Réjean Roy aux Contes à rendre

Réjean Roy, éditeur de l'Arc-en-ciel littéraire et des Éditions de l'étoile de mer.

L’éditeur montréalais d’origine néobrunswickoise Réjean Roy était mon invité lors de ma chronique De paroles et de lumière dans le cadre de l’émission Les contes à rendre sur les ondes de Radio Centre-ville, 102,3 FM, à Montréal. À cette occasion, Réjean soulignait le lancement de 18 nouvelles parutions en novembre 2014. Pour écouter l’intégrale de cette entrevue et d’autres chroniques, cliquez sur le lien MP3 ci-dessous.

 

 

Ivre de vie (Robert Hamel)

Ivre de vie

je suis soleil des jours de promesses d’Éros irisé
lune veillant sur les ailes du rêve rutilant
sablier de sang sexe sable émouvant de désir
bandé comme un arc-en-ciel feu aux foudres

je suis devenir giclé d’espérances écarlates
vêtu d’espoirs têtus murmurant à tue-tête
arbre enraciné dans le sol des possibles pluriels
fibreux fragments de fractales fracassantes

je suis fleuve fier coulant de source lumière laminée
terre fertile d’émotions ensemencée de gloire étincelle
fébrile moisson porteuse de mille mai en fleur
chant d’émoi vibrant de sagesse stèle silencieuse

je suis marcheur des chemins du renouveau rugissant
porteur d’éternel et célébration de l’éphémère merveille
résistant devant l’armée des ténors des ténèbres
je me moque de la mort sure et vis ivre de vie

— Robert Hamel, Les souvenirs ventriloques, © Les éditions de l’étoile de mer, 2013.

 

L’escouade de l’immortalité (partie 3 : en devenir) (Robert Hamel)

L’escouade de l’immortalité

Partie 3 : en devenir

c’est un poète
c’est un poète en devenir
un poète sans œuvre
sans nom et sans visage
sans voix et sans textes
c’est un poète sans bagage et sans héritage
il est au début du voyage
il contemple tous ses possibles
jauge tous ses incertains
sa poésie est une feuille blanche
sa vie est à écrire

c’est un poète en devenir
un poète ignoré
jusqu’à peu
il s’ignorait lui-même
les mots sont venus soudain
il a toujours écrit pour vivre
il a toujours vécu pour écrire
et pourtant
il ne l’avait jamais fait

c’est un poète en devenir
un poète nouveau
un poète vierge
il s’est longtemps cherché sans se trouver
il n’est pas allé à la poésie
elle s’est avancée vers lui
dans sa grande robe blanche
maculée du sang des espoirs blessés
ses mots sanguinolents
s’échappant de sa tête trouée

il ne sait où va la poésie
il ne sait d’où sont ces mots qui viennent par lui
mais il sait qu’elle a germé en lui
entre la morsure du serpent viscéral
et la déchirure du serpent coaxial
entre ces deux temps
l’espace des mots s’est entrouvert
et le long silence du verbe a pris fin
le poète en devenir
libère la parole de son mutisme bien avant l’aube
à l’heure où
dans le silence endormi du monde
il entend son propre verbe
résonner en sa chair et en son âme

c’est un poète en devenir
un poète naissant
un poète firmament
un poète incandescent
il a reconnu l’appel de la poésie
comme le nourrisson reconnaît le mamelon
rose et tendre de la mère nourricière
et il boit goulûment
il boit goulûment la sève des jours
la sève de l’infini recommencement des choses
il s’abandonne au flux intangible
et atemporel de l’essentiel
et il se demande parfois
si l’étiquette poète est autocollante
et si elle peut être auto-accolée

c’est un poète en devenir
un poète en rut
un poète en route
un poète en déroute
il dialogue avec le doute
même s’il le redoute
même s’il cherche
à lui faire fausse route
il lui semble que la poésie rime trop souvent à rien
que le vers libre est une prison
qu’il est plus facile d’obtenir
la reconnaissance de la périphérie
que celle du milieu

c’est un poète en devenir
un poète indéfinitif
un poète impératif
un poète subjectif
il écrit au loup
il écrit au vol
il écrit au génie
il écrit qui il est et cherche à le devenir
il écrit qui il est et cherche à le vivre
il se dit que lorsqu’il sera grand il sera un dieu
il se dit que tous ceux qui sont grands sont des dieux
il s’écrit et s’écrie
il écrit pour apprivoiser la vie
il écrit pour tuer le temps qui le tue
il écrit parce que c’est un rêvolutionnaire
il écrit parce que ça le fait bander
il écrit pour baiser la mort
pour baiser la mort
qui pousse des écrits d’épouvante en son sang

longtemps noirs et gris
ses jours sont maintenant rouges et bleus
il vit un temps mauve
il vit un temps fauve
il écrit et il attend
il écrit et il s’attend
il écrit et il entend
il attend la saison où sa parole fleurira
il entend le printemps de sa prose

la poète en devenir ignore quel sera son demain
il ignore quel est le chemin
qui lui permettra de se perdre en chemin
il sait bien peu
du poète confirmé et du poète disparu
il les imagine du peu qu’il peut
il sait bien peu
de la poésie qu’il n’a pas écrite
il l’imagine elle aussi
et la devine parfois
pulpeuse
rose et nue
sous la robe blanche
de l’immaculée création
sa prose s’échappant par tous ses pores
mais il a savoir d’une chose
la poésie est souffle de vie
et ce souffle souffle sur lui
et ce souffle souffle en lui

il veut respirer grand
et écrire à pleins poumons

— Robert Hamel, Les souvenirs ventriloques, juin 2013, © Les Éditions de l’étoile de mer.

L’escouade de l’immortalité – partie 1 : disparu (Robert Hamel)

L’escouade de l’immortalité

Partie 1 : disparu

c’est un poète
c’est un poète disparu
un poète engagé
un poète enragé
un poète grand
un poète monument
un poète sacrement
il n’a pourtant jamais cru être porteur de poésie
il a toujours entretenu ce précieux doute
qui lui permettait de continuer à écrire
qui lui permettait d’être

sa poésie est fleuve
sa poésie est forêt boréale
sa poésie est rivière déchaînée
sa poésie est rafales
sa poésie est tourmente
sa poésie est insurrection
sa poésie est le pays mort-né
que nous n’avons pas su rêver
l’état d’urgence que commandent
nos existences mièvres
l’appel à la vie que nos cœurs
sourds d’espoirs et muets d’ambitions
ne savent entendre et dire

c’est un poète disparu
un poète endimanché
un poète dépareillé
un poète rapaillé
il a écrit au rythme du cœur du terroir
il a grandi à flanc de montagne
il a dormi dans le lit des rivières
il a occupé le territoire
il a mieux écrit qu’un peuple entier
il a mieux dit que tous réunis
il a marché à l’amour
il a écrit à la vie
à la mort

on l’a emprisonné
pour crime d’opinion et de conviction
pour cause de génie et de talent
et il s’en est allé
sans faire de vagues
sans faire de bruit
ce jour-là
il nous a tous bernés
ce jour-là
les drapeaux du pays ont pleuré
et depuis sa fin
nous l’avons trop peu lu
et bien trop oublié

Robert Hamel, L’escouade de l’immortalité – partie 1 : disparu, Les souvenirs ventriloques,  © Les Éditions de l’étoile de mer, juin 2013.

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