L’Absent (Fernand Ouellette)

L’Absent
Sensible ou non aux âges,
Je reste un fils
Lorsque parfois je retrouve
Ma propre enfance. Conquérante.

Et je reprends ma vie
Avec sa lourdeur,
Avec la fatigue de celui qui subit
Le temps, en témoin désarmé
De ce qui s’exténue en lui.
Errant toujours en quête
D’une présence,
Même au fond de la rose des vents.

Suis-je un père
Perdu par et pour le fils ?

Et pourtant, je tiens l’absent avec tout mon être
Jusque dans la mémoire des bras,
Jusque dans son propre affolement,
Sa détresse
Lorsqu’il prenait conscience
De marcher à côté de son rêve.

Je vais sous l’azur,
À pleins regards, à pleins souvenirs,
Tout orienté vers une forme, une icône,
Tout oreille pour une voix qui pourrait surgir
Un jour à la croisée des silences.

— Fernand Ouellette, Éditions du Passage, 2010.

Je t’écris (Gaston Miron)

Gaston Miron

Je t’écris
Je t’écris pour te dire que je t’aime
que mon cœur qui voyage tous les jours
— le cœur parti dans la dernière neige
le cœur parti dans les yeux qui passent
le cœur parti dans les ciels d’hypnose —
revient le soir comme une bête atteinte

Qu’es-tu devenue toi comme hier
moi j’ai noir éclaté dans la tête
j’ai froid dans la main
j’ai l’ennui comme un disque rengaine
J’ai peur d’aller seul de disparaître demain
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c’est ma vie que j’ai mal et ton absence

Le temps saigne
quand donc aurai-je de tes nouvelles
je t’écris pour te dire que je t’aime
que tout finira dans tes bras amarrés
que je t’attends dans la saison de nous deux
qu’un jour mon cœur s’est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus

Quand nous serons couchés côte à côte
dans la crevasse du temps limoneux
nous reviendrons de nuit parler dans les herbes
au moment que grandit le point d’aube
dans les yeux des bêtes découpées dans la brume
tandis que le printemps liseronne aux fenêtres

Pour ce rendez-vous de notre fin du monde
c’est avec toi que je veux chanter
sur le seuil des mémoires les morts d’aujourd’hui
eux qui respirent pour nous
les espaces oubliés

Gaston Miron

Vivre l’amour en abrégé (Jean Yves Métellus)

Chimère

Jean Yves Métellus (soirée Micro libre d’Yvon Jean, 5 août 2013)
Textes magnifiques, longuement peaufinés; vocabulaire résolument littéraire et recherché; foisonnement d’images fortes; récitation de mémoire émouvante avec juste ce qu’il faut de théâtralité; chant créole a cappella en prime : Jean Yves Métellus nous a habitués à des prestations hors du commun qui vont droit au cœur. Sa performance lors de la soirée Micro libre d’Yvon Jean du 5 août 2013 (ci-dessous) n’a pas fait exception à la règle. Brève, impeccable, efficace, puissante. Une fois de plus, il a repoussé « les limites de l’indicible ».

Artiste multidisciplinaire — outre la poésie, il embrasse également la nouvelle, le roman et même la peinture —, Jean Yves Métellus a publié Œil Profane (Clart Éditions) et D’une rive à elles (Éditions Première Chance). Pour en savoir plus sur cet artiste hors-norme, visitez sa page FB. (Vous devez être connecté à Facebook pour accéder à cette page.)