La nuit de la poésie du 3 août 2013 (1 de 3)

Nuit de la poésie du 3 août 2013

La poésie ne court pas les tapis rouges. Elle a horreur du décorum. Elle ne porte pas de vêtements griffés. Elle s’offre rarement des grands crus et préfère la bière artisanale. Elle ne paie ni le loyer ni l’épicerie, et se divise trop souvent en castes. Elle ne craint pas les prises de becs. Elle a parfois l’égo surdimensionné et souvent les émotions à fleur de peau. Mais, malgré tous ses excès et son allure paumée, elle a le cœur grand et le sens de la fête. Elle est le théâtre d’amitiés profondes et singulières. Et elle adore s’aventurer hors des sentiers battus.

Une fois de plus, la poésie a emprunté une nouvelle avenue alors que les artisans des soirées SoloVox et de la série webtélé éponyme, Éric Roger et Yvon Jean, organisaient une cybersoirée de poésie sur les ondes de douteux.tv, une première du genre au Québec. L’activité, qui a duré plus de six heures et réuni plusieurs dizaines d’artistes de Montréal et des environs, a profité de l’occasion pour faire un clin d’œil aux mythiques soirées de 1970 et 1980, deux événements qui ont marqué la vie culturelle de la métropole du Québec.

Lune funambule diffuse aujourd’hui les bandes vidéo des deux premières heures de cette soirée mémorable et vous reviendra sous peu avec d’autres témoignages de cette nuit magique au cours de laquelle plusieurs rêveurs ont fait ensemble un même rêve.

Première heure : Éric Roger, Yvon Jean, le trio Vendu séparément ainsi qu’une étrange créature mi-femme, mi-bête mythologique, Pascale Cormier, David Atman (La Tragédie), Frédérique Marleau, Iris Grondin, Robert Hamel, Catherine H. Lavoie et un extrait de la nuit de la poésie du 27 mars 1970 mettant en vedette Claude Gauvreau.

Deuxième heure : Claude Gauvreau, trio Vendu séparément, Éric Roger, Brigitte Meloche, Alain Trempe, Hugo Dufort, Guillaume Richard ainsi qu’une vidéo de la nuit de la poésie du 27 mars 1970 dans laquelle ont peut voir et entendre, entre autres, Gilbert Langevin, Gérald Godin et Gaston Miron.

Soirée SoloVox Miron le 25 juin

Soirée Miron

Les amateurs de poésie − et en particulier de celle du grand Gaston Miron − ont rendez-vous le 25 juin à compter de 19 h au Pas Sages, au 951, rue Rachel Est, à Montréal, alors qu’une soirée SoloVox se tiendra exceptionnellement à cet endroit. Pour l’occasion, l’organisateur Éric Roger réunira, autour des mots de notre poète national, les Jean Royer, Marie-Charlotte Aubin, Audrey-Anne Marchand, Marjolaine Deschênes, Hughe Blier, Nathalie Turgeon et Robert Hamel. Cortezia version formation simple (Jessica Charland et Louis Royer) assurera la portion musicale et Marc Poellhuber signera les paysages sonores. Le tout sera bien sûr suivi d’un micro libre.

Éric Roger organise les soirées SoloVox depuis maintenant 13 ans.

Éric Roger organise les soirées SoloVox depuis maintenant 13 ans. (Photo : Robert Hamel)

Les soirées SoloVox, qui en sont à leur treizième année d’existence et qui ont repris le flambeau de La place aux poètes de la regrettée Janou Saint-Denis, misent sur la commandite des Éditions David, des Éditions du Noroît, de Éditions de l’Hexagone, des Éditions Prise de parole, des Écrits des Forges, du Tremplin d’actualisation de poésie (TAP) et des Éditions Triptyque.

Le prix d’entrée est de 8 $ et comprend une revue ou un recueil de poésie au choix parmi les titres de la librairie volante. Pour 2 $ de plus, les amateurs de poésie pourront se procurer un flipbook d’Éric Roger.

Certains des hyperliens ci-dessus mènent à des pages Facebook. Vous devez être connecté à Facebook pour y accéder sans problème.

Grand récital fractal le 19 juin au Labo

Le grand récital fractal

Le Grand récital fractal aura lieu le mercredi 19 juin, à compter de 20 h, dans le cadre du Festival infringement de Montréal 2013. À cette occasion, le Labo (552, rue Jarry Est, à Montréal) accueillera de nombreux artistes des sphères de la musique, de la poésie et du slam montréalaises. L’événement est organisé par le poète et musicien Louis Royer, leader de la formation Cortezia. La comédienne et poète Caroline Hébert coanimera la soirée en sa compagnie.

Louis RoyerLa portion chanson du spectacle sera assurée par Mikalle Bielinski, Cortezia en formation simple (Jessica Charland et Louis Royer), Crément Impérial, La Tragédie et Vitamine Bleue. Côté poésie et slam, les Yvon d’Anjou, Patrick Coppens, Pascale Cormier, Sibylle Dandy, Ponctuation G Actif Duchesneau, Pascale Gamine, Robert Hamel, Caroline Hébert, Yvon Jean, KoraZón NordSud (Marie France Bancel et Brigitte Meloche), Stéphanie Lapointe, André Loiseau, Manafest, Tessa Manuello, Martimots, Jean Yves Métellus, Marjolaine Robichaud, Éric Roger et l‘abbé Tizumen (Normand Lebeau) se succèderont sur scène.

Enfin, DJ Who et Mr. Tim se chargeront de l’atmosphère musicale.

L’entrée est libre. On vous y attend donc en grand nombre.

Lavoie à suivre (deuxième de deux parties) : En pleine gueule de Catherine H. Lavoie

Mea culpa
Je sais. Je manque de constance, de régularité. C’est mauvais pour le lectorat. C’est important de créer des habitudes. C’est ce qui fait que l’on bâtit sur des acquis, que l’on tisse des liens. C’est ce qui amène de l’eau au moulin. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Mais life is what happens to you while you’re busy making other plans (la vie, c’est ce qui vous arrive pendant que vous faites des projets), disait John Lennon. En mai, mon projet de recueil a déboulé. J’ai envoyé mon manuscrit aux Éditions de l’étoile de mer. Coup de fil de Réjean Roy 48 heures après. Un week-end de travail intense pour modifier deux ou trois petites choses. Mais les choses ne sont jamais petites. Et même les petites exigent du temps. Trois semaines plus tard, je tenais mon recueil entre les mains. Un éditeur exceptionnel et un homme d’exception. Une équipe formidable. Une histoire à écrire debout. La preuve qu’il y a encore des gens biens, que les éditeurs ne sont pas tous des « crosseurs » et que l’existence du Cheez Whiz ne signifie pas pour autant que l’être humain est fondamentalement mauvais.

On s’en reparle bientôt.

Lavoie à suivre (deuxième partie)
L’un de mes récents billets – c’était en avril – portait sur Josianne Lavoie. Une fille sympa. Brillante. Charismatique. Talentueuse. Je l’ai rencontrée à SoloVox webtélé en compagnie de sa cousine et souvent complice de scène, Catherine H. « du même nom », comme dirait Éric Roger. Cette dernière est peut-être plus low profile que sa cousine, mais aussi talentueuse. Je m’étais juré de lui consacrer un billet. Voici donc, tiré de son blogue Carnet de ratures, En pleine gueule (version longue).

Surtout, prenez-en plein la gueule. Vous en redemanderez. Promis.

En pleine gueule

En pleine gueule (version longue)

Je t’attrape en pleine gueule. Une révélation. L’inconnu qui se révèle, dans de longues ondes de choc. Une secousse exquise où nos douleurs s’entrechoquent. Notre collision sismique laissera des fêlures dans mon âme, qui s’étireront. S’ouvriront à l’infini. Elles deviendront un millier de fenêtres pour te laisser entrer.

Et dans ma tête, ça résonne. Longtemps. C’est l’absolu qui se fracasse aux pieds d’un réel qui éclate en fragments aux couleurs chamarrées. Tu les métamorphoses en éclats de cris qui s’échappent de mes lèvres et s’en vont rebondir sur les parois rugueuses de nos silences.

Ça fait des bleus sur mes murs. On en fera des fleurs certaines nuits, quand nos yeux n’en finiront plus de ne pas se fermer. Quand nos pupilles fatiguées se mettront à genoux pour un peu de beauté. Quand le sommeil, encore, nous désertera. Quand nos paupières refuseront de déposer les armes, mais que nos regards ne se supporteront plus. Il faudra bien les poser sur ces fleurs, les poser hors de nous.

(Et puis, on ne les verra plus, puisque la nuit nous aura avalés.)

On laissera nos âmes se caresser longuement, jusqu’à faire des étincelles dont on fera des étoiles, pour les fois où la noirceur ne saura pas nous apaiser. Des étoiles fugitives qui, l’espace d’un instant, éclaireront nos corps. Le temps d’une lueur. Furtive. Elles déposeront une poésie faite d’ombres et de clarté sur nos visages. Nos secondes seront faites d’ondes cycliques de noirceurs et de beautés. De leurs fracas et nos quasi-silences, naîtra le sublime.

(Et puis, ça ne suffira plus et nous capitulerons.)

Alors, nos corps s’entrelaceront dans un désordre de désirs et de chairs mêlées. Lorsque nos soifs se feront trop grandes, tu boiras sur ma peau de grandes fleurs de sel alors que, sur ton corps, je cueillerai du bout de la langue de fines perles qui scintilleront dans la pénombre de la chambre.

Tu hurleras ta poésie dans mon corps pour étouffer le silence écartelé et je retiendrai mon cri qui te suppliera de rester jusqu’à ce que les fleurs, les étoiles et tes mots se soient éteints sur mes seins. Puis, nous nous tairons pour mordre au cou de la nuit, pour la retenir un peu plus longtemps, entre nos dents, jusqu’à ce que le silence triomphe. Mon cri sera inerte et tu le liras sur mes lèvres : «Reste». Tes yeux me lanceront, comme un avertissement : «Une seconde. Puis, ce sera l’aube». Je danserai entre les sirènes, je les laisserai m’assourdir pour ne pas l’entendre.

Nous creuserons la noirceur dans l’aurore, jusqu’à ce que lentement, notre souffle nous revienne. On se regardera, étonnés d’être enroulés dans la lumière.

© Catherine H. Lavoie, 2013. Tous droits réservés.

Voici de quelle façon Catherine H. Lavoie se décrit elle-même sur son blogue :

La poète, écrivaine, slameuse et photographe Catherine H. Lavoie en action.

La poète et photographe Catherine H. Lavoie sur scène.

Je suis une maman de trois enfants, étudiante en gestion des ressources humaines, passionnée d’écriture et de photographie depuis de nombreuses années. J’écris de la poésie depuis la fin de mon adolescence et je m’intéresse à la photographie depuis plus de dix ans, quoi que mon talent en la matière soit encore à l’état embryonnaire. Au plaisir de partager avec vous ma vision de la vie, peinte à l’encre de ma plume où avec la lumière captée par ma caméra! Vous pouvez également suivre la page La Voix Lavoie sur Facebook, afin de participer vous aussi aux défis créatifs que nous nous imposons.

Cette page facebook réunit les activités créatives poétiques, slammesques et autres délis littéraires des cousines Lavoie, page qui réunit ce blogue et http://lavoixetlesmots.wordpress.com/.

La poésie d’Éric Roger ou quand les mots imitent le fleuve

Tes bras n'imitent plus le fleuve

Les heures chimiques
Les outardes nous quittent
Nous laissent seuls dans le piège
Des heures chimiques
Délaissent ce temps qui nous invente
Partir pour mieux revenir effacer nos mensonges
Le silence derrière cette porte
Allume des cierges déjà éteints
Fantôme de l’obscurité
Qui fait l’amour aux phares de la nuit
Je renonce à l’appel des saints
Nuit gothique sans mot
Qui dévoile l’esprit des tourmentes

La sœur de la terre fait rêver
Prends dans tes mains
Ce qui oblige à être
Belle rondeur
Que le toucher retient
La sœur de la terre fait rêver
Tu jubiles
Les bras nus de liberté

Réveil brutal d’une larme
Étrange sensibilité s’empare de moi
Je dois en vouloir au soleil
Je reste las à t’attendre
Tes bras n’imitent plus le fleuve

Tes bras n'imitent plus le fleuve, le plus récent recueil d'Éric Roger.

Tes bras n’imitent plus le fleuve, le plus récent recueil d’Éric Roger.

L’escalier des yeux
Toute cette neige
Me rappelle toutes ces larmes
Trop longtemps retenues
Tu sais celles qui montent à la gorge
Refusant de se rendre à l’escalier des yeux

L’amour cache un couteau
Entends-tu
L’oiseau chaman
Déposer ses ailes
Sur tes épaules
Telle une aura qui murmure
Son silence à l’espace du temps
L’amour cache un couteau
La nuit sera sans retour

Éric Roger, l'auteur de « Tes bras n'imitent plus le fleuve ».

Éric Roger, l’auteur de « Tes bras n’imitent plus le fleuve », est en nomination pour le prix Alphonse-Piché dans le cadre du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

On devient le mime de l’autre
La nuit ne s’éteindra pas
La ville s’occupe de toi
Je songe à brûler mon coeur
Mais un vent étrange s’amuse
À souffler sur les allumettes
La parole reste muette
On se fout bien de ce qu’elle a à dire
On devient le mime de l’autre
Un clown dans une chaloupe sans rames
Je vous observe de loin
Mais si proche
De vos méfiances

© Éric Roger, 2013. Tous droits réservés pour tous pays.

Vous pouvez vous procurer une version PDF de Tes bras n’imitent plus le fleuve en communiquant directement avec l’auteur à productionssolovox@hotmail.com. Vous pouvez également visiter la page Facebook d’Éric Roger, celle de SoloVox et celle de SoloVox Web télé sur Douteux.tv, la télé des délaissés.

Cliquez ici pour consulter le site Web du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

Les noires poésies d’Yvon Jean

Au pic pis à pelle
Ben pardu dans grand ville
Y s’charche pis y s’trouve pu

Y’a comme un vide, qui s’chime pas
Y sait pu où y’est rendu, c’t’allant

Y praye su un bord, chie su l’autre
Dérapaillé-vivant, enfirouapé dans son pas-pays

Pis c’te nuite, y’a é sentiments par en d’dans
Le coeur su’a Main, l’estomac su’l camp

Y’envale ben d’travers son p’tit Québec
Lui si y flashe à gauche, y tourne toujours à droite

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Y s’souviens de c’qui devra pas
Y pense à tout c’qui éta pas
Y ressout en ressuant
La goutte au nez
La broue dans l’toupet
Rien que su’un runner
T’a besoin d’marcher drette

Front-moé d’la broue, j’te clair au check

Prêtre-nu-pied, de corps lâche, d’étole
De soeur grise à trois étages
D’étable-penché

Va falloir payer l’bourgeois
On va mettre un homme là-dessus

R’gard lé ben aller toé
Y décolle, chire dessours
Rien que su’une gosse, ben stompé
La palette au plancher

Su un moyen temps
Pogne une panse de boeuf
Y vas-tu r’virer l’croche?
Su’é chapeaux d’roues
Ça vire en gériboire
Y vois même sa licence

Ça compresse dans basse
Son crank y cogne
Y’a l’steak saignant
Pour lui y’a pu d’espoir

Quand t’est né pour un p’tit pain
Tu fais pas des sandwiches à tout l’monde

Mais y’a une colonne
C’pas une feluette
C’pas un mollusque
C’t’un homme faite

Baratte à beurre, de St-scie-croche
De jus d’bras, de grand escogriffe
De maudit frâchier, de fils d’habitant

Qu’un p’tit colon d’Guérin, d’ben au nord
Du fin fond d’un rang

Élevé à grand coups d’mornifles
D’coups pieds au cul
Né dans une grange
Journaux din craques
Manger des pétakes
Dans les couverts de chauyières

Y’a sumé tant, y’a treillé tôt, y’a trimé dur
Y’a faite un homme avant sa mère
L’bonhomme après lui, y décampe à 13 ans

Y’a bûché, y’a dravé
Dam and drill
Elliot Lake, Blind River
Au godendart, à l’égoïne, au boxa
C’ta avant la chain-saw

Y’en-as-tu équarri du bois
Pour c’té têtes-carrés d’bourgeois

Y’a faite c’qui a pu, ben manque
Y’a faite c’qui aurait pas dû

Y’arrive en ville
Faubourg à m’lassement

Marche su est tables
Au Main café
Orgueilleux, fier-pet
Tout l’monde envoyant chier
De son regard défiant

V’nez-vous en mes drôles
Maudit frâchier d’Robert Jean

Allez dont toutes sù l’bonhomme
y’ont frappé l’eux homme

Y s’coltaille, y bauche
Y s’tiraille, y galvaude

Y boira sa peine, son dédespoir
Noiera ses rêves, y’a pu d’espoir

Dans sa vie, y fa gris, l’temps s’crosse
Y’é pu ben jeune, tant pluvieux

Tricoté-serré, y perle pas fancy
Y bois pas sa bière le p’tit doigt en l’air
Pas cultivé comme un légume
Pas trop culturé
C’t’un homme du peuple, y’average drette

Fac ça fa pas Proust quand y pète

Betôt, l’soleil reluira qui s’disa
Bout d’viarge, de Ste-canice de corps-lâche-nu-pied

Mais là y’en a sa claque
Y’é tanné
Y s’possède pu d’être dépossédé

Ti-t’homme qui tousse, à soir, y’a l’moton
La coupe est pleine, y’étouffe
Y s’est ben faite avoir
Y’ont trop mis d’eau dans son vin
Y s’est ben faite fourrer
Y s’est ben faite dépayser

À coups d’pic pis à pelle
Y’a gravouillé, y’a vargé

Y’a tout faite pour oublier

Mais dret-là ça passe pu
Ça accroche su est deux bords
C’ta trop étrette
Ses rêves sont-t’a trop gros
Faut ben crère

Y creya d’un pays
Rêvait d’une femme, d’une vie
On y’aura ben toute pris, même c’qui avait pas
Même c’pays-là

Ti-t’homme à soir, y tousse fort
Y crache, y vomit
Toutes ceusse qui l’ont r’viré d’bord

Encore une gorgée mon homme
R’envale ta peine
Noé-moé tout ça

Ça passe croche
Ça passe tough
R’envale encore et toujours
R’envale ton pays, tes amours

Pour un jour
Aller su toutes vos tombes sa peine pisser
Pour être sûr que vous êtes ben toutes morts

Ti-t’homme qui tousse à un fils
Un espèce d’aussi grand énergumème d’escogriffre

au pic pis à pelle

Poète de la rue, des sans-paroles, des exclus
Qui s’déclament

Pis c’fils là, ben c’est moé
Pis c’est moé qui vous parle à vous autres icitte à soir
Qui vous crie tout c’te désespoir
De ces hommes sacrifiés

De ces talents mis d’côté
De tout ces indécouverts de la vie-poètes

Moé aussi j’tousse, j’prends mon trou
J’m’assis d’ssus, pis j’m’étouffe

Que trop souvent Nelliganisé
J’aimerais ça faire un Richard Desjardins d’moé
Mais ça passe pas lousse

Mais j’ai des rêves en calvaire
C’t’une manière de vice

Moé aussi, j’envale la vie ben d’travers
Ma poésie, je vous bûche, je vous call, je vous crie
Au pic pis à pelle, vous avez pas fini

Mon père c’t’a un colon mais pas un colonisé
Y’a marché drette, la broue dans l’toupet

Y’a bu sa vie, ses défaites
Y’étouffait, y’a tout faite

En son nom, en ses rêves
Vous m’tairez-pas mes ciboires

À grands coups d’poèmes pis d’désespoirs
À grands coups d’pic pis à pelle

J’va vous en pelleter en sacrament des nuages
J’va vous en faire des sparages

Tant qu’il y aura la liberté
La vie

Le droit de rêver
La poésie

Les petites mains
Les petites mains sont fortes, puissantes
Elles travaillent durement la pierre
Ratissent les champs dès l’aube levante
Cueillent le coton sans chigner guère

Le poète Yvon Jean lors d'une prestation publique.

Le poète Yvon Jean lors d’une prestation publique.

Sans elles vous seriez fort moins bien
Elles assurent votre industrialisé confort
Votre café ne goûterait plus rien
S’il n’avait pas ce goût de conquistador

Elles s’activent sur la planète, un peu partout
Façonnent à votre gré tout vos sombres jouets
Elles vous appartiennent, un poing c’est tout
En plus porteront l’odieux de votre rejet

Vous les méprisez ces petites mains
Qui bâtissent vos riens, vos vies
Pire même, vous niez leurs destins
Étouffez leurs moindres pleurs, cries

Mais c’est bien vous qui les exploitez
Par votre proverbial je-m’en-foutisme
C’est bien aussi vous qui à petit feu les tuez
Bien déculpabilisés, derrière votre réconfortant altruisme

Elles suent, dans vos champs, vos mines
Se tuent à n’en plus vouloir vivre
Ont trop souvent fort mauvaises mines
Font tout, tout pour, qu’au fond, survivre

enfants travail

Les petites mains n’écriront jamais
Ni ne connaîtront la tendresse d’un toucher
Masturberont les touristes sexuels à souhait
Pervers éjaculat d’un monde insensé

Les petites mains vieillissent vite ainsi
Ont leur coupera alors le pouce
Pour mieux entrer dans les souliers Nike
Assurant le confort des pieds que vous êtes tous

Elles n’auront point de temps à essuyer larmes
Trop prisent quelles sont, sous votre emprise
À porter vos rêves, brandir vos armes
Défendre votre monde qui tant les méprise

Pour bijoux n’auront qu’ecchymoses et cicatrices
Ne joueront jamais avec les jouets quelles fabriquent
Trop occupées à n’être que poupées d’injustice
Vous vous en laverez les mains, question de fric

Les petites mains manieront encore demain machines
Sans cesse fabriqueront toutes vos choses inutiles
D’un bout à l’autre de vos continents-usines
S’affaireront à construire votre monde tant futile

Sans relâche elles encore s’acharneront
Pour vous, vos rêves, leurs cauchemars
Mais les tables bientôt tourneront
Elles tenaient, ce soir, en vous en faire part

Toute l’énergie négative ainsi générée
Espérons, vous reviendras au visage
De ces petites mains soumises, esclavagées
Enfin, sentirez-vous toutes leurs rages

Les petites mains en ont pleins les bras
Elles en ont assez de votre répugnante face
Vous étranglerait, mais ne peuvent pas
Trop occupées a manufacturer vos interfaces

N’ont même plus la force de lutter
Mais serrent les poings, encore tard la nuit
Rêvant d’un jour être libérées
Désassujettis, de vous affranchis

Les petites mains inaperçues passent, dans l’oubli
18 000 enfants meurent de faim chaque jour
Un à chaque cinq secondes mes amis
Il faut arrêter ce génocide de l’amour

Allez courage poètes opprimés
De tout temps déjeté, exclus
Il ni y a que vous qui puissiez ce monde changer
Aidez vos sœurs et frères ainsi perclus

Vous qui avez pouvoir de plumes
Mains tendez leurs, force mots
Faites de leurs jours, fuir écumes
Parlez nous d’eux, décriez les haut

Clamez leurs noms, éternités
En vous avez, encre infini
Laissez couler, feuilles, papiers
Libérez enfin de ce pas…leurs mains…leurs vies…

…Libérez leurs rêves…
Leurs… poésies

Yvon Jean

Yvon Jean en pleine action.

Démesure
Au loin surgissent, sombres nuages, menaçantes peurs
À fond chargées, corps fondant, tempête s’abattra
La multitude se sauve, tonnerre gronde, s’unit, pleure
Ultime puissance toutes et tous emportera

Ne restera plus un cri, par coeur morts seront
Débattez-vous donc, soyez plus ainsi
Moi je suis seul contre tous, qu’une exhortation
Poésie de frayeur, suis ma route, trace ma vie

Brûle-moi de ta flamme, éclaire ma déraison
Je veux me retrouver en toi poète maudit
Contre marées et vents d’autrement, je t’en supplie

Foudroie-moi, électrocute ma plume, illumine-moi
Au creux de tes bras je n’aurai plus jamais peur
Démesure-toi à moi, je t’attends sans broncher…

Poétise-moi.

Chers éditeurs chers

Vous me dites que point ne sont prêts mes textes
Je vous réponds qu’arbitrairement ainsi rejeté me faites
Finalement, quel compliment de qualifier mes poèmes de textes
Car si ma Poésie ressemble à la vôtre, quelle défaite

Jamais ne me plierai plus encore, m’aplaventrirai
À attendre que vous décidiez, ce fort aléatoirement
De peut-être, au goût du jour, de miraculeusement me publier
Alors que les plus grands, n’ont jamais été reconnus de leur vivant

Vous ne me Nelliganiserez pas, chers Éditeurs chers
Vos méthodes d’évaluer l’intangible, l’insondable
Revisées devraient être, mais n’en avez que faire

Bien oielllèrisés dans tout ce que vous croyez être
Cataloguant tout, vous cherchez le vendable, le faisable
Alors que la Poésie n’en a que faire de votre loi du paraître

Sachez que je ne ramperai plus devant vous
Que le temps son œuvre fera, obligatoirement
Et qu’un jour la vie se chargera de vous, de tout

Qu’alors Parole me sera donnée, enfin, triomphalement
Que ma Poésie résonnera, à tous azimuts, hors de tout doute
Mais qu’aussi alors serai mort assassiné, depuis fort longtemps…
…Par votre doute

À propos d’Yvon Jean

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Poète de la rue, des sans paroles… des exclus : voilà comment il se décrit depuis la première fois où il est monté sur scène.

Yvon Jean revient de très loin; marginalisé, il a connu la rue, mais il n’a jamais oublié son rêve : devenir un jour poète.

Et pour la première fois depuis 2006, il a récité sa poésie lors d’une soirée SoloVox, animée par son grand ami et poète Éric Roger, sans qui d’ailleurs tout ce qui suit n’aurait pas été possible, dit-il.

Plus de 200 apparitions sur scène plus tard – Slam-session au local de l’Archie, soirées SoloVox à L’Escalier et ailleurs, Quai des brumes, In Vivo, Derniers Humains, micro libre de l’ATSA, Macadam tribus, Cabaret Résolu, Slam Jam Collectif, Nuit de la poésie Anarchiste, Festival Voix d’Amériques, Slam Chaud, Martimots Dits, Nuit des sans-abri – et après 30 années d’écriture à son actif, Yvon Jean a vu son premier recueil-CD, Noires Poésies, paraître chez Teichtner en 2008. Il travaille présentement avec acharnement à sortir son ultime recueil en 2013.

Sa poésie est tantôt classique, tantôt urbaine ou carrément joual, versifiée, de facture assez sombre, mais toujours porteuse de lumière, dénonciatrice, donnant la parole aux exclus de ce monde. Son éditeur le qualifie d’heureux mélange contemporain entre Gauvreau et Jean Narrache, inventant des mots, réinventant le joual.

Il a également coanimé plus de 150 émissions de radio (Les contes à rendre sur les ondes de CHOQ-FM, à Montréal) et coanime actuellement une émission du même nom à la station Radio Centre-Ville (102,3 FM) de Montréal, où il présente une chronique sur la poésie intitulée Poétiquement autre.

Il a aussi fait sa marque dans le slam, remportant la victoire lors de quelques soirées. Pour le public, c’est toujours un électrochoc : il entre comme en transe, se sentant enfin vivre, exister. Voyez vous-même sa performance à la Première Chaîne de la Société Radio-Canada dans le cadre de Slam Macadam.

Yvon Jean a également vu un de ses poèmes publié dans le livre de Mario Proulx (journaliste, réalisateur et animateur de radio), Vivre jusqu’au bout, tiré de la série radiophonique qui a été diffusée à la Première Chaîne de la SRC. Son poème Vivre jusqu’au bout, mourir autrement a été publié aux côtés des textes de Jim Corcoran, Clémence Desrochers, Daniel Lavoie, Pierre Légaré, Chloé Ste-Marie et Roger Tabra. Vous pouvez accéder à la bande audio de ce poème.

Yvon Jean est également présent sur YouTube.

Par la force de sa plume et son style percutant, Yvon Jean se distingue et laisse sa marque de façon indélébile et fort singulière au sein de la poésie québécoise actuelle.

Publié en novembre 2008 chez Teichtner, Noires Poésies est en Collection Nationale à la Grande Bibliothèque et à la Bibliothèque Marie-Uguay. Le recueil est épuisé après avoir vendu plus de 300 exemplaires. L’éditeur, Claude Hamelin, l’a pris sous son aile, adorant sa singulière poésie. Il compte publier un prochain recueil cette année et vise cette fois les grandes maisons d’éditions. En 30 ans, il a écrit plus de 1 000 poèmes, dont près de 400 en vue de publication. Enfin, mentionnons que depuis mars 2013, Yvon Jean coanime la série SoloVox webtélé en compagnie d’Éric Roger.

En qualité d’invité, Yvon Jean participera à la soirée SoloVox du 27 mars 2013, laquelle sera consacrée au regretté Gérald Godin.

Éric Roger présente les soirées SoloVox le dernier mercredi de chaque mois au bar L’Escalier Montréal, 552, rue Sainte-Catherine Est, avec le concours de ses commanditaires : les Éditions David, les Éditions Triptyque, les Écrits des Forges, les Éditions du Noroît, les Éditions Prise de parole et les Éditions de l’Hexagone.

SoloVox est maintenant offert… en webtélé!

Dynamique, Éric Roger, le grand manitou de SoloVox depuis maintenant plus de 12 ans, innove une fois de plus et écrit une page d’histoire en créant une émission webtélé entièrement consacrée à la poésie d’ici. En compagnie de son comparse de toujours, Yvon Jean, le duo a présenté la première émission de cette nouvelle série le samedi 16 mars 2013, et votre humble serviteur s’est promis de se joindre à l’aventure. Vous pouvez entre autres y entendre une entrevue avec Sibylle, une nouvelle voix qui s’est révélée grâce aux soirées qu’organise Éric Roger. La poétesse Pascale Cormier sera l’invitée de la semaine lors de l’édition du 23 mars 2013.

Sans plus tarder, je vous laisse syntoniser SoloVox webtélé, une émission diffusée sur douteux.tv, le samedi, de 13 h à 14 h.

À la semaine prochaine, même heure, même poste!