Avec le temps (Léo Ferré)

Avec le temps
Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
On oublie le visage et l´on oublie la voix
Le cœur, quand ça bat plus, c´est pas la peine d´aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c´est très bien

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
L´autre qu´on adorait, qu´on cherchait sous la pluie
L´autre qu´on devinait au détour d´un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D´un serment maquillé qui s´en va faire sa nuit
Avec le temps tout s´évanouit

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
Même les plus chouettes souv´nirs ça t´as une de ces gueules
A la gal´rie j´farfouille dans les rayons d´la mort
Le samedi soir quand la tendresse s´en va toute seule

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
L´autre à qui l´on croyait pour un rhume, pour un rien
L´autre à qui l´on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l´on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l´on s´traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
On oublie les passions et l´on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s´en va
Et l´on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l´on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l´on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l´on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment… avec le temps… on n´aime plus

Léo Ferré

Ne me quitte pas (Jacques Brel)

Ne me quitte pas

Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s’oublier
Qui s’enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
À savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
À coups de pourquoi
Le coeur du bonheur

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Moi je t’offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserais la terre
Jusqu’après ma mort
Pour couvrir ton corps
D’or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l’amour sera roi
Où l’amour sera loi
Où tu seras reine

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je t’inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s’embraser
Je te raconterai
L’histoire de ce roi
Mort de n’avoir pas
Pu te rencontrer

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

On a vu souvent
Rejaillir le feu
D’un ancien volcan
Qu’on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu’un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu’un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s’épousent-ils pas?

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
À te regarder
Danser et sourire
Et à t’écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L’ombre de ton ombre
L’ombre de ta main
L’ombre de ton chien

Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Paroles et musique : Jacques Brel

Le génie derrière Jenny

Papillons

Jenny
Tes p’tits mots doux oubliés au fond d’ mes boîtes à lunch
Pour me donner l’espoir, c’est mieux qu’ la Bible
Tes soupers après mes journées dures et ennuyantes
Pour que j’ m’endorme toujours en homme libre
Ton coeur toujours là à m’attendre
Indulgent comme une mère de tueur
Oh Jenny, ma lueur

J’ pas trop fort en affaire comme ceux qui volent avec leurs plumes
Je n’ai que ma sueur pour toute fortune
J’ te donnerais tout ce que j’ai mais faudrait encore une fois
M’en aller l’emprunter

J’ n’ai tu broyé du noir à toute vouloir lâcher
Comme si j’étais d’un concours de courage
Nos seules vacances, c’était quand on allait s’ coucher
Mais laisse-moi t’ dire, ta peau, c’est mieux qu’une plage
Et chaque nuit, j’ veux tenter ma chance
Parmi un grand mariage d’oiseaux
Oh Jenny, mon ange

Quand j’ vois quèqu’ chose de beau à chaque fois je pense à toé
À mes yeux t’es la soeur d’ la beauté
J’ te donnerais tout c’ que j’ai mais ça tiendrait d’un p’tit casseau
Toute c’ que j’ai, c’est moé

J’essaye de faire en sorte que quand tu penses à moé
Tu m’ dises que t’aurais pas pu trouver mieux
C’te christie d’ vie je l’ai d’ travers, c’est ben ça l’ mystère
Comment t’as faite pour me rendre heureux ?
À soir, mon beau camion vient de livrer
Un merci grand comme la mer
Oh Jenny, comme la mer

C’est comme disent les crackés : j’ vas r’venir un jour sur terre
Je s’rai un chèque en blanc à ton nom
J’ te donnerai tout ce que j’ai mais c’ pas sérieux parce qu’au fond
Toute c’ que j’ai, c’est toé.

Richard Desjardins et Francis Grandmont, 2003.

©  Richard Desjardins et Francis Grandmont. Tous droits réservés pour tous pays.

Lettre à la dame de coeur

Chloé Sainte-Marie

Très chère Chloé,
Magnifique Chloé,
Splendide Chloé,

Tu me pardonneras la hardiesse de ce billet doux et ce tutoiement effronté qui ne me ressemble guère, mais, depuis quelque temps, je suis obnubilé par ta voix et les mots qui l’habitent. Je suis en proie à ton envoûtement et je n’ai nulle envie d’y échapper. J’ai donc l’impression de te connaître intimement.

Je ne te cacherai rien : la  rumeur de ton succès a mis un temps très long à m’atteindre. Lorsque je me suis enfin procuré Je marche à toi, c’était pour l’offrir à ma conjointe. À l’époque, je me faisais une religion de n’écouter que des musiques instrumentales. Et un bon jour, en tendant l’oreille vers ta voix, le goût des mots m’est revenu, tout comme une marche dans les rues de l’enfance fait resurgir les souvenirs heureux des jours d’insouciance.

Je disais donc m’être procuré Je marche à toi pour ma conjointe. Il n’y a pas eu de coup de foudre. Après plusieurs écoutes répétées, le disque compact a longtemps dormi sur l’étagère. Puis, il y a moins d’un an, je l’ai inséré de nouveau dans le lecteur. Il y avait si longtemps que je l’avais écouté que j’avais l’impression de le « réentendre pour la première fois ».

Ici, il me faut te faire une autre confession : au départ, ce n’est ni ta voix ni la langue des poètes qui a retenu mon attention, mais la qualité de l’enregistrement. Le « piège » de la poésie s’est ensuite doucement refermé sur moi. Les mots devenaient plus que des mots : ils étaient musique, cinéma, fresques, parfums, paysages, doux vertiges, vagues dans le ventre, larmes au coin de l’œil, doux feu au fond du cœur. Les mots des poètes transpercent notre âme et bercent notre tendresse. Ils révèlent la profondeur de l’humanité en nous. Ils nous accompagnent de l’aurore à l’aube et visitent même notre sommeil.

Maintenant que les Gaston Miron, Patrice Desbiens et autres Bruno Roy — pour n’en nommer que trois — ont cessé d’être de simples noms dans un livret, maintenant qu’ils sont les compagnons de mon quotidien, je me prends d’une vive affection pour ta voix de feutre et tes syllabes ciselées comme des joyaux. Si les yeux sont le miroir de l’âme, ta voix en est le mode d’expression privilégié. J’entends battre ton cœur au creux de ton chant. J’y décèle ta noblesse d’esprit et je comprends que tu aies accompagné le grand Gilles avec tant de grâce et de dignité pendant tout le long combat qu’il a livré à la maladie. Je comprends aussi ta détermination à plaider la cause des aidants naturels.

Je fréquente ton œuvre depuis peu et il me reste beaucoup à découvrir, mais tu m’as déjà donné une très grande leçon : le bonheur est une chanson poétique de Chloé Sainte-Marie, et ta voix est la harpe des poètes. Depuis que tu es entrée dans ma vie, très chère Chloé, je « n’entends » pas la fin du monde, je « t’entends ».

D’un admirateur avec un très grand A.

Cliquez ci-dessous pour visionner le clip officiel de la chanson Toi la mordore de Chloé Sainte-Marie (album Parle-moi [2005], paroles de Roland Giguère et musique de Gilles Bélanger).

Leonard Cohen : une prière païenne

Le poète montréalais Leonard Cohen

Nocturnades inaugure une nouvelle série avec ses Poètes à guitare et poètes à piano. À cette occasion, elle cède la parole au poète anglophone montréalais Leonard Cohen et à sa chanson Hallelujah.  Pour visionner et écouter cette pièce, vous n’avez qu’à cliquer sur la vidéo affichée plus bas.

Hallelujah

I’ve heard there was a secret chord
That David played, and it pleased the Lord
But you don’t really care for music, do you?
It goes like this
The fourth, the fifth
The minor fall, the major lift
The baffled king composing Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty in the moonlight overthrew you
She tied you to a kitchen chair
She broke your throne, and she cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Baby I have been here before
I know this room, I’ve walked this floor
I used to live alone before I knew you.
I’ve seen your flag on the marble arch
Love is not a victory march
It’s a cold and it’s a broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

There was a time when you let me know
What’s really going on below
But now you never show it to me, do you?
And remember when I moved in you
The holy dove was moving too
And every breath we drew was Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Maybe there’s a God above
But all I’ve ever learned from love
Was how to shoot at someone who outdrew you
It’s not a cry you can hear at night
It’s not somebody who has seen the light
It’s a cold and it’s a broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

You say I took the name in vain
I don’t even know the name
But if I did, well, really, what’s it to you?
There’s a blaze of light in every word
It doesn’t matter which you heard
The holy or the broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

I did my best, it wasn’t much
I couldn’t feel, so I tried to touch
I’ve told the truth, I didn’t come to fool you
And even though it all went wrong
I’ll stand before the Lord of Song
With nothing on my tongue but Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Halleluja

Paroles et musique : Leonard Cohen

Bonne écoute!