La noirceur au bout du tunnel

Le Dernier Tunnel (Érik Canuel, 2004)

Le Dernier Tunnel

À peine sorti de prison, Marcel Talon (Michel Côté), l’auteur du vol de la Brink’s, met à exécution le spectaculaire coup d’éclat qu’il a soigneusement concocté à l’ombre : un cambriolage sans précédent de 200 millions de dollars. Mais les embûches s’accumulent lors de cette entreprise qui exige trois mois de travail intensif : une agente de libération conditionnelle (Céline Bonnier) trop curieuse; un complice (Christopher Heyerdahl) qui n’en fait qu’à sa tête et dont l’homme de main (Nicolas Canuel) est un dangereux électron libre; une maîtresse (Marie-France Marcotte) soupçonneuse qui exige de son homme qu’il rompe avec son passé criminel; et ce bon vieux Fred (Jean Lapointe) qui inquiète sérieusement en raison de sa santé vacillante. Talon prévoit tout sauf l’imprévisible, et c’est alors que le plan déraille.

Le réalisateur Érik Canuel (La Loi du cochon, Bon Cop, Bad Cop) se fait une spécialité des polars qui se fichent des étiquettes et  redéfinissent le genre. Inspiré d’un fait vécu, fort bien documenté, habilement ficelé, rythmé, inventif et appuyé par une trame sonore d’une redoutable efficacité, Le Dernier Tunnel culmine en une tension à peine soutenable qui vous prend aux tripes. Tout bien réfléchi, Canuel est, au sein de notre cinématographie nationale, l’équivalent de ce que sont les frères Coen dans le cinéma américain.

Jouissif et puissant.

Chronique d’un temps fauve

1981, de Ricardo Trogi (2009)

1981 : c’est l’ère du Walkman, du K-Way, de la montre-calculatrice et du catalogue Distribution aux consommateurs (comment se fait-il que, moi aussi, j’ai passé des heures à le feuilleter?). C’est aussi à cette époque que le jeune Ricardo Trogi emménage avec sa famille dans un quartier plus favorisé, qu’il change d’école, succombe aux charmes de la belle Anne Tremblay, entre de plein fouet dans l’adolescence et découvre les affres de la réalité économique. 1981 est le compte-rendu d’une année charnière, une fresque juste et habile narrée avec une verve franche, une œuvre sans prétentions qui divertit avec doigté et intelligence. La distribution anonyme et efficace semble au service du récit personnel, et le réalisateur Ricardo Trogi (Québec-Montréal) prouve que l’on peut être un véritable auteur sans avoir la grosse tête et se prendre trop au sérieux.

Rafraîchissant.

Pour afficher la bande-annonce.

Tour de force… policière

De père en flic (Émile Gaudreault, 2009)

J’étais sceptique, sans doute échaudé par toutes ces comédies qui confondent comique et ridicule. Il faut dire que, en matière d’humour, je suis un public difficile et que le vaudeville m’ennuie profondément. Heureusement, mes craintes se sont avérées non fondées. En effet, l’ex-Groupe sanguin Émile Gaudreault signe avec De père en flic (2009) une comédie intelligente et profonde, un long métrage hors du commun au carrefour des genres (film d’auteur sur les relations père-fils, polar et comédie). Ce faisant, il remporte un pari risqué avec l’appui d’une distribution de haut vol : outre Louis-José Houde, on retrouve entre autres Michel Côté, Rémy Girard, Patrick Drolet, Caroline Dhavernas, Robin Aubert, Normand D’Amour, Patrice Coquereau, Luc Senay, Sylvie Boucher et JiCi Lauzon. Bien sûr, il y a bien deux ou trois tirades où Houde cabotine quelque peu et semble faire un numéro de standup, mais ce n’est rien pour gâcher notre plaisir. On imagine sans peine les fous rires qui ont dû se propager sur le plateau par moments.

Une preuve irréfutable qu’il n’est pas nécessaire de se divertir idiot.

Quelle famille!

Familia (Louise Archambault, 2005)

Familia (Louise Archambault, 2005)
Deux mères que tout oppose et que seul un lien familial unit : l’une en chute libre, l’autre accrochée à l’illusion du contrôle. La première, dévorée par le jeu, court droit à sa perte; la seconde, en apparence mère et épouse parfaite, soulève lentement le voile du drame qui la guette. Deux adolescentes en crise, et la vie qui trouve toujours le chemin qui mène à soi. Louise Archambault signe ici un premier long métrage intelligent et bien ficelé avec le soutien d’une brochette de talents sûrs (Sylvie Moreau, Macha Grenon [criante de vérité], Vincent Graton, Micheline Lanctôt, Jacques L’Heureux, Patricia Nolin, Paul Savoie ainsi que les jeunes Juliette Gosselin et Mylène Saint-Sauveur, toutes deux excellentes). Je retiens essentiellement deux scènes : celle où Gabrielle découvre que sa mère a lu son journal intime et la finale, dans laquelle Janine, digne jusqu’à la toute fin, orchestre un spectaculaire coup de théâtre.

Rafraîchissant et inspirant.