Ce qu’il faut dire (Bruno Roy)

Ce qu’il faut dire
Je suis folle à la mesure de l’instant
Je chavire
Je délire
Je dérive

Je vole en éclat de soleil
J’habite une joie
Très abîmée de douleur

Je n’ai que mes troubles
Pour vous tendre la main
Je n’ai que ma brûlure
Pour marcher avec vous
Je n’ai que les ruines de la mort
Pour devenir vie
Je n’ai que moi-même pour tout dire
L’ombre à mon cou
Je n’ai pas peur
Non je ne me retournerai pas
J’irai chercher dans tes mains
Ce courage qui t’a fait

Oui j’irai par un jour de lumière
Apprendre à mourir
Pour me rapprocher de moi
Pour me rapprocher de toi
Pour dire ce qu’il faut dire

— Bruno Roy
(récitée par Chloé Sainte-Marie sur son album Je marche à toi)

âmochée (Robert Hamel)

Crédit photo : Howard Schatz

À la douce mémoire de R. N.

âmochée
parfois
j’ai peur d’oublier
le feu des yeux
sous le ciel de la chambre étoilée
la fièvre qui embrase
les lèvres qui embrassent
le vertige et l’envie
entre l’oreille et le cou de la vie
le goût du sexe
et la buée des nuits nues et sans bouées
le point de rosée du plaisir
et le lever du désir
le parfum de tes dunes
et la saveur des pleines lunes
le lit en liesse
signée du sceau de la passion

parfois
j’ai peur
de ne jamais oublier
le musée des erreurs
et des horreurs
le goût rance de l’errance
et les déchets de la déchéance
mon coeur prostitué
qui se cherche un pimp
pis qui a besoin d’un fix
mais surtout
mon âme
scarifiée
sacrifiée sur l’autel des trahisons

mon âme
désâmorcée
âmoindrie
âmôchée
mon âme violée
vendue à l’encan
pour un printemps enflammé
et trois fois rien

— Robert Hamel, Les souvenirs ventriloques, © Les Éditions de l’étoile de mer, juin 2013.