« Anémone des nuits » de Vicki Laforce : l’aventure d’une voix

Cette chronique a été rédigée par Jean Yves Métellus, dans le cadre d’une collaboration spéciale.

D’une voix déchirée, teintée d’allégories et de vertiges, Anémone des nuits de Vicki Laforce est à la fois sublimation de passions et quête esthétique dans le gouffre existentiel.

Tout au long du livre, une voix tonne en fait sa douleur, battant « le glas des peaux de chagrin mille fois tendues ». Un halo de soupirs et de cris tumultueux dans la nuit enchantée semble émaner de fossiles lézardés ou des annales du temps. S’ouvrent les méandres de l’univers incluant la boite de Pandore. Et Hadès, à la porte même de l’enfer, semble se dresser. Autour, d’autres personnages surgissent : Pégase, Apollon, Perséphone, Pythie, Tantale, Sybille, Oedipe… pour s’inscrire dans la mêlée. Ils signifient tantôt la vie ou amplifient les pires cauchemars, portant le doigt sur nos guerres fratricides et nos blessures amères. Encore, la voix continue, rejoignant la confrérie des morts-vivants, des êtres lugubres, sans passion ni folie. « Nous sommes tous ici… enterrés, mais vivants ». Des épaves de désirs et des tonnes d’absences lui font crier « cette épave, c’est moi pleurant… tu m’as trouvée, puis délaissée. » Se perdant dans l’abîme du doute, n’ayant point « trouvé de rimes qui vaillent à la déprime », marchant seule dans le désert, sans troupeau ni écho comme dans une quête immuable, elle essaie de sortir de ses sentiers battus. Elle manifeste le désir de célébrer la « fête du moi » et de tendre vers l’ultime exploration des sens, soit l’érotisme, la volupté, l’évasion et la luxure! Mais « l’esprit fou rongé de frayeurs n’ose entendre ces murmures… ». La matrice de l’œuvre via cette exploration dans le « je » des miroirs crée alors un pouvoir narcissique de l’image. Une seule rumeur pourtant semble s’y imprimer, celle d’une quête de la trilogie léguée par Platon : le beau, le bien, le vrai. « Je cherche le juste, la grandeur et le beau », clame t-elle à juste mesure.

« Anémone des nuits », de Vicki Laforce (Éditions Première Chance).

Au fait, on se demandait si elle signerait pour l’éternité de la douleur dans l’univers connu, car toutes les allées (amours, enfance, jeunesse, souvenirs) ont été suivies, toutes les métaorphoses de l’âme, scrutées. L’âme dans le texte s’étiole, lève les voiles, fait des moussons, se brise, et j’en passe, puisque « la solitude des âmes est longue à se dire ». Jouant aussi sur une tourmente dualité (soleil/noir, éternité/passée, doux/supplice, ombres/blanches), elle met la douleur côte à côte avec la félicité. L’esprit alors débridé, on s’imaginait qu’elle décréterait le règne de cette douleur dans l’au-delà, outre les clichés de notre conscience collective. Ce serait, avouons-le, pure surenchère de pacotille. Mais le texte se termine en toute apothéose sur des festivités. La voix a su dans l’âpreté saisir l’exquise beauté, embrasser tout un vaste champ culturel et de connaissances, fouiller dans le dégel la substance nourricière et esthétique.

La poétesse Vicki Laforce.

En fin de compte, elle le savait déjà et nous le dit si bien : « Seule la beauté est ma maîtresse ». Et l’on comprend que n’est pas vain toute la recherche esthétique par les rimes, allitérations, césures, autres formes et figures le long du texte qui rappellent tantôt Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire… Convaincu alors, plus que jamais, de l’urgence de la beauté, de sa suprématie, et fasciné par cette voix transcendante de la poétesse, on cautionne, crie et signe avec elle : « L’écriture est vraiment ce désir d’être sur une île atemporelle ».

La poétesse Vicki Laforce participera à une séance de dédicaces dans le cadre du Salon du livre de Montréal, le 15 novembre, de 20 h à 21 h. Les lecteurs qui sont intéressés à se procurer son recueil Anémone des nuits peuvent le commander sur le site Internet des Éditions Première Chance ou encore l’acheter dans l’un des trois endroits suivants : Guérin (4560, rue Saint-Denis), Zone Libre (262, rue Sainte-Catherine Est) ou à la librairie du Campus Longueuil, au métro Longueuil (150, Place Charles-Lemoyne, local 1010, à Longueuil).

Un flirt avec l’indicible : la poésie de Jean Yves Métellus

Le poète montréalais d’origine haïtienne Jean Yves Métellus.

Élégante, spectaculaire et faste, sa poésie décrit le drame des sentiments, l’absurde beauté de l’existence, le goût de l’infini. Nocturnades publie aujourd’hui une entrevue avec le poète montréalais d’origine haïtienne Jean Yves Métellus, tandis que ce dernier travaille à la préparation d’un prochain ouvrage.

Nocturnades : Depuis quand écris-tu?
Jean Yves Métellus : Du mieux que je me souvienne, cela remonte à l’adolescence, soit vers 14 ou 16 ans.

N. : Comment es-tu venu à l’écriture ou, si tu préfères, qui t’a inspiré à écrire?
J.Y.M. : Mes premiers écrits sont nés après la lecture de lettres adressées à ma sœur aînée par des soupirants. Ces lettres étaient à mes yeux d’une telle beauté que j’ai eu envie d’en écrire à mon tour. J’ai ainsi commencé à griffonner mes premiers mots à valeur, tout au moins, à prétention poétique. Depuis, je ne m’en suis jamais lassé.

Ce qui m’inspire, c’est le drame des sentiments, la condition humaine, l’absurde beauté de l’existence, le goût pour l’infini. À l’intérieur de ces thèmes généraux, il y a certes des sous-thèmes, des possibilités d’approche, toutes sortes d’explorations langagières.

N. : Quelles sont tes principales influences?
J.Y.M. : Les influences? Je ne pourrais pas les nommer toutes. Il y a des poètes qui m’ont marqué, comme les incontournables : Baudelaire, Apollinaire, Hugo, Rimbaud, Prévert, Aragon… Et d’autres, comme René Philoctète, Césaire, Léo Ferré. Je cite Ferré ici, parce que, pour moi, il est avant tout un poète. Je dirais que lui et Césaire m’ont le plus influencé : Ferré par sa révolte; Césaire par son long chant. Je  pense à Cahier d’un retour au pays natal, où les mots coulent comme un fleuve interminable. Je pense que ce sont les influences les plus marquantes que j’ai eues.

N. : Qu’est-ce que la poésie pour toi?
J.Y.M. : La poésie est pour moi une quête, celle de « l’inaccessible étoile » comme dit Brel. C’est un désir de ralliement, un voyage vers l’inconnu, une musique intérieure et intemporelle, un souffle existentiel, un flirt avec l’indicible.

N. : Quel est ton but quand tu écris?
J.Y.M. : Mon but, s’il en est un, est le désir fou de retrouver l’autre au bout de chaque phrase.

N. : Quels sont les thèmes principaux de ton dernier recueil?
J.Y.M. : Dans mon dernier recueil, D’une rive à elles, il s’agit d’acrostiches qui disent justement le drame sentimental, la complexité et la beauté du nous. C’est aussi une démarche contemplative du regard de l’autre (le sexe féminin), l’éloquence de son sourire et toutes les petites étincelles qui, à son approche, provoquent en nous l’extase furtive ou essentielle dans notre longue marche existentielle.

N. : De quelle démarche procèdes-tu?
J.Y.M. : Ma démarche est très aléatoire. Je n’ai pas d’approche consciente, aucune certitude sur le plan de la forme ou du contenu. C’est d’ailleurs pourquoi mon écriture n’est pas tout à fait uniforme. Les mots viennent d’eux-mêmes, comme par enchantement. Je ne les cherche pas. Les émotions et les idées m’habitent, me dévorent, me déchirent, et les mots les expriment comme ils veulent. J’essaie toutefois de les ordonner, de les assembler et de les peaufiner. Je peux ainsi écrire n’importe où, n’importe quand. Je me réveille la nuit, par exemple, pour coucher sur papier des mots qui s’imposent à moi. Je prends une pause à mon travail pour aller cracher des mots qui me tiennent à la gorge. J’écris dans le métro. Je ne sais jamais à l’avance sur quoi je vais écrire ni comment. Et s’il m’arrive de le savoir au départ, le texte m’échappe toujours à la fin. J’écris dans l’incertitude la plus totale.

N. : De quelle façon ton exil d’Haïti ou ton arrivée en sol québécois a-t-il influencé ta poésie?
J.Y.M. :
D’Haïti à Montréal, en passant par les États-Unis où j’ai vécu quelques années, le souffle poétique est devenu plus court. Ce ne sont plus les longs chants, les textes fleuves comme Œil Profane qui naissent de ma plume. Bien sûr, j’écrivais déjà des acrostiches en Haïti, mais pas beaucoup de courts textes. Maintenant, mon écriture a changé. Elle s’est écourtée et j’ignore pourquoi.

Tout cela se situe sur le plan formel. Pour ce qui est du fond, je constate que les problèmes sociopolitiques, géographiques ou anthropologiques deviennent moins présents. Il est désormais beaucoup plus question d’ontologie, de spiritualité et du devenir de l’humanité. Je ne vois plus ma réalité qu’à travers un prisme mémoriel et cela diminue sa force de présence à travers mes écrits. Je suis comme en rupture de faune. Je ne m’abreuve plus à la même source. Il y a toutefois en filigrane l’aspect identitaire. Car, quelque soit mon lieu de résidence, je ne peux voir le monde qu’à travers mes yeux d’insulaire.

N. Quel sera le titre de ton prochain recueil et quels seront les thèmes que tu y aborderas?
J.Y.M. :
Je travaille sur plusieurs projets de publication. J’hésite encore entre un autre recueil de poésie et un recueil de nouvelles. Il se peut finalement que je choisisse le recueil de nouvelles dont le titre est Un homme de l’intérieur. Les textes se rapportent beaucoup à la condition humaine, à la vie intérieure d’un individu, à sa quête personnelle dans un contexte sociopolitique et culturel tout à fait absurde. Beaucoup de ces textes ont été écrits en Haïti.

Le recueil de poésie D’une rive à elles, composé d’acrostiches de prénoms féminins, vient d’être publié aux Éditions Première Chance. Jean Yves Métellus sera présent au Salon du livre de Montréal, le mercredi 14 novembre à 20 h afin de participer à une séance de signature.

Pour terminer, voici deux échantillons représentatifs de la poésie de Jean Yves Métellus :

Esquisse
Les paquebots du désir

descendent les côtes de l’errance
Tu attends au port
emmurée de soupirs
Les yeux avides de soleils
de papillons, de vols d’oiseaux
Le cœur noué de doux secrets

Des enfants enchantés
surgissent d’un jardin suspendu
et te ramènent
à des souvenirs indélébiles
Tandis qu’un couple
débordant de joie
te sourit

Rassurée
de l’urgence de l’osmose
tu dessines deux cœurs
sur la paume de ta main
Je te rejoins alors
dans l’univers intemporel

Nous n’avons rien omis
de la magie du silence

Sans titre
Fait promesse de serres
L’île en pâture dans ta mémoire
O long empâtement fœtal
Ravissement du miroir
Audible par ton sourire

L’art du balbutiement de Nathalie Noël

Nathalie Noël, l’auteure du blogue à caractère poétique Balbutiements.

Depuis quelques mois déjà, la poétesse et écrivaine Nathalie Noël produit régulièrement de fort jolis balbutiements sous forme de haïkus sur son blogue simplement intitulés Balbutiements (nathalienoel64blogspot.com). Formée aux arts visuels et à la danse, Nathalie Noël enseigne les arts. Outre ses activités professionnelles, elle se consacre à l’écriture et à la photo.

Attiré puis séduit par la luminosité et la puissance évocatrice de ces petits joyaux poétiques incandescents, Nocturnades a eu envie d’en savoir davantage sur l’identité artistique de Nathalie Noël. Entrevue avec la maître d’œuvre de balbutiements très éloquents.

Nocturnades : Depuis quand écris-tu?
Nathalie Noël : J’aime penser que je suis née avec un crayon dans les mains. J’écris depuis avant de savoir écrire et lire ou disons que j’écris depuis que je ne sais pas écrire. Cela peut paraître compliqué, mais l’écriture m’a toujours fascinée, et ce, depuis ma tendre enfance.

N. : Comment es-tu venue à la poésie?
N. N. : Par hasard, à la bibliothèque du cégep, ma main s’est tendue vers le rayon où se trouvaient Prévert, Baudelaire, Éluard, Breton et surtout, surtout… Blaise Cendrars. Quelques années plus tard, la découverte de Gaston Miron confirmera la grandeur, la force, la puissance de la poésie et l’importance que celle-ci a pour moi. Ces deux auteurs sont encore présents aujourd’hui, de manière plus discrète certes, mais ils ont été déterminants. Ce sont d’inépuisables sources d’inspiration.

N. : Quelles sont tes principales influences?
N. N. : Ma rencontre — laquelle tient aussi du hasard — avec les poètes de la revue Gaz moutarde me permettra plus tard d’aborder l’univers de la publication et de côtoyer des monstres sacrés tels que Josée Yvon, Denis Vanier, Jean-Paul Daoust, José Acquelin, Mario Cholette, David Hince et d’autres encore.

N. : Qu’est-ce que l’écriture pour toi?
N. N. : Elle permet tout. Elle existe sans l’écriture; elle est respiration, mouvement, source intarissable. Elle me permet « de ne pas devenir folle », de conserver mon équilibre, de jouer avec les mots et de déborder à ma guise des conventions. Écrire est vital. L’écriture est ma première compagne.

C’est ma médecine, ma voie de sortie ou d’entrée. Elle me permet de libérer le trop-plein ou le vide que la vie s’évertue à m’offrir.

N. : Quel but poursuis-tu quand tu écris?
N. N. :
L’écriture me permet de révéler la sacralité que nous avons tous en nous et qui est parfois occultée par les nécessités de la vie matérielle. Elle me sert à amplifier, à transformer, à recréer et à redessiner le simple sentiment d’aimer et d’être aimé. Elle unit l’immensité de la nature à la petitesse de l’humain et laisse émerger le presque invisible de la vie, la beauté et la grandeur de l’âme humaine.

Pour terminer cet entretien et illustrer notre propos, voici en guise de conclusion quelques haïkus tirés du blogue de Nathalie Noël et publiés récemment :

ça peut faire ça le pain
des tranches de vie
des confitures sur le lit

je suis disparue
il faudra sortir la baguette
et puis compter jusqu’à demain

entre dans mon petit abysse
il fait chaud
c’est toi ma voile sous-marine

un drap de peau blanc
où inventer nos joies
sous le tropique d’hiver

joindre les mains
ensemble le salut
la liberté de ne pas être égo

Nathalie Noël diffuse également ces haïkus par l’entremise de sa page Facebook (http://www.facebook.com/nathalie.noel.640?fref=ts).

Vicki Laforce lance Anémone des nuits

La poétesse Vicki Laforce, une habituée des soirées SoloVox, lancera un premier recueil de poésie, Anémone des nuits, publié aux Éditions Première Chance, le 6 octobre prochain à compter de 19 h, au bar L’amère à boire. En raison de la proximité de ce lancement, Nocturnades a réalisé une entrevue avec la principale intéressée.

Vicki Laforce, auteure d’Anémone des nuits.

Nocturnades : Depuis quand écris-tu?
Vicki Laforce : J’écris depuis toute petite. J’ai reçu mon premier journal intime à 7 ans. J’ai commencé à remplir des pages et des pages dès l’adolescence de la même façon que l’on se confie à un ami.

N. : Comment es-tu venue à l’écriture?
V. L. : L’écriture m’est venue tôt en raison de ce besoin de comprendre, de communiquer, de réfléchir. J’éprouvais un besoin d’introspection et de soulager mon âme déjà hypersensible et en proie à l’angoisse et à l’anxiété. Et, surtout peut-être, à un mal de vivre à cause d’un intense manque de confiance en soi.

N. : Quelles sont tes principales influences?
V. L. : Albert Camus m’est apparue comme une révélation alors que j’étudiais en sciences humaines au cégep. Un coup de cœur! Enfin, quelque chose qui me touchait au plus profond de moi-même et qui répondait à ce désir soutenu d’en apprendre plus sur la condition humaine. Il y eut aussi un professeur du secondaire, Paul Daoust, qui m’a ouvert le chemin de la littérature : je me souviendrai toujours de cette impression incroyable de « coup de foudre » en découvrant l’univers d’Augustin dans Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier. Puis le goût de la philosophie. Nietzsche m’a bouleversée, lui aussi! Ces auteurs m’ont donnée le goût de la littérature et de la philosophie, celle du XIXe siècle surtout — mais pas uniquement de cette époque — qui m’émerveillait tant par le style que par le déploiement, la démonstration fine et complexe d’une connaissance riche et colorée de la nature humaine. Belle et moins belle. Flaubert, Stendhal, Balzac, Zola, Dostoïevski ont été mes incontournables. Puis sont venus Baudelaire, Verlaine, Nelligan, et d’autres encore.

N. : Qu’est-ce que la poésie pour toi?
V. L. : La poésie est venue à moi, il y a quelques années. Je m’apercevais qu’il me fallait raconter. Me raconter. Partager. Aimer. Qu’il me fallait une muse pour écrire. Et ce, à tout prix! Une sorte d’écriture épistolaire, mais sans destinataire précis. L’idée de la poésie m’est (re)venue comme un possible moyen de briser enfin les remparts au sein desquels je me tenais emmurée. Ne serait-ce qu’en les nommant! La poésie m’est venue afin que je puisse crier à mots couverts mes maux! Mon mal de vivre. Mes amours. Mon « impossible étoile », pour citer Brel. La poésie me permettait enfin de frôler l’indicible… Car la poésie possède cette qualité de dire la « vérité » sans tout dire de soi-même parce que le lecteur, lisant, lit sa propre vérité, et ce, à travers la frange mouvante de nos mots.

N. : Quels sont tes principaux thèmes?
V. L. : Les principaux thèmes de mon recueil sont le goût de dire. La quête existentielle. L’amour des mots et le goût de partager, de raconter la folle aventure du langage et de l’écriture, des amours, des amitiés, des deuils, des colères et ainsi de suite. Poésie involontaire dirait Éluard, que je lis beaucoup en ce moment. Poésie vitale dirais-je. Poésie, cette ruelle du cœur que j’exploite quand l’émotion est trop forte. Bonne ou mauvaise. La poésie, soupape du cœur, miroir de soi, porte ouverte sur l’Autre et sur un horizon spirituel versatile.

Anémone des nuits de Vicki Laforce.

Nocturnades vous propose maintenant un extrait d’Anémone des nuits, un microcosme de la plume riche, complexe, élégante, passionnée et finement ciselée de Vicki Laforce.

Fable de nuit

Longtemps le soir, j’ai cherché la pleine lumière,
Longtemps la nuit, j’ai adulé les éclaircies,
Errant parmi les étranges, j’aimais l’ennui
Et les blasphèmes au midi… la colère !

Longtemps je crachai à l’aube l’indicible.
Fauchant autant mon cœur que mes pieux souvenirs,
Tuant l’enfant naïf, refoulant les soupirs ;
Quand à mordre les bourgeons, j’ai meurtri la cible…

Sans fin, je voulais vivre aux bals endiablés ;
Boire les plus douces liqueurs, fol amour…
Mon corps, cette vigne entrelaçant les tours,
Crie, rongé de morsures et remparts tombés.

Hélas ! J’aimais à chérir cette haine née
De douleurs opaques, ô puits intarissables !
Les pleurs sont à eux seuls cet Insaisissable,
Au sein de moi où la reine noire a régné…

Fuis ! Mon cœur s’affole au passage des hyènes,
Où cette grande dame faucheuse se meut,
Déployant sa toute puissance, tuant ceux,
Mes amours, mes espoirs, ceux que je n’aime…

Quand sonnera le glas de ce long voyage,
Je déposerai mes larmes sur tes paumes ;
Je me glisserai furtive telle une ombre
Sous le feu de tes rides, ce gîte sans âge…

La brasserie artisanale L’amère à boire est située au 2049, rue Saint-Denis à Montréal. Les amateurs de poésie pourront se procurer Anémone des nuits pour la somme de 20 $ lors du lancement.