La leçon de piano

L'Enfant prodige (Luc Dionne, 2010)

Je confesse que, à la sortie de L’Enfant prodige, je n’étais pas convaincu. Je craignais que ce long métrage biographique ressemble à l’un de ces nombreux téléfilms convenu et sans saveur. D’autant plus que le réalisateur Luc Dionne (Monica la mitraille) s’aventurait à l’extérieur de son territoire de prédilection, le monde criminel. Heureusement, je me suis trompé. Sans révolutionner quoi que ce soit, L’Enfant prodige est un document essentiel et plus qu’honnête sur la vie de ce Mozart québécois qui partageait le génie précoce et le destin tragique du maître. André Mathieu paiera très cher son prodigieux talent : enfance dérobée, dragon maternel dévorant (Macha Grenon, émouvante en mère névrosée), alcoolisme destructeur et lutte constante entre la bête pianistique qu’il était et qui portait ombrage à son double, le compositeur d’exception incompris et méprisé.

Porté par une distribution cinq étoiles — Marc Labrèche, Macha Grenon, Patrick Drolet (sûrement l’un des comédiens les plus doués de sa génération), Karine Vanasse et François Papineau pour n’en nommer que quelques-uns —, L’Enfant prodige est un divertissement intelligent qui en vaut bien d’autres. Avec en prime, bien sûr, la très belle musique d’André Mathieu et l’interprétation spectaculaire d’Alain Lefèvre.

Quelle famille!

Familia (Louise Archambault, 2005)

Familia (Louise Archambault, 2005)
Deux mères que tout oppose et que seul un lien familial unit : l’une en chute libre, l’autre accrochée à l’illusion du contrôle. La première, dévorée par le jeu, court droit à sa perte; la seconde, en apparence mère et épouse parfaite, soulève lentement le voile du drame qui la guette. Deux adolescentes en crise, et la vie qui trouve toujours le chemin qui mène à soi. Louise Archambault signe ici un premier long métrage intelligent et bien ficelé avec le soutien d’une brochette de talents sûrs (Sylvie Moreau, Macha Grenon [criante de vérité], Vincent Graton, Micheline Lanctôt, Jacques L’Heureux, Patricia Nolin, Paul Savoie ainsi que les jeunes Juliette Gosselin et Mylène Saint-Sauveur, toutes deux excellentes). Je retiens essentiellement deux scènes : celle où Gabrielle découvre que sa mère a lu son journal intime et la finale, dans laquelle Janine, digne jusqu’à la toute fin, orchestre un spectaculaire coup de théâtre.

Rafraîchissant et inspirant.