Lavoie à suivre (deuxième de deux parties) : En pleine gueule de Catherine H. Lavoie

Mea culpa
Je sais. Je manque de constance, de régularité. C’est mauvais pour le lectorat. C’est important de créer des habitudes. C’est ce qui fait que l’on bâtit sur des acquis, que l’on tisse des liens. C’est ce qui amène de l’eau au moulin. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Mais life is what happens to you while you’re busy making other plans (la vie, c’est ce qui vous arrive pendant que vous faites des projets), disait John Lennon. En mai, mon projet de recueil a déboulé. J’ai envoyé mon manuscrit aux Éditions de l’étoile de mer. Coup de fil de Réjean Roy 48 heures après. Un week-end de travail intense pour modifier deux ou trois petites choses. Mais les choses ne sont jamais petites. Et même les petites exigent du temps. Trois semaines plus tard, je tenais mon recueil entre les mains. Un éditeur exceptionnel et un homme d’exception. Une équipe formidable. Une histoire à écrire debout. La preuve qu’il y a encore des gens biens, que les éditeurs ne sont pas tous des « crosseurs » et que l’existence du Cheez Whiz ne signifie pas pour autant que l’être humain est fondamentalement mauvais.

On s’en reparle bientôt.

Lavoie à suivre (deuxième partie)
L’un de mes récents billets – c’était en avril – portait sur Josianne Lavoie. Une fille sympa. Brillante. Charismatique. Talentueuse. Je l’ai rencontrée à SoloVox webtélé en compagnie de sa cousine et souvent complice de scène, Catherine H. « du même nom », comme dirait Éric Roger. Cette dernière est peut-être plus low profile que sa cousine, mais aussi talentueuse. Je m’étais juré de lui consacrer un billet. Voici donc, tiré de son blogue Carnet de ratures, En pleine gueule (version longue).

Surtout, prenez-en plein la gueule. Vous en redemanderez. Promis.

En pleine gueule

En pleine gueule (version longue)

Je t’attrape en pleine gueule. Une révélation. L’inconnu qui se révèle, dans de longues ondes de choc. Une secousse exquise où nos douleurs s’entrechoquent. Notre collision sismique laissera des fêlures dans mon âme, qui s’étireront. S’ouvriront à l’infini. Elles deviendront un millier de fenêtres pour te laisser entrer.

Et dans ma tête, ça résonne. Longtemps. C’est l’absolu qui se fracasse aux pieds d’un réel qui éclate en fragments aux couleurs chamarrées. Tu les métamorphoses en éclats de cris qui s’échappent de mes lèvres et s’en vont rebondir sur les parois rugueuses de nos silences.

Ça fait des bleus sur mes murs. On en fera des fleurs certaines nuits, quand nos yeux n’en finiront plus de ne pas se fermer. Quand nos pupilles fatiguées se mettront à genoux pour un peu de beauté. Quand le sommeil, encore, nous désertera. Quand nos paupières refuseront de déposer les armes, mais que nos regards ne se supporteront plus. Il faudra bien les poser sur ces fleurs, les poser hors de nous.

(Et puis, on ne les verra plus, puisque la nuit nous aura avalés.)

On laissera nos âmes se caresser longuement, jusqu’à faire des étincelles dont on fera des étoiles, pour les fois où la noirceur ne saura pas nous apaiser. Des étoiles fugitives qui, l’espace d’un instant, éclaireront nos corps. Le temps d’une lueur. Furtive. Elles déposeront une poésie faite d’ombres et de clarté sur nos visages. Nos secondes seront faites d’ondes cycliques de noirceurs et de beautés. De leurs fracas et nos quasi-silences, naîtra le sublime.

(Et puis, ça ne suffira plus et nous capitulerons.)

Alors, nos corps s’entrelaceront dans un désordre de désirs et de chairs mêlées. Lorsque nos soifs se feront trop grandes, tu boiras sur ma peau de grandes fleurs de sel alors que, sur ton corps, je cueillerai du bout de la langue de fines perles qui scintilleront dans la pénombre de la chambre.

Tu hurleras ta poésie dans mon corps pour étouffer le silence écartelé et je retiendrai mon cri qui te suppliera de rester jusqu’à ce que les fleurs, les étoiles et tes mots se soient éteints sur mes seins. Puis, nous nous tairons pour mordre au cou de la nuit, pour la retenir un peu plus longtemps, entre nos dents, jusqu’à ce que le silence triomphe. Mon cri sera inerte et tu le liras sur mes lèvres : «Reste». Tes yeux me lanceront, comme un avertissement : «Une seconde. Puis, ce sera l’aube». Je danserai entre les sirènes, je les laisserai m’assourdir pour ne pas l’entendre.

Nous creuserons la noirceur dans l’aurore, jusqu’à ce que lentement, notre souffle nous revienne. On se regardera, étonnés d’être enroulés dans la lumière.

© Catherine H. Lavoie, 2013. Tous droits réservés.

Voici de quelle façon Catherine H. Lavoie se décrit elle-même sur son blogue :

La poète, écrivaine, slameuse et photographe Catherine H. Lavoie en action.

La poète et photographe Catherine H. Lavoie sur scène.

Je suis une maman de trois enfants, étudiante en gestion des ressources humaines, passionnée d’écriture et de photographie depuis de nombreuses années. J’écris de la poésie depuis la fin de mon adolescence et je m’intéresse à la photographie depuis plus de dix ans, quoi que mon talent en la matière soit encore à l’état embryonnaire. Au plaisir de partager avec vous ma vision de la vie, peinte à l’encre de ma plume où avec la lumière captée par ma caméra! Vous pouvez également suivre la page La Voix Lavoie sur Facebook, afin de participer vous aussi aux défis créatifs que nous nous imposons.

Cette page facebook réunit les activités créatives poétiques, slammesques et autres délis littéraires des cousines Lavoie, page qui réunit ce blogue et http://lavoixetlesmots.wordpress.com/.

Lavoie à suivre (première de deux parties) : Si seulement de Josianne Lavoie

Si seulement

Si seulement
À coup de cris
En points et en gueule
À coup de si
En cœurs et en bouche
En arrière-goût
De si qui vont pas loin
Pas plus que l’ombre de mes pas
Pas de quoi traverser un océan
Ou même un pont
Pas de quoi en boire
Dirait la mère
Envoye, viens qu’on se baigne
Dans nos possibles!

Dans un beau grand monde de si
À tout bout de chant
Des si
Qui me cisaillent
Me sifflent
Me circonstancent
Me ciboirent
Me p’tit ciargent
Me simonaquent
Et silencieusement…
Me sillonnent

Me si on…
Surtout eux, oui
Les « si on »
Les « pas si on »
De criss
De ssi à l’envers
Les « si nous », tsé?
Si ON essayait moins
Si NOUS étions plus
Si ON s’aimait
Si NOUS savions comment
Si peut-être on s’pouvait?

Ce sont des si
Plus dur à avaler ça
Qui siphonnent
Les arrières pensés
Des grands sillages de dents
Qui s’mordent la langue
Quand prononcés
Juste pour se convaincre
Comme le « ça va bien »
Que tu crois jamais
Le « ça va pas »
Que t’étouffes
En p’tit fake
Qui s’éternise
Et devient toi
Le fake
Qui finit pas

Des si
Pour se mentir
Et refuser
Pour croire en qu’que chose
Et s’acharner
Pour taire le constat
De petite misère pesante
Qui s’opère et nous dissèque
Pour être beaux
Dans nos silences
Au bal masqué
Des synonymes
De contents et contentés
Où on laissera
Au vestiaire
Nos sentiments

Des si
Pour être forts
Et rester droit
Pour avancer
Sans avoir à penser
Au présent du futur
Imparfait
Keep your eyes on the sky!
Cause the price’s the limit!

Des si
Pour juste rêver
Ne pas avoir
À justifier l’échec
« À l’impossible, nul n’est tenu »
Que l’on dit
Faut croire que tout ce temps
On blâmait
La mauvaise syllabe
Pour expliquer
Qu’on s’tait planté

Des si
Pour pas trop vouloir partir
Juste un p’tit peu
Pour se demander
Qui s’ennuierait
De mon absence?
Possiblement les mêmes
Qui s’fouttaient de ma présence!
Qui oublierait de m’pleurer
En s’obstinant
À savoir qui paye les fleurs?
Possiblement les mêmes
Qui ne m’voyaient pas les manger

Toutes ces fleurs
Ces narcissistes
Qui m’infligent
Cette pression
Qui me dessine
Des rides à mon front
À force de plisser
Les yeux vers l’horizon

Vers une société impatiente
Incapable d’apprécier
Le moment présent
Qui s’immole
Dans le paraitre et le semblant
Qui s’entête à spéculer
Sur la vie et les choses
En oubliant que demain
Nous ramènera quand même
Nos psychoses

Une société impassible
Dans son espoir
Qui a dont peur
De se tromper
De passer à côté
Qui aurait
Dont du
Voulu savoir
Ce qu’on serait
Dont devenu si

Et seulement si

© Josianne Lavoie. Tous droits réservés pour tous pays.

Par ici pour accéder à La VOIX et les MOTS, le blogue de Josianne Lavoie.

Josianne Lavoie

Josianne Lavoie en prestation à SoloVox. © Tous droits réservés – Nathalie Turgeon (2013)

À propos de Josianne Lavoie
Né au Saguenay, Josianne Lavoie habite désormais à Gatineau où elle s’impose sur la scène slam locale. Elle a tenté récemment l’aventure de la poésie dans la métropole et s’est fait remarquer lors des soirées SoloVox. Sur scène, cette jeune femme livre une poésie intense, intimiste et inspirée avec conviction, ferveur et émotion. Josianne partage également une page Facebook avec Catherine H. Lavoie.

Josianne Lavoie. Une voix et des mots. Une voix à découvrir.

L’auteur de ce blogue tient à remercier l’auteure et photographe Nathalie Turgeon pour sa contribution à ce billet.

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