Ivre de vie (Robert Hamel)

Ivre de vie

je suis soleil des jours de promesses d’Éros irisé
lune veillant sur les ailes du rêve rutilant
sablier de sang sexe sable émouvant de désir
bandé comme un arc-en-ciel feu aux foudres

je suis devenir giclé d’espérances écarlates
vêtu d’espoirs têtus murmurant à tue-tête
arbre enraciné dans le sol des possibles pluriels
fibreux fragments de fractales fracassantes

je suis fleuve fier coulant de source lumière laminée
terre fertile d’émotions ensemencée de gloire étincelle
fébrile moisson porteuse de mille mai en fleur
chant d’émoi vibrant de sagesse stèle silencieuse

je suis marcheur des chemins du renouveau rugissant
porteur d’éternel et célébration de l’éphémère merveille
résistant devant l’armée des ténors des ténèbres
je me moque de la mort sure et vis ivre de vie

— Robert Hamel, Les souvenirs ventriloques, © Les éditions de l’étoile de mer, 2013.

 

Massacre (Louis Geoffroy)

MassacreMassacre
fauchées
fauchées
elles se sont couchées sans pudeur
molles
flasques
et les mots durs giclent de partout
batouque de mon corps
tam tam TAM tam tam TOM tam tam TAM tam tam TOUM
et les longs hurlements intestinaux du trane les tuent tous autant qu’ils sont proses vociférantes de l’amour au passage des ailes de la vie cadavres que le sorcier a ranimés pour les besoins du c’oq-mo’t verbes du couchant du levant lancés avec le soleil ou avec la lune car pâlit et s’épanche dans son sang l’oiseau turquoise qui me fait crier qui me fait hurler à l’immense fleur jaune comme un loup assoifé
il ne reste que des ruines
et vraiment batouque de mon corps
mon corps n’est et ne sera que ce qui compte
ou bien ton corps
si aimes
mieux
ou moi

– Louis Geoffroy, Totem poing fermé

Spleen (Léopold Sédar Senghor)

John Lee Hooker


Spleen
Je veux assoupir ton cafard, mon amour,
Et l’endormir,
Te murmurer ce vieil air de blues
Pour l’endormir.

C’est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Ce sont les regards des vierges couleur d’ailleurs,
L’indolence dolente des crépuscules.
C’est la savane pleurant au clair de lune,
Je dis le long solo d’une longue mélopée.

C’est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

– Léopold Sédar Senghor