Avec le temps (Léo Ferré)

Avec le temps
Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
On oublie le visage et l´on oublie la voix
Le cœur, quand ça bat plus, c´est pas la peine d´aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c´est très bien

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
L´autre qu´on adorait, qu´on cherchait sous la pluie
L´autre qu´on devinait au détour d´un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D´un serment maquillé qui s´en va faire sa nuit
Avec le temps tout s´évanouit

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
Même les plus chouettes souv´nirs ça t´as une de ces gueules
A la gal´rie j´farfouille dans les rayons d´la mort
Le samedi soir quand la tendresse s´en va toute seule

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
L´autre à qui l´on croyait pour un rhume, pour un rien
L´autre à qui l´on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l´on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l´on s´traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
On oublie les passions et l´on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
Et l´on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l´on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l´on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l´on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment… avec le temps… on n´aime plus

Léo Ferré

Léo Ferré, poète enchanteur

Léo Ferré et la solitude

Il y a fort à parier que, dans toute la Francophonie, personne n’incarne mieux le poète du XXe siècle que Léo Ferré au sens où Poézik l’entend, c’est-à-dire qu’il est à la fois un authentique poète et un très grand musicien, capable d’écrire des paroles d’une grande poésie, de composer des musiques sublimes et de les interpréter avec une rare intensité. Pour toutes ces raisons, la série Poézik devait rendre hommage à cet immortel de la chanson. Voici donc un bref aperçu du parcours de ce poète enchanteur.

La solitude
Je suis d’un autre pays que le vôtre,
d ‘un autre quartier, d’une autre solitude.
Je m’invente aujourd’hui des chemins de traverse.
Je ne suis plus de chez vous.
J´attends des mutants.
Biologiquement, je m’arrange
avec l’idée que je me fais de la biologie :
je pisse, j´éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance
que nous façonnions nos idées
comme s’il s’agissait d´objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules.
Mais…
La solitude…
La solitude…

Les moules sont d’une texture nouvelle,
je vous avertis.
Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n’avez pas, dès ce jour,
le sentiment relatif de votre durée,
il est inutile de vous transmettre,
il est inutile de regarder devant vous
car devant c’est derrière, la nuit c’est le jour.
Et…
La solitude…
La solitude…
La solitude…

Il est de toute première instance
que les laveries automatiques, au coin des rues,
soient aussi imperturbables que les feux d’arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront
la case où il vous sera loisible de laver
ce que vous croyez être votre conscience
et qui n’est qu´une dépendance
de l’ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau.
Et pourtant…
La solitude…
La solitude!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique.
Pour le moment, nous l’appellerons « bonheur »,
les mots que vous employez n’étant plus « les mots »
mais une sorte de conduit à travers lequel
les analphabètes se font bonne conscience.
Mais…
La solitude…
La solitude…
La solitude, la solitude, la solitude…
La solitude!

Le Code civil, nous en parlerons plus tard.
Pour le moment, je voudrais codifier l’incodifiable.
Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties.
Je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit,
le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
La lucidité se tient dans mon froc!
Dans mon froc!

Paroles et musique : Léo Ferré ©

À propos de Léo Ferré

Léo FerréLéo Albert Charles Antoine Ferré, un auteur-compositeur-interprète, pianiste et poète franco-monégasque, est né le 24 août 1916 à Monaco et décédé le 14 juillet 1993 à Castellina in Chianti, en Toscane. Il a, au cours d’une période d’activité qui s’étale sur 46 ans, réalisé plus d’une quarantaine d’albums originaux, ce qui, à ce jour, fait de lui le plus prolifique auteur-compositeur-interprète d’expression française de l’histoire. D’une culture musicale classique, il dirige à plusieurs reprises des orchestres symphoniques, en public ou à l’occasion d’enregistrements. Léo Ferré se réclamait du mouvement anarchiste, un courant de pensée qui a fortement influencé son œuvre.

Chanteur proche des poètes rebelles, dispensant lui-même un esprit anarchisant dans un répertoire qui use adroitement de la langue verte (entendre ici l’argot), Léo Ferré est la figure même de l’artiste engagé. Il offre aussi l’exemple sans doute inégalé d’une culture alternative à la française.

À Monaco, où il grandit, sa mère dirige un atelier de couture et son père travaille pour la société des bains de mer, une entreprise à caractère touristique. De 9  à 17 ans, le jeune Léo Ferré est pensionnaire dans un internat religieux de Bordighera, en Italie, d’où sa famille est originaire. Il y apprend la révolte, tout en se découvrant une passion pour les grands compositeurs. Le baccalauréat une fois en poche, il s’installe à Paris en 1935 dans l’espoir d’entrer au Conservatoire. Il étudiera plutôt le droit, puis obtiendra un diplôme de sciences politiques.

Léo Ferré entame une carrière artistique dès la Libération. Dans les cabarets de la rive gauche où il chante, il fait la rencontre de Charles Trenet, d’Édith Piaf – qui contribue à le lancer, en 1948, en interprétant Les Amants de Paris – et de Juliette Gréco – qui deviendra son interprète fétiche. Il se lie aussi avec le parolier Jean-Roger Caussimon.

Dans les années 1950, L’île Saint-Louis, À Saint-Germain-des-Prés, Paris canaille et Le pont Mirabeau en font un chantre de la capitale. Monsieur William, L’homme, Graine d’ananar, Le piano du pauvre et Merci mon Dieu, parmi d’autres titres, lui valent aussi les faveurs du public. Parallèlement, il s’essaie à l’opéra (La vie d’artiste, en 1954), au ballet (La nuit, pour Roland Petit, en 1956) ainsi qu’à l’oratorio (La chanson du mal-aimé, sur un poème de Guillaume Apollinaire, en 1957).

Poètes… vos papiers!, recueil publié en 1956, traduit une inclination au lyrisme qui se perpétue dans les disques Les Fleurs du Mal par Léo Ferré (1957) et Léo Ferré chante Aragon (1961). Léo Ferré met aussi en chansons des textes de Villon, de Rutebeuf, de Rimbaud et de Verlaine, tout en poursuivant dans la veine de son inspiration personnelle avec ses titres du début des années 1960 : Merde à Vauban, Paname, La langue française, T’es chouette, Jolie Môme, Thank You Satan, T’es rock, Coco ! et Ni dieu ni maître, qui lui apportent une reconnaissance définitive. L’argot très personnel qu’il manie lui donne la clé de multiples inventions verbales mêlées de subtiles troncations.

Entre les deux albums Ferré 64 et Amour, Anarchie (1970), qui renouent avec la profession de foi anarchiste ― « l’anarchie est la formulation politique du désespoir » écrira-t-il ―, ont eu lieu les événements de mai 1968. Léo Ferré se tient à l’écart de la contestation, sans omettre d’en récupérer l’esprit (Ils ont voté, La Marseillaise, Salut beatnik! et C’est extra). Après la Bretagne (La mémoire et la mer, 1970), il s’établit en Toscane, sans pour autant cesser d’enregistrer (Avec le temps, 1970) ni se détacher de l’évolution des courants musicaux. Ainsi, il enregistre avec le groupe rock Zoo l’album La solitude en 1971. Il satisfait également son goût de la musique classique en dirigeant des orchestres symphoniques ― tel que celui de Milan ― et en publiant l’album Ferré muet dirige Ravel, en 1975.

Parallèlement aux nombreux récitals, en France et à l’étranger, Léo Ferré continue d’enregistrer abondamment. En une dizaine d’années, il sort 15 albums, parmi lesquels La frime (1979), La violence et l’ennui (1980), Les loubards (1985) et Les vieux copains (1990). Une saison en enfer (1991), paru deux ans avant sa mort, termine le parcours d’un homme qui avait pratiqué, avec un égal bonheur, l’écriture, la composition et l’interprétation.

André Breton, au nom des surréalistes, est l’un des premiers écrivains à défendre l’artiste Léo Ferré – jusqu’en 1956, lorsqu’il refusera de préfacer le recueil Poètes… vos papiers! Autre poète surréaliste, Benjamin Péret accueille le chanteur dans son Anthologie de l’amour sublime (1956), faisant de lui l’égal de Breton et de Saint-John Perse par sa capacité à illustrer la passion amoureuse. De son côté, Aragon aura cette phrase définitive : « Il faudra écrire l’histoire littéraire un peu différemment, à cause de Léo Ferré. »

Comme Georges Brassens, Léo Ferré fait partie de ces chanteurs populaires désormais « institutionnalisés » en devenant le sujet de thèses de doctorat et autres travaux universitaires. Le philosophe Gilles Deleuze avait donné le ton en déclarant : « C’est un plongeur de l’émotion qui utilise les mots comme des grains de sable dansant dans la poussière du visible. »

Considérations littéraires et stylistiques

Léo Ferré est une des références incontournables de la chanson française. Mêlant l’amour et la révolte, le lyrique et le populaire, l’érudition et la provocation, l’ironie ― souvent grinçante ― et le dramatisme, le minimalisme et la démesure épique, Ferré dépeint des états d’âme plus qu’il ne raconte des histoires avec des personnages. Son chant secoue plus qu’il ne flatte. C’est par Ferré que la chanson a su acquérir un langage véritablement critique.

Ferré est considéré comme un poète marquant de la deuxième moitié du XXe siècle, avec une expression riche et profonde, où l’influence du surréalisme se fait sentir notamment dans la deuxième moitié de l’œuvre enregistrée. Il utilise un vocabulaire étendu, des champs lexicaux récurrents plutôt inattendus par rapport aux sujets choisis, il joue avec la connotation usuelle des mots, forge des néologismes, crée des images complexes s’engendrant les unes les autres, avec de nombreux changements de registre et de rythme; l’intertexte littéraire y est abondant, le sens rarement univoque.

En tant qu’écrivain, il a abordé, en les subvertissant à divers degrés, le récit d’enfance autofictionnel (Benoît Misère, 1970), le genre épistolaire (Lettres non postées, inachevé), l’essai (Technique de l’exil, L’anarchie est la formulation politique du désespoir, Introduction à la folie, Introduction à la poésie/Le mot voilà l’ennemi !), le portrait, voire l’autoportrait (préface à l’édition au livre de poche des Poèmes saturniens de Paul Verlaine en 1961 et préface au Poètes d’aujourd’hui n°161 consacré à Jean-Roger Caussimon en 1967). Enfin, mentionnons qu’il s’est frotté au théâtre (L’Opéra des rats, 1983), il a publié des recueils de poésies (il a publié, outre Poètes… vos papiers! en 1956, Testament phonographe en 1980) et composé de vastes poèmes ouvragés, dont Les Chants de la fureur/Guesclin, Le Chemin d’enfer, Perdrigal/Le Loup, Death… Death… Death… et Métamec).

Un flirt avec l’indicible : la poésie de Jean Yves Métellus

Le poète montréalais d’origine haïtienne Jean Yves Métellus.

Élégante, spectaculaire et faste, sa poésie décrit le drame des sentiments, l’absurde beauté de l’existence, le goût de l’infini. Nocturnades publie aujourd’hui une entrevue avec le poète montréalais d’origine haïtienne Jean Yves Métellus, tandis que ce dernier travaille à la préparation d’un prochain ouvrage.

Nocturnades : Depuis quand écris-tu?
Jean Yves Métellus : Du mieux que je me souvienne, cela remonte à l’adolescence, soit vers 14 ou 16 ans.

N. : Comment es-tu venu à l’écriture ou, si tu préfères, qui t’a inspiré à écrire?
J.Y.M. : Mes premiers écrits sont nés après la lecture de lettres adressées à ma sœur aînée par des soupirants. Ces lettres étaient à mes yeux d’une telle beauté que j’ai eu envie d’en écrire à mon tour. J’ai ainsi commencé à griffonner mes premiers mots à valeur, tout au moins, à prétention poétique. Depuis, je ne m’en suis jamais lassé.

Ce qui m’inspire, c’est le drame des sentiments, la condition humaine, l’absurde beauté de l’existence, le goût pour l’infini. À l’intérieur de ces thèmes généraux, il y a certes des sous-thèmes, des possibilités d’approche, toutes sortes d’explorations langagières.

N. : Quelles sont tes principales influences?
J.Y.M. : Les influences? Je ne pourrais pas les nommer toutes. Il y a des poètes qui m’ont marqué, comme les incontournables : Baudelaire, Apollinaire, Hugo, Rimbaud, Prévert, Aragon… Et d’autres, comme René Philoctète, Césaire, Léo Ferré. Je cite Ferré ici, parce que, pour moi, il est avant tout un poète. Je dirais que lui et Césaire m’ont le plus influencé : Ferré par sa révolte; Césaire par son long chant. Je  pense à Cahier d’un retour au pays natal, où les mots coulent comme un fleuve interminable. Je pense que ce sont les influences les plus marquantes que j’ai eues.

N. : Qu’est-ce que la poésie pour toi?
J.Y.M. : La poésie est pour moi une quête, celle de « l’inaccessible étoile » comme dit Brel. C’est un désir de ralliement, un voyage vers l’inconnu, une musique intérieure et intemporelle, un souffle existentiel, un flirt avec l’indicible.

N. : Quel est ton but quand tu écris?
J.Y.M. : Mon but, s’il en est un, est le désir fou de retrouver l’autre au bout de chaque phrase.

N. : Quels sont les thèmes principaux de ton dernier recueil?
J.Y.M. : Dans mon dernier recueil, D’une rive à elles, il s’agit d’acrostiches qui disent justement le drame sentimental, la complexité et la beauté du nous. C’est aussi une démarche contemplative du regard de l’autre (le sexe féminin), l’éloquence de son sourire et toutes les petites étincelles qui, à son approche, provoquent en nous l’extase furtive ou essentielle dans notre longue marche existentielle.

N. : De quelle démarche procèdes-tu?
J.Y.M. : Ma démarche est très aléatoire. Je n’ai pas d’approche consciente, aucune certitude sur le plan de la forme ou du contenu. C’est d’ailleurs pourquoi mon écriture n’est pas tout à fait uniforme. Les mots viennent d’eux-mêmes, comme par enchantement. Je ne les cherche pas. Les émotions et les idées m’habitent, me dévorent, me déchirent, et les mots les expriment comme ils veulent. J’essaie toutefois de les ordonner, de les assembler et de les peaufiner. Je peux ainsi écrire n’importe où, n’importe quand. Je me réveille la nuit, par exemple, pour coucher sur papier des mots qui s’imposent à moi. Je prends une pause à mon travail pour aller cracher des mots qui me tiennent à la gorge. J’écris dans le métro. Je ne sais jamais à l’avance sur quoi je vais écrire ni comment. Et s’il m’arrive de le savoir au départ, le texte m’échappe toujours à la fin. J’écris dans l’incertitude la plus totale.

N. : De quelle façon ton exil d’Haïti ou ton arrivée en sol québécois a-t-il influencé ta poésie?
J.Y.M. :
D’Haïti à Montréal, en passant par les États-Unis où j’ai vécu quelques années, le souffle poétique est devenu plus court. Ce ne sont plus les longs chants, les textes fleuves comme Œil Profane qui naissent de ma plume. Bien sûr, j’écrivais déjà des acrostiches en Haïti, mais pas beaucoup de courts textes. Maintenant, mon écriture a changé. Elle s’est écourtée et j’ignore pourquoi.

Tout cela se situe sur le plan formel. Pour ce qui est du fond, je constate que les problèmes sociopolitiques, géographiques ou anthropologiques deviennent moins présents. Il est désormais beaucoup plus question d’ontologie, de spiritualité et du devenir de l’humanité. Je ne vois plus ma réalité qu’à travers un prisme mémoriel et cela diminue sa force de présence à travers mes écrits. Je suis comme en rupture de faune. Je ne m’abreuve plus à la même source. Il y a toutefois en filigrane l’aspect identitaire. Car, quelque soit mon lieu de résidence, je ne peux voir le monde qu’à travers mes yeux d’insulaire.

N. Quel sera le titre de ton prochain recueil et quels seront les thèmes que tu y aborderas?
J.Y.M. :
Je travaille sur plusieurs projets de publication. J’hésite encore entre un autre recueil de poésie et un recueil de nouvelles. Il se peut finalement que je choisisse le recueil de nouvelles dont le titre est Un homme de l’intérieur. Les textes se rapportent beaucoup à la condition humaine, à la vie intérieure d’un individu, à sa quête personnelle dans un contexte sociopolitique et culturel tout à fait absurde. Beaucoup de ces textes ont été écrits en Haïti.

Le recueil de poésie D’une rive à elles, composé d’acrostiches de prénoms féminins, vient d’être publié aux Éditions Première Chance. Jean Yves Métellus sera présent au Salon du livre de Montréal, le mercredi 14 novembre à 20 h afin de participer à une séance de signature.

Pour terminer, voici deux échantillons représentatifs de la poésie de Jean Yves Métellus :

Esquisse
Les paquebots du désir

descendent les côtes de l’errance
Tu attends au port
emmurée de soupirs
Les yeux avides de soleils
de papillons, de vols d’oiseaux
Le cœur noué de doux secrets

Des enfants enchantés
surgissent d’un jardin suspendu
et te ramènent
à des souvenirs indélébiles
Tandis qu’un couple
débordant de joie
te sourit

Rassurée
de l’urgence de l’osmose
tu dessines deux cœurs
sur la paume de ta main
Je te rejoins alors
dans l’univers intemporel

Nous n’avons rien omis
de la magie du silence

Sans titre
Fait promesse de serres
L’île en pâture dans ta mémoire
O long empâtement fœtal
Ravissement du miroir
Audible par ton sourire

SoloVox célèbre son douzième anniversaire

Pour son douzième anniversaire, SoloVox rend hommage à Denis Vanier.

Le 26 septembre 2012, à compter de 19 h au Bar L’Escalier Montréal, SoloVox célébrera son douzième anniversaire d’existence. À cette occasion, elle rendra hommage à Denis Vanier, un complice de la première heure. Au programme : Franz Benjamin, Anne-Marie Gélinas, Denis Payette, la slameuse Vézir et des invités surprise. La portion musicale sera confiée à Meb, et Marc Poellhuber se chargera des paysages sonores. Et, bien sûr, il y aura la traditionnelle séance de micro ouvert.

Douze ans de soirée de poésie sans subventions, avec pour seuls alliés une poignée d’irréductibles commanditaires, un cercle d’amateurs fidèles et une persévérance sans faille, voilà un accomplissement qui mérite d’être souligné dignement. Pour marquer le coup, Nocturnades vous présente une entrevue avec le poète montréalais Éric Roger, grand manitou de SoloVox depuis le début et auteur de plusieurs recueils de poésie.

Nocturnades: Depuis quand écris-tu et qui t’a inspiré à le faire?
Éric Roger: J’écris depuis ma tendre enfance. J’ai écrit un conte lorsque j’étais tout jeune – j’avais environ 9 ans – et il a été publié dans le journal du quartier, La Voix populaire, dans le Sud-Ouest. Après, j’ai commencé à écrire des textes en anglais pour mes premiers groupes de death metal et de hardcore. J’écrivais surtout dans mes cours de mathématiques. La poésie est arrivée plus tard, mais je la connaissais déjà un peu avec Ferré et Reggiani, et ce, grâce à mon père, le pastelliste Réal Roger, qui est décédé en 2006. Mais je ne connaissais pas encore la force de cet art. Je l’ai vraiment découverte avec Nelligan et Baudelaire. Quelques années plus tard, j’ai lu Denis Vanier et Roland Giguère.

Éric Roger, poète et grand manitou des soirées SoloVox.

N.: Quelles sont tes principales influences?
É.R.: En poésie, je dirais Denis Vanier et Roland Giguère, sans oublier Gilbert Langevin et Léo Ferré. Mais je suis aussi souvent influencé par les paroles des groupes de musique punk et trash metal. Les paroles des groupes de metal m’inspirent beaucoup dans mon travail d’écriture.

N.: Qu’est-ce que la poésie pour toi?
É.R.: L’écriture m’a sauvé. Elle est mon exutoire. Elle m’a permis d’extérioriser mes émotions, et j’ai découvert autre chose que la drogue et l’alcool. À mes yeux, la poésie reflète l’humanité. Sans elle, on ne verrait que de la laideur un peu partout. La poésie est l’essence même de l’être humain.

N.: Quel est ton but quand tu écris?
É.R.: Je vise à atteindre le plus grand nombre de personnes possible en leur parlant de façon accessible, sans être hermétique, pour leur montrer qu’il existe différents styles de poésie.

N.: Comment procèdes-tu lorsque tu écris?
É.R.: Je commence toujours par un titre, une phrase que j’entends dans une chanson ou dans une conversation. J’écris d’abord dans des calepins, puis je restructure le tout à l’ordinateur.

N.: Comment est né SoloVox?
É.R.: Les soirées SoloVox sont nées en 2000, après le décès de Janou Saint-Denis, avec qui j’ai travaillé de 1995 à 2000. À la fin de sa vie, je l’ai remplacée à quelques reprises à l’animation, car elle était très malade et elle continuait quand même. Mais, à un moment donné, elle ne pouvait plus se déplacer. On m’a alors demandé de la remplacer pour l’animation de ses soirées Place aux poètes. Je me souviens d’ailleurs d’une soirée en particulier que j’avais trouvé stressante avec Patrice Desbiens. Nous étions à cette époque au salon Émile-Nélligan de l’UNEQ . Peu de temps après, Janou est décédée, mais on n’a pas voulu que je poursuive cette tradition. C’était normal : la Place aux poètes, c’était Janou et j’ai respecté cela. Après, tout le monde me demandait pourquoi je ne faisais pas de soirées de poésie. J’y ai réfléchi et j’ai créé SoloVox en 2000 au Café Ludik. Depuis, on existe toujours et c’est grâce à Janou Saint-Denis, qui m’a permis d’apprendre.

N.: Qu’est-ce que t’a apporté SoloVox?
É.R.: Cela m’a permis de découvrir de nouveaux talents et de faire connaître des recueils qui seraient restés dans l’ombre sans la contribution de SoloVox. Pour plusieurs personnes dans le milieu, SoloVox est un tremplin pour la relève. Il ne faut pas oublier que je fais cela sans appui des paliers gouvernementaux, tandis que Janou comptait sur le soutien de certaines administrations publiques. Moi, j’ai fait cela seul avec l’aide de mon amie Sandra Walsh à l’époque. Je profite de l’occasion pour la remercier.

N.: Qu’est-ce que ça prend pour organiser une soirée SoloVox?
É.R.: Tout d’abord, pour organiser des soirées de poésie, il faut savoir ce qui se publie, sinon cela devient le fait d’une clique. Il faut lire ce qui se fait chez nos éditeurs québécois et parler des recueils de poésie, sinon qui en parlera? Et ce qui fait que je suis toujours là, ce sont les séances de micro ouvert. Cela me permet de découvrir de nouvelles voix, et quand je vois qu’il y a du potentiel chez certains poètes, j’en profite pour leur donner plus de temps par la suite. Je fais tout cela avec des moyens restreints.

Le Théâtre de l’Âme, paru en 2012 aux Éditions Dédicaces.

À ce jour, Éric Roger a publié six recueils de poésie. Son plus récent, Le Théâtre de l’Âme, est paru en 2012 aux Éditions Dédicaces. Vous pouvez vous le procurer en ligne (http://www.lulu.com). Vous pouvez également obtenir des exemplaires électroniques ou des versions PDF des recueils d’Éric en communiquant avec lui par l’entremise de sa page Facebook ou encore en lui écrivant à productionssolovox@hotmail.com. Outre les soirées SoloVox, Éric prépare d’autres recueils. Les soirées SoloVox misent sur la commandite des Éditions David, des Éditions du Noroît, des Éditions de l’Hexagone, des Éditions Prise de parole, des Écrits des Forges et des Éditions Triptyque.

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