Awaken à Montreux 2003 (Yes)

Yes - Going for the One

Awaken
High vibration go on
To the sun
Oh, let my heart dreaming
Past a mortal as me
Where can I be?

Wish the sun to stand still
Reaching out to touch our all being
Past all mortal as we
Here we can be
(He can be here)
(Be here now)
Here we can be

Suns | High | Streams | Through
Awaken gentle mass touch
(Gentle mass touch)
Awaken gentle mass touch
(Gentle mass touch)

Strong | Dreams | Reign | Here
Awaken gentle mass touch
(Gentle mass touch)
Awaken gentle mass touch
(Gentle mass touch)
Awaken gentle mass touch

(Star | Song)

Star | Song | Age | Less
Awaken gentle mass touching
(Gentle mass touch)
Awaken gentle mass touching
(Gentle mass touch)
Awaken gentle mass touching
Touching…
Touching…
Touching…

Workings of man
Set to ply out historical life
Reregaining the flower of the fruit of his tree
All awakening
All restoring you

Workings of man
Crying out from the fire set aflame
By his blindness to see
That the warmth of his being
Is promised for his seeing
His reaching so clearly

Workings of man
Driven far from the path
Rereleased in inhibitions
So that all is left for you
All is left for you
All is left for you
All is left for you NOW…

Master of images
Songs cast a light on you
Hark thru dark ties
That tunnel us out of sane existence
In challenge as direct
As eyes see young stars assemble

Master of light
All pure chance
As exists cross divided
In all encircling mode
Oh closely guided plan
Awaken in our heart

Master of soul
Set to touch
All impenetrable youth
Ask away
That thought be contact
With all that’s clear
Be honest with yourself
There’s no doubt
No doubt

Master of time
Setting sail
Over all our lands
And as we look
Forever closer
Shall we now bid
Farewell farewell…

High vibration go on
To the sun, oh let my heart dreaming
Past a mortal as me
Where can I be

Wish the sun to stand still
Reaching out to touch our own being
Past all mortal as we
Here we can be

Like the time I ran away
Turned around and you were standing close to me
Like the time I ran away
Turned around and you were standing close to me

Paroles et musique : Steve Howe et Jon Anderson

Ophélie (Arthur Rimbaud)

Ophélie

Ophélie

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre Folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’Infini terrible effara ton œil bleu!

III

– Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

– Arthur Rimbaud

Le dernier poème d’amour (Patrice Desbiens)

Oldsmobile

Le dernier poème d’amour

1.
Je me rappelle des trains
Je me rappelle des trains qui se promenaient
de droite à gauche à droite dans les grandes
fenêtres de ton grand appartement sous le
petit ciel de Sudbury.

Deux ans si c’est pas plus et je n’oublie
pas le goût de ton cou le goût de ta peau
ton dos beau comme une pleine lune dans
mon lit.
Le goût de te voir et le coût de l’amour
et nos chairs hypothéquées jusqu’au dernier
sang.

Je me rappelle des trains qui ont déraillé
dans tes yeux
Le nettoyage a été long.

2.
Dans le restaurant on vieillit autour
d’un verre de vin.
Dehors le scénario est toujours le même :
une banque sur un coin une église sur l’autre.
L’amour nous évite comme quelqu’un qui
nous doit de l’argent.
Tu es en face de moi et
tu es en feu dans moi et
je te désire.
Ton manteau de fourrure ton sourire
ô animal de mes réveils soudains.

Ensoleillée mais froide
ta beauté s’étend comme des violons
sur la neige brûlée.
Tes yeux trempes
tes yeux trompent.

Le silence se couche entre nous.

3.
Cette photo de toi tu es quelque part
dans ce brouillard de couleur tu
pars dans ton char ton oldsmobile
mouillée et rouillée c’est évidement
l’automne ou peut-être même
le printemps c’est une mauvaise photo
du bon vieux temps
un polaroid trop près de la mémoire.

Tu te peignes dans le rétroviseur
je te colle sur mes paupières pour
te voir quand je dors
et soudainement tu es dehors avec
le soleil dans les flaques d’eau et
les jeux du jeune et tu
es aussi belle en souvenir que dans
la vraie vie et

nous sommes les seuls survivants
de la guerre
et ceci
est le dernier poème d’amour
sur la terre.

Patrice Desbiens, Le dernier poème d’amour
(Dans l’après-midi cardiaque, aussi inclus dans Sudbury, poèmes 1979-1985)

Article sur Patrice Desbiens (paru dans la version en ligne de L’aut’journal, no 198 — avril 2001)

Yvon Jean et Pasquipaz au Petit Medley

Yvon Jean et Pasquipaz

Petit Medley, 4 août 2013. Yvon Jean et son fidèle complice, Pasquipaz, présentent une prestation poétique et musicale hors de l’ordinaire. Le duo a livré des performances semblables à quelques reprises auparavant, mais, ce jour-là, les planètes sont alignées pour un spectacle mémorable : exécution sans faille, acoustique remarquable et écoute exceptionnelle du public. Yvon Jean et Pasquipaz nous en mettent plein les oreilles, comme en témoigne la vidéo ci-dessous.

L’obscure beauté de Van der Graaf Generator

Van Der Graaf Generator

Darkness
Day dawns dark, it now numbers infinity.
Life crawls from the past, watching in wonder
I trace its patterns in me.
Tomorrow’s tomorrow is birth again.
Boats burn the bridge in the fens;
the time of the past returns to my life
and uses it.

Don’t blame me for the letters that may form in the sand;
don’t look in my eyes, you may see all the numbers
that stretch in my sky and colour my hand.
Don’t say that I’m wrong in imagining
that the voice of my life cannot sing.
Fate enters and talks in old words:
they amuse it.

Hands shine darkly and white;
only in dark do they appear.
Bless the baby born today,
flying in pitch, flying on fear.

They shine in my eyes and touch my face
where I have seen them placed before;
don’t blame me, please, for the fate that falls:
I did not choose it.
I did not, no, no, I did not,
I truly did not choose it.

Paroles et musique : Peter Hammill

Pascale Cormier : Fille prodigue

Pascale Cormier

Aimez-vous le texte oral?
J’inaugure aujourd’hui Texte oral, une nouvelle série de billets vidéo dont le but consiste à diffuser la poésie du Québec d’aujourd’hui dans sa forme parlée. Afin de lancer cette initiative en beauté, j’ai opté pour une récente prestation de la poète Pascale Cormier lors de la soirée Psaume II présentée le 9 août dernier par le duo Marjolaine RobichaudYvon Jean. La beauté et la profondeur du texte, d’une part, ainsi que la justesse et la retenue de la lecture, d’autre part, m’ont guidé dans ce choix. Pascale Cormier est accompagnée par le musicien Marc Poellhuber.

Le pays au bout des lèvres

Gaston Miron

Dans la foulée des billets sur la Nuit de la poésie du 3 août 2013, Lune funambule tient à souligner deux importants documents cinématographiques. Signés Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse, ces documentaires — La Nuit de la poésie 27 mars 1970 et La Nuit de la poésie, 28 mars 1980 — témoignent de la prise de parole au Québec à cette époque. Pour mieux apprécier ces deux films, il convient de les situer en contexte.

Jean-Claude Labrecque

Le cinéaste Jean-Claude Labrecque, coréalisateur de ces deux documents historiques.

Ainsi, la nuit de la poésie de 1970 s’est déroulée pendant la montée du mouvement nationaliste québécois et à l’aube des événements d’octobre, lesquels conduiront à l’adoption de la Loi des mesures de guerre et à la détention arbitraire d’un certain nombre de militants indépendantistes et d’artistes. En novembre 1976, un parti souverainiste, le Parti québécois, sera porté au pouvoir pour la première fois de son histoire.

Visionnez La Nuit de la poésie 27 mars 1970.

De même, il convient de se rappeler que la seconde nuit de la poésie, celle du 28 mars 1980, précède de peu le premier référendum, lequel a eu lieu le 20 mai 1980. Après la défaite du Oui, un vent de morosité souffle sur la culture d’ici. Le public québécois boude alors ses artistes et se tourne vers les produits culturels étrangers. Ce phénomène s’observe notamment en musique populaire, où la popularité des Beau Dommage, Harmonium et autres Offenbach en prend pour son rhume.

En quelque dix ans, le Québec passe du rêve indépendantiste au cauchemar de l’échec référendaire. Une décennie marquante immortalisée par les films des cinéastes et les mots des poètes. Deux questions pour terminer : le Québec a-t-il encore quelque chose à dire? Et si oui, y a-t-il encore quelqu’un pour l’entendre et l’écouter?

Visionnez La Nuit de la poésie du 28 mars 1980.

* Veuillez prendre note que vous pouvez visionner le film La Nuit de la poésie 27 mars 1970 gratuitement, mais que vous devez être abonné au service Campus de l’ONF pour visionner La Nuit de la poésie, 28 mars 1980.