des mots

on ne sait s’il entretient l’image du poète alcoolo
ou si l’image lui appartient
on l’imagine poète monstre
poète tsunami
poète insomniaque vivant sa rage d’écrire
dans l’œil de la nuit indigo
un stylo d’une main
une bouteille de rouge de l’autre
sur la table un cendrier rempli
des botchs de son angoisse

on l’imagine homme à femme et bête de sexe
son phallus insatiable crachant se semence de vie
au rythme infernal de sa poésie
à la fois sacrée et maudite
on l’imagine dans une chambre crade et minuscule
décorée des murs jaunis de la pauvreté
où il écrit en trombe
pour ne pas que le temps le trompe
où il écrit à tue-tête
pour ne pas que le temps le tue
il est membre de l’escouade de l’immoralité
et il rêve à l’escouade de l’immortalité

on l’image aux bras de femmes pulpeuses
à la bouche de gouffre
aux seins de vertige
et à la vulve d’abysse
on l’imagine et on a tout faux
on l’imagine et on a tout vrai
le poète confirmé est tatoué de ses émotions
il hurle sa douleur à la lune funambule et nue
il engourdit le mal-être qui accompagne son statut
à grands cris d’amour dans la nuit vierge et glaciale
telles sont les exigences du mythe

c’est un poète confirmé
un homme de lettres
un homme à prendre au contre-pied de la lettre
il a tous les torts et il a raison
il habite la campagne et la ville l’habite
il habite la campagne
et le désir habite sa bite
son membre est membre de l’escouade de l’immoralité
et rêve à l’escouade de l’immortalité

c’est un poète à la tête pleine et au ventre creux
il sait que nul n’est poète en son pays
il sait que si on l’affame
c’est pour mieux lui enlever les mots de la bouche
la poésie est une maîtresse exigeante
la poésie est immatérielle
la poésie est hypocalorique
elle gave l’esprit
le cœur et l’âme
mais ne nourrit pas la chair
le poète confirmé est à la diète
mais il a l’âme gourmande
il dévore la vie avant qu’elle ne le dévore

— Robert Hamel, L’escouade de l’immortalité, partie 2 : confirmé, Les souvenirs ventriloques, Les Éditions de l’étoile de mer, © juin 2013.

Ne me quitte pas (Jacques Brel)

Ne me quitte pas

Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s’oublier
Qui s’enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
À savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
À coups de pourquoi
Le coeur du bonheur

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Moi je t’offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserais la terre
Jusqu’après ma mort
Pour couvrir ton corps
D’or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l’amour sera roi
Où l’amour sera loi
Où tu seras reine

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je t’inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s’embraser
Je te raconterai
L’histoire de ce roi
Mort de n’avoir pas
Pu te rencontrer

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

On a vu souvent
Rejaillir le feu
D’un ancien volcan
Qu’on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu’un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu’un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s’épousent-ils pas?

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
À te regarder
Danser et sourire
Et à t’écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L’ombre de ton ombre
L’ombre de ta main
L’ombre de ton chien

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Paroles et musique : Jacques Brel

Ce qu’il faut dire (Bruno Roy)

Ce qu'il faut dire

Ce qu’il faut dire
Je suis folle à la mesure de l’instant
Je chavire, je délire, je dérive
Je vole en éclats de soleil
J’habite une joie très abîmée de douleur
Je n’ai que mes troubles pour vous tendre la main
Je n’ai que ma brûlure pour marcher avec vous
Je n’ai que les ruines de la mort pour devenir vie

Je n’ai que moi-même pour tout dire
L’ombre à mon cou, je n’ai pas peur
Non, je ne me retournerai pas
J’irai chercher dans tes mains ce courage qui t’a fait
Oui, j’irai par un jour de lumière apprendre à mourir
Pour me rapprocher de moi
Pour me rapprocher de toi
Pour dire ce qu’il faut dire

Chloé Sainte-Marie, album Je marche à toi (paroles de Bruno Roy)