Amour météore (Robert Hamel)

Amour météore

Amour météore
immense
miroir
Montréal
me renvoie
ton image
multipliée
à l’infini
et moi
je meurs
une larme
à la fois

et moi
j’habite
la démesure
du vide
derrière
le passage de
l’amour
météore

© Robert Hamel (novembre 2013)

Léo Ferré, poète enchanteur

Léo Ferré et la solitude

Il y a fort à parier que, dans toute la Francophonie, personne n’incarne mieux le poète du XXe siècle que Léo Ferré au sens où Poézik l’entend, c’est-à-dire qu’il est à la fois un authentique poète et un très grand musicien, capable d’écrire des paroles d’une grande poésie, de composer des musiques sublimes et de les interpréter avec une rare intensité. Pour toutes ces raisons, la série Poézik devait rendre hommage à cet immortel de la chanson. Voici donc un bref aperçu du parcours de ce poète enchanteur.

La solitude
Je suis d’un autre pays que le vôtre,
d ‘un autre quartier, d’une autre solitude.
Je m’invente aujourd’hui des chemins de traverse.
Je ne suis plus de chez vous.
J´attends des mutants.
Biologiquement, je m’arrange
avec l’idée que je me fais de la biologie :
je pisse, j´éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance
que nous façonnions nos idées
comme s’il s’agissait d´objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules.
Mais…
La solitude…
La solitude…

Les moules sont d’une texture nouvelle,
je vous avertis.
Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n’avez pas, dès ce jour,
le sentiment relatif de votre durée,
il est inutile de vous transmettre,
il est inutile de regarder devant vous
car devant c’est derrière, la nuit c’est le jour.
Et…
La solitude…
La solitude…
La solitude…

Il est de toute première instance
que les laveries automatiques, au coin des rues,
soient aussi imperturbables que les feux d’arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront
la case où il vous sera loisible de laver
ce que vous croyez être votre conscience
et qui n’est qu´une dépendance
de l’ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau.
Et pourtant…
La solitude…
La solitude!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique.
Pour le moment, nous l’appellerons « bonheur »,
les mots que vous employez n’étant plus « les mots »
mais une sorte de conduit à travers lequel
les analphabètes se font bonne conscience.
Mais…
La solitude…
La solitude…
La solitude, la solitude, la solitude…
La solitude!

Le Code civil, nous en parlerons plus tard.
Pour le moment, je voudrais codifier l’incodifiable.
Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties.
Je voudrais m’insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit,
le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
La lucidité se tient dans mon froc!
Dans mon froc!

Paroles et musique : Léo Ferré ©

À propos de Léo Ferré

Léo FerréLéo Albert Charles Antoine Ferré, un auteur-compositeur-interprète, pianiste et poète franco-monégasque, est né le 24 août 1916 à Monaco et décédé le 14 juillet 1993 à Castellina in Chianti, en Toscane. Il a, au cours d’une période d’activité qui s’étale sur 46 ans, réalisé plus d’une quarantaine d’albums originaux, ce qui, à ce jour, fait de lui le plus prolifique auteur-compositeur-interprète d’expression française de l’histoire. D’une culture musicale classique, il dirige à plusieurs reprises des orchestres symphoniques, en public ou à l’occasion d’enregistrements. Léo Ferré se réclamait du mouvement anarchiste, un courant de pensée qui a fortement influencé son œuvre.

Chanteur proche des poètes rebelles, dispensant lui-même un esprit anarchisant dans un répertoire qui use adroitement de la langue verte (entendre ici l’argot), Léo Ferré est la figure même de l’artiste engagé. Il offre aussi l’exemple sans doute inégalé d’une culture alternative à la française.

À Monaco, où il grandit, sa mère dirige un atelier de couture et son père travaille pour la société des bains de mer, une entreprise à caractère touristique. De 9  à 17 ans, le jeune Léo Ferré est pensionnaire dans un internat religieux de Bordighera, en Italie, d’où sa famille est originaire. Il y apprend la révolte, tout en se découvrant une passion pour les grands compositeurs. Le baccalauréat une fois en poche, il s’installe à Paris en 1935 dans l’espoir d’entrer au Conservatoire. Il étudiera plutôt le droit, puis obtiendra un diplôme de sciences politiques.

Léo Ferré entame une carrière artistique dès la Libération. Dans les cabarets de la rive gauche où il chante, il fait la rencontre de Charles Trenet, d’Édith Piaf – qui contribue à le lancer, en 1948, en interprétant Les Amants de Paris – et de Juliette Gréco – qui deviendra son interprète fétiche. Il se lie aussi avec le parolier Jean-Roger Caussimon.

Dans les années 1950, L’île Saint-Louis, À Saint-Germain-des-Prés, Paris canaille et Le pont Mirabeau en font un chantre de la capitale. Monsieur William, L’homme, Graine d’ananar, Le piano du pauvre et Merci mon Dieu, parmi d’autres titres, lui valent aussi les faveurs du public. Parallèlement, il s’essaie à l’opéra (La vie d’artiste, en 1954), au ballet (La nuit, pour Roland Petit, en 1956) ainsi qu’à l’oratorio (La chanson du mal-aimé, sur un poème de Guillaume Apollinaire, en 1957).

Poètes… vos papiers!, recueil publié en 1956, traduit une inclination au lyrisme qui se perpétue dans les disques Les Fleurs du Mal par Léo Ferré (1957) et Léo Ferré chante Aragon (1961). Léo Ferré met aussi en chansons des textes de Villon, de Rutebeuf, de Rimbaud et de Verlaine, tout en poursuivant dans la veine de son inspiration personnelle avec ses titres du début des années 1960 : Merde à Vauban, Paname, La langue française, T’es chouette, Jolie Môme, Thank You Satan, T’es rock, Coco ! et Ni dieu ni maître, qui lui apportent une reconnaissance définitive. L’argot très personnel qu’il manie lui donne la clé de multiples inventions verbales mêlées de subtiles troncations.

Entre les deux albums Ferré 64 et Amour, Anarchie (1970), qui renouent avec la profession de foi anarchiste ― « l’anarchie est la formulation politique du désespoir » écrira-t-il ―, ont eu lieu les événements de mai 1968. Léo Ferré se tient à l’écart de la contestation, sans omettre d’en récupérer l’esprit (Ils ont voté, La Marseillaise, Salut beatnik! et C’est extra). Après la Bretagne (La mémoire et la mer, 1970), il s’établit en Toscane, sans pour autant cesser d’enregistrer (Avec le temps, 1970) ni se détacher de l’évolution des courants musicaux. Ainsi, il enregistre avec le groupe rock Zoo l’album La solitude en 1971. Il satisfait également son goût de la musique classique en dirigeant des orchestres symphoniques ― tel que celui de Milan ― et en publiant l’album Ferré muet dirige Ravel, en 1975.

Parallèlement aux nombreux récitals, en France et à l’étranger, Léo Ferré continue d’enregistrer abondamment. En une dizaine d’années, il sort 15 albums, parmi lesquels La frime (1979), La violence et l’ennui (1980), Les loubards (1985) et Les vieux copains (1990). Une saison en enfer (1991), paru deux ans avant sa mort, termine le parcours d’un homme qui avait pratiqué, avec un égal bonheur, l’écriture, la composition et l’interprétation.

André Breton, au nom des surréalistes, est l’un des premiers écrivains à défendre l’artiste Léo Ferré – jusqu’en 1956, lorsqu’il refusera de préfacer le recueil Poètes… vos papiers! Autre poète surréaliste, Benjamin Péret accueille le chanteur dans son Anthologie de l’amour sublime (1956), faisant de lui l’égal de Breton et de Saint-John Perse par sa capacité à illustrer la passion amoureuse. De son côté, Aragon aura cette phrase définitive : « Il faudra écrire l’histoire littéraire un peu différemment, à cause de Léo Ferré. »

Comme Georges Brassens, Léo Ferré fait partie de ces chanteurs populaires désormais « institutionnalisés » en devenant le sujet de thèses de doctorat et autres travaux universitaires. Le philosophe Gilles Deleuze avait donné le ton en déclarant : « C’est un plongeur de l’émotion qui utilise les mots comme des grains de sable dansant dans la poussière du visible. »

Considérations littéraires et stylistiques

Léo Ferré est une des références incontournables de la chanson française. Mêlant l’amour et la révolte, le lyrique et le populaire, l’érudition et la provocation, l’ironie ― souvent grinçante ― et le dramatisme, le minimalisme et la démesure épique, Ferré dépeint des états d’âme plus qu’il ne raconte des histoires avec des personnages. Son chant secoue plus qu’il ne flatte. C’est par Ferré que la chanson a su acquérir un langage véritablement critique.

Ferré est considéré comme un poète marquant de la deuxième moitié du XXe siècle, avec une expression riche et profonde, où l’influence du surréalisme se fait sentir notamment dans la deuxième moitié de l’œuvre enregistrée. Il utilise un vocabulaire étendu, des champs lexicaux récurrents plutôt inattendus par rapport aux sujets choisis, il joue avec la connotation usuelle des mots, forge des néologismes, crée des images complexes s’engendrant les unes les autres, avec de nombreux changements de registre et de rythme; l’intertexte littéraire y est abondant, le sens rarement univoque.

En tant qu’écrivain, il a abordé, en les subvertissant à divers degrés, le récit d’enfance autofictionnel (Benoît Misère, 1970), le genre épistolaire (Lettres non postées, inachevé), l’essai (Technique de l’exil, L’anarchie est la formulation politique du désespoir, Introduction à la folie, Introduction à la poésie/Le mot voilà l’ennemi !), le portrait, voire l’autoportrait (préface à l’édition au livre de poche des Poèmes saturniens de Paul Verlaine en 1961 et préface au Poètes d’aujourd’hui n°161 consacré à Jean-Roger Caussimon en 1967). Enfin, mentionnons qu’il s’est frotté au théâtre (L’Opéra des rats, 1983), il a publié des recueils de poésies (il a publié, outre Poètes… vos papiers! en 1956, Testament phonographe en 1980) et composé de vastes poèmes ouvragés, dont Les Chants de la fureur/Guesclin, Le Chemin d’enfer, Perdrigal/Le Loup, Death… Death… Death… et Métamec).

Les noires poésies d’Yvon Jean

Au pic pis à pelle
Ben pardu dans grand ville
Y s’charche pis y s’trouve pu

Y’a comme un vide, qui s’chime pas
Y sait pu où y’est rendu, c’t’allant

Y praye su un bord, chie su l’autre
Dérapaillé-vivant, enfirouapé dans son pas-pays

Pis c’te nuite, y’a é sentiments par en d’dans
Le coeur su’a Main, l’estomac su’l camp

Y’envale ben d’travers son p’tit Québec
Lui si y flashe à gauche, y tourne toujours à droite

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Le poète montréalais Yvon Jean tenant dans ses bras son recueil Noires Poésies (Teichtner, 2008).

Y s’souviens de c’qui devra pas
Y pense à tout c’qui éta pas
Y ressout en ressuant
La goutte au nez
La broue dans l’toupet
Rien que su’un runner
T’a besoin d’marcher drette

Front-moé d’la broue, j’te clair au check

Prêtre-nu-pied, de corps lâche, d’étole
De soeur grise à trois étages
D’étable-penché

Va falloir payer l’bourgeois
On va mettre un homme là-dessus

R’gard lé ben aller toé
Y décolle, chire dessours
Rien que su’une gosse, ben stompé
La palette au plancher

Su un moyen temps
Pogne une panse de boeuf
Y vas-tu r’virer l’croche?
Su’é chapeaux d’roues
Ça vire en gériboire
Y vois même sa licence

Ça compresse dans basse
Son crank y cogne
Y’a l’steak saignant
Pour lui y’a pu d’espoir

Quand t’est né pour un p’tit pain
Tu fais pas des sandwiches à tout l’monde

Mais y’a une colonne
C’pas une feluette
C’pas un mollusque
C’t’un homme faite

Baratte à beurre, de St-scie-croche
De jus d’bras, de grand escogriffe
De maudit frâchier, de fils d’habitant

Qu’un p’tit colon d’Guérin, d’ben au nord
Du fin fond d’un rang

Élevé à grand coups d’mornifles
D’coups pieds au cul
Né dans une grange
Journaux din craques
Manger des pétakes
Dans les couverts de chauyières

Y’a sumé tant, y’a treillé tôt, y’a trimé dur
Y’a faite un homme avant sa mère
L’bonhomme après lui, y décampe à 13 ans

Y’a bûché, y’a dravé
Dam and drill
Elliot Lake, Blind River
Au godendart, à l’égoïne, au boxa
C’ta avant la chain-saw

Y’en-as-tu équarri du bois
Pour c’té têtes-carrés d’bourgeois

Y’a faite c’qui a pu, ben manque
Y’a faite c’qui aurait pas dû

Y’arrive en ville
Faubourg à m’lassement

Marche su est tables
Au Main café
Orgueilleux, fier-pet
Tout l’monde envoyant chier
De son regard défiant

V’nez-vous en mes drôles
Maudit frâchier d’Robert Jean

Allez dont toutes sù l’bonhomme
y’ont frappé l’eux homme

Y s’coltaille, y bauche
Y s’tiraille, y galvaude

Y boira sa peine, son dédespoir
Noiera ses rêves, y’a pu d’espoir

Dans sa vie, y fa gris, l’temps s’crosse
Y’é pu ben jeune, tant pluvieux

Tricoté-serré, y perle pas fancy
Y bois pas sa bière le p’tit doigt en l’air
Pas cultivé comme un légume
Pas trop culturé
C’t’un homme du peuple, y’average drette

Fac ça fa pas Proust quand y pète

Betôt, l’soleil reluira qui s’disa
Bout d’viarge, de Ste-canice de corps-lâche-nu-pied

Mais là y’en a sa claque
Y’é tanné
Y s’possède pu d’être dépossédé

Ti-t’homme qui tousse, à soir, y’a l’moton
La coupe est pleine, y’étouffe
Y s’est ben faite avoir
Y’ont trop mis d’eau dans son vin
Y s’est ben faite fourrer
Y s’est ben faite dépayser

À coups d’pic pis à pelle
Y’a gravouillé, y’a vargé

Y’a tout faite pour oublier

Mais dret-là ça passe pu
Ça accroche su est deux bords
C’ta trop étrette
Ses rêves sont-t’a trop gros
Faut ben crère

Y creya d’un pays
Rêvait d’une femme, d’une vie
On y’aura ben toute pris, même c’qui avait pas
Même c’pays-là

Ti-t’homme à soir, y tousse fort
Y crache, y vomit
Toutes ceusse qui l’ont r’viré d’bord

Encore une gorgée mon homme
R’envale ta peine
Noé-moé tout ça

Ça passe croche
Ça passe tough
R’envale encore et toujours
R’envale ton pays, tes amours

Pour un jour
Aller su toutes vos tombes sa peine pisser
Pour être sûr que vous êtes ben toutes morts

Ti-t’homme qui tousse à un fils
Un espèce d’aussi grand énergumème d’escogriffre

au pic pis à pelle

Poète de la rue, des sans-paroles, des exclus
Qui s’déclament

Pis c’fils là, ben c’est moé
Pis c’est moé qui vous parle à vous autres icitte à soir
Qui vous crie tout c’te désespoir
De ces hommes sacrifiés

De ces talents mis d’côté
De tout ces indécouverts de la vie-poètes

Moé aussi j’tousse, j’prends mon trou
J’m’assis d’ssus, pis j’m’étouffe

Que trop souvent Nelliganisé
J’aimerais ça faire un Richard Desjardins d’moé
Mais ça passe pas lousse

Mais j’ai des rêves en calvaire
C’t’une manière de vice

Moé aussi, j’envale la vie ben d’travers
Ma poésie, je vous bûche, je vous call, je vous crie
Au pic pis à pelle, vous avez pas fini

Mon père c’t’a un colon mais pas un colonisé
Y’a marché drette, la broue dans l’toupet

Y’a bu sa vie, ses défaites
Y’étouffait, y’a tout faite

En son nom, en ses rêves
Vous m’tairez-pas mes ciboires

À grands coups d’poèmes pis d’désespoirs
À grands coups d’pic pis à pelle

J’va vous en pelleter en sacrament des nuages
J’va vous en faire des sparages

Tant qu’il y aura la liberté
La vie

Le droit de rêver
La poésie

Les petites mains
Les petites mains sont fortes, puissantes
Elles travaillent durement la pierre
Ratissent les champs dès l’aube levante
Cueillent le coton sans chigner guère

Le poète Yvon Jean lors d'une prestation publique.

Le poète Yvon Jean lors d’une prestation publique.

Sans elles vous seriez fort moins bien
Elles assurent votre industrialisé confort
Votre café ne goûterait plus rien
S’il n’avait pas ce goût de conquistador

Elles s’activent sur la planète, un peu partout
Façonnent à votre gré tout vos sombres jouets
Elles vous appartiennent, un poing c’est tout
En plus porteront l’odieux de votre rejet

Vous les méprisez ces petites mains
Qui bâtissent vos riens, vos vies
Pire même, vous niez leurs destins
Étouffez leurs moindres pleurs, cries

Mais c’est bien vous qui les exploitez
Par votre proverbial je-m’en-foutisme
C’est bien aussi vous qui à petit feu les tuez
Bien déculpabilisés, derrière votre réconfortant altruisme

Elles suent, dans vos champs, vos mines
Se tuent à n’en plus vouloir vivre
Ont trop souvent fort mauvaises mines
Font tout, tout pour, qu’au fond, survivre

enfants travail

Les petites mains n’écriront jamais
Ni ne connaîtront la tendresse d’un toucher
Masturberont les touristes sexuels à souhait
Pervers éjaculat d’un monde insensé

Les petites mains vieillissent vite ainsi
Ont leur coupera alors le pouce
Pour mieux entrer dans les souliers Nike
Assurant le confort des pieds que vous êtes tous

Elles n’auront point de temps à essuyer larmes
Trop prisent quelles sont, sous votre emprise
À porter vos rêves, brandir vos armes
Défendre votre monde qui tant les méprise

Pour bijoux n’auront qu’ecchymoses et cicatrices
Ne joueront jamais avec les jouets quelles fabriquent
Trop occupées à n’être que poupées d’injustice
Vous vous en laverez les mains, question de fric

Les petites mains manieront encore demain machines
Sans cesse fabriqueront toutes vos choses inutiles
D’un bout à l’autre de vos continents-usines
S’affaireront à construire votre monde tant futile

Sans relâche elles encore s’acharneront
Pour vous, vos rêves, leurs cauchemars
Mais les tables bientôt tourneront
Elles tenaient, ce soir, en vous en faire part

Toute l’énergie négative ainsi générée
Espérons, vous reviendras au visage
De ces petites mains soumises, esclavagées
Enfin, sentirez-vous toutes leurs rages

Les petites mains en ont pleins les bras
Elles en ont assez de votre répugnante face
Vous étranglerait, mais ne peuvent pas
Trop occupées a manufacturer vos interfaces

N’ont même plus la force de lutter
Mais serrent les poings, encore tard la nuit
Rêvant d’un jour être libérées
Désassujettis, de vous affranchis

Les petites mains inaperçues passent, dans l’oubli
18 000 enfants meurent de faim chaque jour
Un à chaque cinq secondes mes amis
Il faut arrêter ce génocide de l’amour

Allez courage poètes opprimés
De tout temps déjeté, exclus
Il ni y a que vous qui puissiez ce monde changer
Aidez vos sœurs et frères ainsi perclus

Vous qui avez pouvoir de plumes
Mains tendez leurs, force mots
Faites de leurs jours, fuir écumes
Parlez nous d’eux, décriez les haut

Clamez leurs noms, éternités
En vous avez, encre infini
Laissez couler, feuilles, papiers
Libérez enfin de ce pas…leurs mains…leurs vies…

…Libérez leurs rêves…
Leurs… poésies

Yvon Jean

Yvon Jean en pleine action.

Démesure
Au loin surgissent, sombres nuages, menaçantes peurs
À fond chargées, corps fondant, tempête s’abattra
La multitude se sauve, tonnerre gronde, s’unit, pleure
Ultime puissance toutes et tous emportera

Ne restera plus un cri, par coeur morts seront
Débattez-vous donc, soyez plus ainsi
Moi je suis seul contre tous, qu’une exhortation
Poésie de frayeur, suis ma route, trace ma vie

Brûle-moi de ta flamme, éclaire ma déraison
Je veux me retrouver en toi poète maudit
Contre marées et vents d’autrement, je t’en supplie

Foudroie-moi, électrocute ma plume, illumine-moi
Au creux de tes bras je n’aurai plus jamais peur
Démesure-toi à moi, je t’attends sans broncher…

Poétise-moi.

Chers éditeurs chers

Vous me dites que point ne sont prêts mes textes
Je vous réponds qu’arbitrairement ainsi rejeté me faites
Finalement, quel compliment de qualifier mes poèmes de textes
Car si ma Poésie ressemble à la vôtre, quelle défaite

Jamais ne me plierai plus encore, m’aplaventrirai
À attendre que vous décidiez, ce fort aléatoirement
De peut-être, au goût du jour, de miraculeusement me publier
Alors que les plus grands, n’ont jamais été reconnus de leur vivant

Vous ne me Nelliganiserez pas, chers Éditeurs chers
Vos méthodes d’évaluer l’intangible, l’insondable
Revisées devraient être, mais n’en avez que faire

Bien oielllèrisés dans tout ce que vous croyez être
Cataloguant tout, vous cherchez le vendable, le faisable
Alors que la Poésie n’en a que faire de votre loi du paraître

Sachez que je ne ramperai plus devant vous
Que le temps son œuvre fera, obligatoirement
Et qu’un jour la vie se chargera de vous, de tout

Qu’alors Parole me sera donnée, enfin, triomphalement
Que ma Poésie résonnera, à tous azimuts, hors de tout doute
Mais qu’aussi alors serai mort assassiné, depuis fort longtemps…
…Par votre doute

À propos d’Yvon Jean

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Le recueil Noires Poésies a été publié en 2008 aux Éditions Teichtner.

Poète de la rue, des sans paroles… des exclus : voilà comment il se décrit depuis la première fois où il est monté sur scène.

Yvon Jean revient de très loin; marginalisé, il a connu la rue, mais il n’a jamais oublié son rêve : devenir un jour poète.

Et pour la première fois depuis 2006, il a récité sa poésie lors d’une soirée SoloVox, animée par son grand ami et poète Éric Roger, sans qui d’ailleurs tout ce qui suit n’aurait pas été possible, dit-il.

Plus de 200 apparitions sur scène plus tard – Slam-session au local de l’Archie, soirées SoloVox à L’Escalier et ailleurs, Quai des brumes, In Vivo, Derniers Humains, micro libre de l’ATSA, Macadam tribus, Cabaret Résolu, Slam Jam Collectif, Nuit de la poésie Anarchiste, Festival Voix d’Amériques, Slam Chaud, Martimots Dits, Nuit des sans-abri – et après 30 années d’écriture à son actif, Yvon Jean a vu son premier recueil-CD, Noires Poésies, paraître chez Teichtner en 2008. Il travaille présentement avec acharnement à sortir son ultime recueil en 2013.

Sa poésie est tantôt classique, tantôt urbaine ou carrément joual, versifiée, de facture assez sombre, mais toujours porteuse de lumière, dénonciatrice, donnant la parole aux exclus de ce monde. Son éditeur le qualifie d’heureux mélange contemporain entre Gauvreau et Jean Narrache, inventant des mots, réinventant le joual.

Il a également coanimé plus de 150 émissions de radio (Les contes à rendre sur les ondes de CHOQ-FM, à Montréal) et coanime actuellement une émission du même nom à la station Radio Centre-Ville (102,3 FM) de Montréal, où il présente une chronique sur la poésie intitulée Poétiquement autre.

Il a aussi fait sa marque dans le slam, remportant la victoire lors de quelques soirées. Pour le public, c’est toujours un électrochoc : il entre comme en transe, se sentant enfin vivre, exister. Voyez vous-même sa performance à la Première Chaîne de la Société Radio-Canada dans le cadre de Slam Macadam.

Yvon Jean a également vu un de ses poèmes publié dans le livre de Mario Proulx (journaliste, réalisateur et animateur de radio), Vivre jusqu’au bout, tiré de la série radiophonique qui a été diffusée à la Première Chaîne de la SRC. Son poème Vivre jusqu’au bout, mourir autrement a été publié aux côtés des textes de Jim Corcoran, Clémence Desrochers, Daniel Lavoie, Pierre Légaré, Chloé Ste-Marie et Roger Tabra. Vous pouvez accéder à la bande audio de ce poème.

Yvon Jean est également présent sur YouTube.

Par la force de sa plume et son style percutant, Yvon Jean se distingue et laisse sa marque de façon indélébile et fort singulière au sein de la poésie québécoise actuelle.

Publié en novembre 2008 chez Teichtner, Noires Poésies est en Collection Nationale à la Grande Bibliothèque et à la Bibliothèque Marie-Uguay. Le recueil est épuisé après avoir vendu plus de 300 exemplaires. L’éditeur, Claude Hamelin, l’a pris sous son aile, adorant sa singulière poésie. Il compte publier un prochain recueil cette année et vise cette fois les grandes maisons d’éditions. En 30 ans, il a écrit plus de 1 000 poèmes, dont près de 400 en vue de publication. Enfin, mentionnons que depuis mars 2013, Yvon Jean coanime la série SoloVox webtélé en compagnie d’Éric Roger.

En qualité d’invité, Yvon Jean participera à la soirée SoloVox du 27 mars 2013, laquelle sera consacrée au regretté Gérald Godin.

Éric Roger présente les soirées SoloVox le dernier mercredi de chaque mois au bar L’Escalier Montréal, 552, rue Sainte-Catherine Est, avec le concours de ses commanditaires : les Éditions David, les Éditions Triptyque, les Écrits des Forges, les Éditions du Noroît, les Éditions Prise de parole et les Éditions de l’Hexagone.