Buanderie nettoyeur (Marie-France Bancel-èmèf)

Buanderie nettoyeur

Je me gave d’arachides salées
qui collent à la saleté de mes manches
ton souvenir humide empesé dans ma chemise
ton odeur drue
sur le cachemire de mes seins

je jette mes camisoles dans un bassin de tendresse
refroidi par l’attente
mon amour s’émousse comme une dentelle de communiante
se disloque en lambeaux pâles
ruisselant de nos amertumes
échangées dans le noir

ce soir Hollywood crève l’écran
derrière le comptoir
célèbre les acteurs d’un cinéma qui m’échappe
dans sa parade de soie et de strass

et moi
parée pour le bal
les mains serties de vieux journaux
les néons rouges tatoués sur la nuque
je regarde tournoyer mes restes
comme une star oubliée
sur les rives improbables de son
happy end

— Marie-France Bancel-émèf, © tous droits réservés.

Vous pourrez entendre Marie-France Bancel-èmèf* en entrevue lors de la chronique De paroles et de lumière dans le cadre de l’émission Les contes à rendre sur les ondes de Radio Centre-Ville, 102,3 FM, le jeudi 26 novembre, entre 6 h et 8 h.

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Une question de confiance/A Matter of Trust

Voir la poésie là où elle se trouve. Autre forme d’art, autre médium, poésie des corps, poésie du mouvement… poésie de la vie.

 

 

Sans titre (Pascale Bérubé)

SANS TITRE
JE T’AI VU
AU MILIEU DE LA PLACE
PARTY DE JEUNES
ÉPHÈBES
DOPÉS
LES COATS EN CUIR
LES RUNNING SHOES
SCRAPPES
LANGUES AU PLAFOND
TÉTINES
COLLÉES AUX GLACES
TU ÉTAIS
COMME UNE BÊTE
TES BRAS MORCELÉS
D’IMAGES DE SAINTS
ET DE DIABLES
J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME PASSES DESSUS
AVEC TON HOSTIE DE CHAR
ROUGE ET RUTILANT
QUI T’ATTENDAIT EN BAS

J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME BLASTES
COMME DANS UNE GAME
OÙ C’EST À VIF

APRÈS TROIS TEMPS
LES GENOUX
ÉGRAINÉS

DEVANT TOUT LE MONDE
J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME TRANSPERCES

QUE TU POSES UNE COURONNE
D’ÉTOILES
SUR MA TÊTE
EN ULTIME GESTE ROMANTIQUE
QUI A DU MAL
À SE TENIR DEBOUT
PARCE QUE L’AMOUR
C’EST TOUGH
ET QUE NOS CORPS
VONT S’ÉCRASER
APRÈS LA LUNE

J’AVAIS JUSTE ENVIE
QUE TU ME DISES
« VIENS T’EN JACKIE
ON VA FAIRE SAUTER
L’UNIVERS »
ET C’ÉTAIT JUVÉNILE
ET C’ÉTAIT NUL AU FOND

TU ES PARTI
AVEC LA PREMIÈRE
QUI T’ES TOMBÉE
SUR LES CUISSES

Y’A-TU UN DUDE
QUELQUE PART
QUI AURAIT DU FEU?
– POUR DE VRAI LÀ –
PAS COMME DANS
UN POÈME
OÙ ON BRÛLE
LE VRAI DISCOURS

IL ME FERAIT BRÛLER
AVANT QUE LES
GARÇONS SAIGNENT BLANC
DANS LE PRINTEMPS

IL ME FERAIT BRÛLER
DANS TOUS LES TROUS
DE LA VILLE

ET IL ME GARDERAIT
À LA FIN
COMME UNE COUPURE
DERRIÈRE LA PORTE

— Pascale Bérubé, tous droits réservés, novembre 2014.

L’homme qui écrit plus vite que son ombre

Lundi 17 novembre 2014, Tribune Fokûs. Vers la fin d’une soirée haute en couleur, Yvon d’Anjou prend le micro. En une dizaine de minutes, il lit Josée Yvon, Sylvia Plath et Denis Vanier avant de foudroyer l’auditoire avec la musicalité singulière de son verbe pyromane dans un agrégat de mots pulsations percutant écrit pendant la soirée, au fil des prestations des poétesses et poètes invités. L’auditoire est conquis et sidéré (pour ne pas dire flabbergasté). Mais jugez-en plutôt par vous-même…